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Les Russes bravent le froid et Poutine : Le printemps venu du Nord




Les Russes bravent le froid et Poutine : Le printemps venu du Nord
Intensifiant la pression sur Vladimir Poutine, des dizaines de milliers de Russes sont redescendus samedi dans les rues de Moscou pour réclamer la tenue de nouvelles élections législatives et, pour certains, la fin du régime en place.
Deux semaines après une première journée de mobilisation réussie, les manifestants, qui scandaient «la Russie sans Poutine» ou «Nouvelles élections», étaient 28.000 sur l’avenue Sakharov selon la police russe. Mais l’un des organisateurs, le dirigeant libéral Vladimir Ryjkov, a parlé de 120.000 personnes.
Certains participants s’étaient juchés sur des arbres ou des réverbères pour mieux voir l’ensemble du mouvement.
Des dizaines de cars de police étaient stationnés à proximité, mais les forces de sécurité ne sont pas intervenues.
Sur la scène érigée le long de l’avenue et surmontée d’une banderole barrée du slogan «La Russie sera libre !», l’écrivain Boris Akounine a été l’un des premiers à prendre la parole. «Voulez-vous que Poutine revienne à la présidence ?», a-t-il lancé, déclenchant un concert de sifflets et de «non».
Le 10 décembre, six jours après les législatives aux résultats contestés, des dizaines de milliers de Moscovites avaient convergé vers la place Bolotnaïa pour dénoncer des fraudes et donner à la manifestation un tour sans précédent depuis l’arrivée de Vladimir Poutine au pouvoir, en 1999.
La mobilisation de samedi est encourageante pour le mouvement disparate né de la contestation des résultats des législatives du 4 décembre.
«Je vois assez de monde pour prendre le Kremlin et la Maison blanche (siège du gouvernement) dès maintenant !», a dit le blogueur Alexeï Navalni, leader d’opposition influent. «Mais nous constituons une force pacifique, nous ne le ferons pas - pour le moment. Toutefois, si les escrocs et les voleurs essaient encore de nous tromper et de nous mentir, nous prendrons (le pouvoir) nous-mêmes. Il nous appartient.»

Pas de date pour le prochain rassemblement
Les organisateurs n’ont pas fixé de date pour la prochaine grande manifestation. La Russie entre dans une période de fêtes de dix jours où il serait difficile de mobiliser des foules.
Regroupant libéraux, nationalistes, anarchistes, écologistes et jeunes urbains, l’opposition affirme que la victoire de Russie unie, le parti présidentiel qui a conservé de justesse sa majorité absolue à la Douma d’Etat, résulte de fraudes massives.
Elle réclame l’annulation du scrutin et la tenue de nouvelles élections, l’enregistrement de partis d’opposition, l’éviction du président de la commission électorale et la libération de détenus considérés comme des prisonniers politiques. Certains veulent aussi la démission de Poutine.
Sur certaines banderoles déployées samedi, on lisait «Pour une Russie sans Poutine».
Un avis du conseil des droits de l’homme rattaché à la présidence russe a donné du baume au coeur aux opposants. Il estime que les allégations d’irrégularités ont jeté le discrédit sur la nouvelle Douma. Il s’agit d’une «véritable menace contre l’Etat russe», ajoute le conseil qui juge souhaitable que le président de la commission centrale des élections démissionne.
L’avis n’est que consultatif, mais il renforce la motivation des contestataires, qui ont également reçu l’appui d’Alexeï Koudrine, un proche de Poutine dont il fut le ministre des Finances pendant onze ans, jusqu’à septembre dernier.
«Je partage vos émotions négatives liées aux résultats des élections législatives dans notre pays», écrit-il dans une tribune publiée sur le site internet du quotidien Kommersant.

Rubancs blancs
De nombreux manifestants arboraient un ruban blanc, symbole de la contestation.
«La dernière manifestation a fait une impression formidable et je veux que d’autres viennent et se rendent compte qu’ils peuvent se battre pour leurs droits. Nous connaissons tous les résultats des élections et nous savons tous à quel point ils sont malhonnêtes», témoigne Andreï Tchernichov, étudiant de 22 ans croisé dans la foule.
Face à cette mobilisation, l’actuel Premier ministre, qui entend retrouver la présidence à l’occasion de l’élection de mars prochain, et le chef de l’Etat, Dmitri Medvedev, ont rejeté l’idée d’annuler le scrutin.
Medvedev a cependant promis jeudi de refondre le système politique en rétablissant l’élection au suffrage direct des gouverneurs des régions, abolie en 2004 et remplacée par un processus de désignation par le Kremlin. Il a également promis d’assouplir les règles d’enregistrement des partis politiques.
Mais les opposants jugent ces ouvertures trop timides et trop tardives, et considèrent en outre que Medvedev, en fin de mandat, n’aura pas les moyens de les faire appliquer, lui qui a officialisé en septembre l’inversion attendue des postes, Poutine briguant de nouveau la présidence à l’élection de mars 2012 et proposant à son dauphin la direction du gouvernement.
«Le maintien du statu quo profite seulement au parti des escrocs et des voleurs», a dénoncé le journaliste Leonid Parfionov dans une vidéo diffusée sur grand écran à Moscou.
Certains manifestants agitaient samedi des préservatifs gonflés comme des ballons pour se moquer de Poutine, qui avait déclaré début décembre avoir d’abord pris pour des préservatifs les rubans blancs épinglés sur la poitrine des manifestants.
Le Premier ministre russe n’a pas réagi à la dernière manifestation, mais les télévisions nationales et d’autres chaînes étroitement contrôlées ont couvert le rassemblement - sans aucune mention directe des critiques visant Poutine.

Libé
Lundi 26 Décembre 2011

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