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Léopold Sedar Senghor, un poète engagé




Léopold Sedar Senghor, un poète engagé
Avant d’être un homme politique, Léopold Sedar Senghor était un poète, un intellectuel et un personnage universel, avec une vision africaine. Tous les problèmes de l’Afrique étaient déjà présents dans ses poèmes.  Nous aimons autant ses poèmes très africains, nous adorons “Hosties noires”, “Le totem”, “Masque nègre”, “Lettre d’hivernage”, “L’ouragan”, “Femme noire”. Poète moderne, il a brossé dans ses recueils le portrait de cette Afrique contemporaine, empêtrée dans ses contradictions. L’Afrique était à son sens une terre de tolérance. 
Léopold Sedar Senghor était un poète virtuose, une expression qui transpose, qui brille comme une étoile radieuse. Avec ses poèmes, il revient toujours sur la question de négritude, en confrontant deux univers : L’Occident, foyer de la civilisation contemporaine et l’Afrique blessée dans son honneur propre. C’était par la poésie que ce grand poète consacra sa vie à servir cette Afrique blessée et à exprimer ses malheurs et ses attentes.
Le parcours politique et littéraire de Léopold Sedar Senghor ne saurait être dissocié de son œuvre. Dans ses poèmes, on trouve à la fois l’amour  qui est le signe de l’humanité s’opposant à la haine et la fraternité, qui est le signe de la  coexistence des hommes, s’opposant à la discrimination raciale. C’est dans ce contexte que son œuvre est très significative et revendique les valeurs qui prennent pour fin la personne humaine et son épanouissement.  
 Un poète est toujours un homme optimiste, convaincu que son œuvre est capable de conserver une ligne de conduite dans un monde grisâtre et morne. Senghor était optimiste, visionnaire et l’âme de l’Afrique. Il était une figure unique dans ce continent qui a rompu avec la politique. Il n’avait nullement l’intention de s’éloigner de la politique, mais il croyait fermement en la poésie. Ainsi, il vivait dans cet univers de poésie dont jamais, il ne devait perdre le goût : « La poésie ne doit pas périr, car alors, où serait l’espoir du monde?».
Le Maroc semblait être une terre d’espoir. Le Maroc où tous les écrivains et artistes cherchent l’inspiration et la création. Le Maroc où sont nés Mohammed Khair-Eddine, Driss Chraïbi, Mohamed Choukri, Ahmed Sefrioui, Mohamed Zefzaf, Jilali Gharbaoui et où ont grandi Marcel Cerdan, Paul Bowles, Jean Genet. Ce Maroc où, quand on est poète, on se sent plus enraciné. Ce Maroc-là représentait pour Senghor autre chose, c’était tout son bonheur, des jours incomparables. C’était au Maroc qu’il allait découvrir toutes les nouveautés qui le grisaient : « J’ai rêvé d’un monde de soleil dans la fraternité».
Au Maroc, Léopold Sedar Senghor s’était non seulement familiarisé avec la vie marocaine, mais s’y était intégré; il y trouvait une paix et une sérénité. Le mode marocain était nécessaire, les Marocains l’aimaient et il se sentait marocain. Il pénétrait là dans un monde tout africain, bien que très proche. Le Maroc exclusivement africain, il le connaissait. Au Maroc, l’africanisme s’y manifestait au grand jour, ouvertement. Il se sentait dans un pays africain, tout près de lui, il était jovial, il se rendait compte du naturel attrayant des Marocains qu’il lui a été donné de fréquenter. 
Le Maroc, ce bon voisinage africain, affectif et  généreux pendant des siècles est aussi un pays d’inspiration poétique pour celui qui sait apprécier. Senghor aurait rencontré cette impulsion créatrice qui s’exprime ici. Dans ce pays, le poète s’érige en philosophe et retourne à son refuge intérieur pour se protéger contre la terrible vague de violence et de haine, qui déferle sur le monde.
Ses séjours au Maroc l’ont marqué à jamais. Il n’oubliait pas ses passages d’agrément et de grâce. C’était au Maroc qu’il allait devenir l’ami des Marocains. Ses séjours au Maroc dévoilaient une recherche d’inspiration. Il trouvait  ce qu’il recherchait dans ses paysages et ses lieux historiques. 
En lisant les œuvres de Senghor, on se laissera, sans doute, persuader par les rencontres qu’on fera en chemin. On découvrira un poète engagé qui ne cesse de combattre pour donner à la vie des Africains une signification transcendantale. C’est là, semble-t-il, la source principale de son œuvre. Senghor avait vécu la période coloniale et ses effets dramatiques jetaient leur ombre sur ses œuvres. 
L’œuvre de Senghor est audacieuse, voire révolutionnaire. Elle est saluée par les critiques pour ses qualités d’écriture et son message. Dans cette œuvre, Senghor qui était l’un des écrivains les plus émouvants de la littérature universelle et témoin d’un siècle transformé par l’évolution ne peint pas seulement l’existence mouvementée d’une Afrique blessée. Il dresse aussi le portrait d’une Afrique intégrée dans son temps, porteuse de contradictions qui marquent la deuxième moitié du XXe siècle.     
Dans ses poèmes, Senghor décriait la vie africaine à travers ses personnages, sa vision intelligente et parfois révoltée. Il voulait comprendre cette vie africaine. Il ne jugeait point, il exprimait avec beaucoup de force l’animosité entre les Africains comme dans nombre de ses écrits. Il défendait son essence humaine au sens noble du terme.
L’amour de Senghor pour l’Afrique avait pris, dans les dernières années de sa vie, un aspect obsessionnel: «Femme nue, femme noire. Vêtue de la couleur qui est vie, de ta forme qui est beauté. J’ai grandi à ton ombre, la douceur de tes mains bandait mes yeux. Et voilà qu’au cœur de l’été et de midi, je te découvre. Terre promise, du haut sol calciné. Et la beauté me foudroie en plein cœur, comme l’éclair d’un aigle». L’amour de Senghor pour ce continent était passionnel parce qu’il était préoccupé par les problèmes de l’Afrique. 
L’œuvre de Senghor est celle d’un militant et d’un poète engagé pour la cause d’une Afrique unie et démocratique. Senghor dénonce les conflits en vigueur dans les Etats africains. Dans «Chant pour Naett», il critique ceux qui sont incapables de comprendre l’histoire des Africains. Il montre que seule l’ambition contribuera au développement et accéléra le progrès et, de ce fait, préparera le terrain à l’avenir. 
Pour comprendre Senghor, il faut mélanger savoir historique et approche politique. Sa vaste culture, son intelligence et son humanisme émouvant font de lui l’une des figures les plus marquantes du XXe siècle. Infatigable, Senghor a traversé le monde et le siècle pour  la cause de l’Afrique, cette cause imposée à ses yeux par les aléas du destin. 
Il y a, chez Senghor, des traits que nous avons observés, chez tel ou tel, mais lui était un intellectuel,  un rêveur et un visionnaire. Sa pensée de politicien et de poète était mouvante et non statique. Il ne l’exprime pas dans des formules, il l’exprime dans des âmes, dont les attachements et les heurts forment une symphonie. Voilà le secret sur lequel se meut sa pensée.
En pensée, Senghor peut surmonter tout obstacle. En pratique, tout est beaucoup plus complexe. Il se réfère à ses souvenirs, à ses actes et aux problèmes du moment. Les idées qu’il affirme dans son œuvre étaient le fruit d’une longue gestation. C’est ainsi que Senghor envoûtait ses admirateurs de différentes races. 
Son parcours politique et littéraire n’était pas facile. Sa vie durant, il a affronté des entraves avec perspicacité et hardiesse. Toute son œuvre, il l’a écrite, en prenant part  aux batailles qu’il évoque. Son désir sincère de servir son époque était son unique œuvre. 
Chez Senghor, la poésie est un acte très sélectif et une activité qui s’enracine dans sa propre terre. La poésie senghorienne s’exprime dans l’idéal humain. Elle ouvre une perspective de réflexion. Senghor se présente comme maître des cœurs parce que sa poésie vise l’essentiel, l’essentiel dont l’espoir est le contenu. 
La poésie de Senghor tend à réconcilier l’histoire et l’homme. Elle éclaire le soleil de la conscience et découvre la vocation d’universalité. Dans son beau poème (Négritude) qui est la première étape de son itinéraire, Senghor écrit : «Ma négritude point n’est sommeil de la race mais soleil de l’âme, ma négritude vue et vie. Ma négritude est truelle à la main, est lance au poing. Réécade. Il n’est que question de boire, de manger l’instant qui passe. Tant pis si je m’attendris sur les roses du Cap-Vert! Ma tâche est d’éveiller mon peuple aux futurs  flamboyants. Ma joie de créer des images pour le nourrir. O lumières rythmées de la parole». Ainsi, il évoque la souffrance en terre nègre d’une race et d’un peuple asservi à la condition d’homme. 
Senghor a reçu des distinctions honorables. Il a acquis aussi, dans la pensée politique, une place remarquée. Toute l’histoire de l’Afrique, toute l’âme de ses paysages, tout l’esprit de ses peuples revivent dans ses œuvres. Il a parfaitement réussi la synthèse de l’âme contemporaine et l’âme africaine dans une mélodie très originale et très africaine. Grâce à ses idées, l’Afrique est devenue cohérente et son histoire a un sens. 
Ainsi est Senghor. Muni de son œuvre, porte-voix du peuple africain, témoin de son souffrance, de ses angoisses et de ses espoirs : « Mais je sais bien que le sang de mes frères rougira de nouveau l’Orient jaune, sur les bords de l’océan Pacifique que violent tempêtes et haines. Je sais, ce sang est libation printanière dont les Grands Publicains depuis septante années engraissent les terres d’empire. Seigneur, aux pieds de cette croix-et ce n’est plus Toi l’arbre de douleur, mais au-dessus de l’ancien et du nouveau Monde Afrique crucifiée. Aux pieds de mon Afrique crucifiée depuis quatre cent ans et pourtant respirante. Laissez-moi Te dire Seigneur, sa prière de paix et de pardon. »  
Une Afrique sans violence et sans souffrance, toute son existence, il en a rêvé. Comment ne pas citer cette phrase de lui, touchante dans sa vérité simple et signifiante : « Il est temps de bâtir sur notre terre, sur nos réalités. Ce qui suppose que nous commencions par rejeter tout fanatisme racial, linguistique, religieux. Alors, mais alors seulement, nous pourrons définir notre but, lucidement le but que nous devons assigner ne peut être que le développement par la croissance économique. Je dis le développement. J’entends par-là la valorisation de chaque Africain et de tous les Africains ensemble. Il s’agit de l’homme. »   
 

Par Miloudi Belmir
Mardi 21 Janvier 2014

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