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Le viol ou la loi du silence

Une agression traumatisante aux séquelles indélébiles




Le viol ou la loi du silence
Le viol est un crime dissimulé et passé sous silence dans la société marocaine. Cet acte blâmable est massif, parfois même organisé en groupe dans des conditions barbares. Un crime sournois car fondé sur l'un des tabous les mieux ancrés dans la société traditionnelle marocaine : la virginité de la femme. Souvent, les victimes se voient rejetées par leurs propres familles. 
L'histoire de la jeune adolescente Amina Filali, mariée de force à son violeur et victime de violences conjugales, avait fait la une des tabloïds en 2012. En effet, après sept mois de mariage, elle s'était donné la mort en avalant de la mort-aux-rats. Suite à de nombreuses manifestations en janvier dernier, les députés marocains ont voté en faveur d'un amendement du Code pénal afin que l'auteur d'un viol ne puisse plus échapper à la prison en épousant sa victime. 
Cependant, le phénomène continue à sévir, à anéantir des femmes et à détruire des familles. De nombreux cas défrayent la chronique. Cette semaine, deux jeunes filles qui s'apprêtaient à prendre un taxi dans le commune rurale de T'Nine Chtouka, à 22 kilomètres d'Azemmour ont été conduites vers un cagibi sous la menace d'armes blanches et ont été violées à tour de rôle et à plusieurs reprises. 
Jeudi dernier, une vieille dame de 96 ans a été violée par un groupe de jeunes à Sidi Slimane. Armés et dans un état hystérique suite à la prise de psychotropes, les jeunes hommes ont traumatisé la vieille dame qui n'a pu les repousser de par son âge. La nonagénaire a été transportée à l'hôpital en état de choc. 
Chaque acte sexuel forcé est un instrument de déshumanisation et un refus de prise en compte de la volonté d'autrui. Peu de données statistiques étudient cette criminalité, qui ne révèlent pas réellement l'ampleur du phénomène car les chiffres ne prennent en compte que les viols faisant l'objet d'un procès. 
Dans de nombreux cas, des préjugés persistent autour de l'agression sexuelle forcée. Vendredi dernier, une consœur a été témoin d'une scène de viol dans le nouveau quartier d'affaires casablancais Sidi Maârouf. Une jeune femme a été souillée sous le regard de trois hommes qui ne sont pas intervenus pour aider la victime. La jeune femme en djellaba se faisait agresser et criait à en perdre la voix devant ces trois hommes qui suivaient la scène de loin. Ils ont refusé d'intervenir, allant jusqu'à se diriger vers l'agresseur en passant à côté, passifs et indifférents. Ils ont jugé que « cela ne les regardait pas » et que la jeune femme « avait sûrement accepté de venir avec l'homme ». Il a fallu que plusieurs femmes fassent preuve de courage et viennent aider la victime pour que le violeur qui tentait d’étrangler la jeune femme se sauve en abandonnant son tee-shirt. 
De nombreux préjugés existent, postulant que la victime est consentante car la violence serait sexuellement attirante pour les femmes ou encore que la victime aurait pu résister si elle en avait la volonté. Mais, ces illusions animent l'imaginaire collectif en constituant une vision tronquée de la réalité et en faussant l'humiliation subie par la femme. 
Source de risques d'infection en présence du VIH et d'autres maladies sexuellement transmissibles, ce phénomène peut conduire à un fort sentiment de honte et d’auto-culpabilité ainsi que de mal-être dans la séduction et la sexualité. Chaque acte sexuel forcé est une domination des hommes sur le corps et le sexe des femmes. Marque d'une société inégalitaire dans les relations hommes-femmes, sous l'effet de la peur ou de la pression de l'entourage, une grande partie de femmes ne porte pas plainte. 
Cependant, aucune honte ne doit peser sur la femme violée. Les victimes sont trop souvent confrontées aux dénégations, accusations et se sentent coupables et salies. Les familles préfèrent ignorer le viol pour éviter le regard d'autrui, les amalgames entre viol et perte de virginité étant courants, la honte de la famille pèse sur les épaules de la victime. 
La montée de l'intégrisme, de l'intolérance, l'augmentation des inégalités accentuent des comportements insensés dans une société qui ne parvient pas à concilier modernité et traditions. Les situations de viol tendent peu à peu à se médiatiser, des femmes osent briser le silence et acceptent de témoigner contre cet acte barbare.

Danaé Pol
Jeudi 20 Mars 2014

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