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Le trop plein des prix des hydrocarbures


Entre fournisseurs et distributeurs, un mariage de raison béni par l’Etat



Les distributeurs des produits pétroliers sont sur le banc des accusés. Il leur est reproché d’augmenter leurs marges et bénéfices  et d’appliquer des prix élevés depuis la libéralisation du secteur en 2015. Des charges qui n‘ont  rien de nouveau puisque de nombreux consommateurs et associations n’ont cessé de dénoncer cet état de fait. Certaines sources syndicales ont même affirmé que les prix appliqués aujourd’hui sont supérieurs de plus d’un dirham par litre à ceux  appliqués avant la libéralisation des prix des carburants. La différence est ainsi estimée à plus de 10 milliards de DH. 
Les prix seraient fixés aujourd’hui, selon les mêmes sources,  par les grandes sociétés de distribution qui imposent leur loi aux petites entreprises. D’après elles, en 2016, le marché des carburants a été accaparé à 37% par Afriquia suivie de Vivo Energy (25%) et Total (12%). Petrom arrive en quatrième position avec 8% de parts de marché suivie de Libya Oil (5%). 
Pourtant, Hicham Attouch, professeur d’économie, président du Forum des économistes marocains (FEM), estime que ces accusations ne tiennent pas la route puisqu’on occulte la responsabilité de l’Etat. «  Il y a beaucoup de  zones d’ombre qui entourent le dossier de la libéralisation du secteur des carburants et l’Etat entretient le flou. En fait, le secteur a été certes  libéralisé, mais il ne l’a pas été totalement puisque les pouvoirs publics tiennent encore les commandes », nous a-t-il expliqué. Et de poursuivre : « Le secteur a été libéralisé mais pas comme l’a été le secteur des télécommunications où il y a eu création d’une agence de régulation. Le secteur des carburants est marqué par l’existence d’un grand nombre de compagnies. Ceci d’autant plus qu’il s’agit d’un secteur stratégique où les orientations ont un caractère général. Et c’est pourquoi, la différence des tarifs appliqués  par les enseignes sont de quelques centimes  et avec une telle démarche, l’Etat a voulu maintenir le statu quo malgré la soi-disant libéralisation du secteur ». 
Le maintien de ce statu quo se manifeste également, selon notre source, par l’opacité qui entoure le décret fixant les rubriques des tarifications et dont personne ne parle et la fixation des prix chaque 15 jours. « Les prix ne se changent que chaque quinzaine alors qu’ils doivent être flexibles et évoluer quotidiennement. En fait, l’Etat a demandé aux compagnies de ne pas brusquer le marché durant une certaine période et de garder le même fonctionnement que sous le système d’indexation », nous a-t-elle indiqué. Et d’ajouter : « Face à cette réalité, les opérateurs ont procédé à la négociation de prix fixes avec leurs fournisseurs en dépit des changements de marché. Il y a, en quelque sorte,   un jeu de stabilisation du marché qui n’impacte pas le consommateur».
L’Etat pèche également par son silence concernant la structure des prix appliqués. « Personne ne sait comment l’Etat calcule ceux-ci ni qui sont les éléments qui composent la structure des prix (le prix à l’international, le coût de transport, les assurances, la fiscalité…). Pour  les compagnies, il est clair que c’est l’Etat qui est le grand gagnant à travers la fiscalité. Pis, l’Etat est complice puisqu’il réalise des bénéfices en récoltant la TVA sur les marges des compagnies. Ceci d’autant plus que l’Etat engrange des droits d’importation qui impactent directement le consommateur final qui paie la TVA».   
Face à cette situation, le président du FEM estime que l’Etat doit procéder à une clarification de la tarification ainsi que le passage à un système quotidien de fixation des prix. « Il doit être mis fin au système de la fixation des tarifs toutes les quinzaines. Si l’Etat veut maintenir la stabilité sociale via les tarifs appliqués au fuel et au diesel, il doit avoir un mécanisme de subvention  pour les producteurs ou pour les grands consommateurs liés à la performance et la compétitivité », a-t-il conclu. 
 


Hassan Bentaleb
Lundi 12 Juin 2017

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