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Le train sifflera trois fois

Le dernier ouvrage de Abdelouhed Mountassir est un voyage au bout de la nuit




Le train sifflera trois fois
Fred Zinnemann avait raison: «Le train sifflera trois fois», mais sans l’incontournable Gary Cooper, ni l’indicible locomotive à vapeur qui avait hissé son western au firmament au début des années cinquante. Dans son troisième ouvrage coécrit avec le poète Mehdi Akhrif, «Villes-périphéries : Journal à bord du train», l’architecte Abdelouahed Moutassir a, en effet, choisi un thème inédit. En l’occurrence celui de ses nombreux voyages de nuit entre Casablanca et Oujda en train couchette avec, en toile de fond, une certaine vision de ce que la ville marocaine produit comme habitat clandestin. Une approche à laquelle un style simple et une écriture fragmentée donnent une poignante consistance. 
De fait, la description de cette face cachée de la ville, ce « paysage qu’on regarde sans le voir en plein jour, parce que le jour voile la vérité des choses qu’on s’est habitué à voir dans la ville », tient du regard en biais puisque l’auteur a fait un effort de vérité pour mieux regarder la réalité en face. Tant dans sa complexité que dans sa laideur. 
L’un des traits de caractère de cet homme de l’art et la part la plus courageuse de son travail et, peut-être, la plus incomprise est son attachement au bien commun et à la belle ouvrage. Pour lui, la ville ne peut être seulement l’accumulation d’individualités et à chaque situation correspond la capacité d’un bâtiment à marquer, ou non, sa présence. Ses projets sont donc produits par la substance même des lieux où ils sont construits. Ils ne sont cependant pas totalement contextuels et, s’il les nourrit des formes, des typologies, des techniques constructives, glanées au fur et à mesure de ses voyages, il ne craint pas de s’appuyer sur une histoire de l’architecture qui est celle des grands voyageurs puisqu’elle est non seulement marocaine mais  qu’elle tend aussi vers une universalité bien assumée. 
A travers son nouvel opus, il nous a fait, néanmoins, plonger dans l’antithèse de ce qu’il voudrait que la ville soit. « Toutes les constructions que j’entrevois, ou –disons- dont je tâte les traits à travers la fenêtre du train de nuit, apparaissent marqués par le même trait des constructions démunies, désordonnées comme si elles étaient implantées là n’importe comment, mal éclairées, dénuées de tout ce qui puisse susciter la sensation ou l’excitation », écrit-il avant de dresser ce constat lourd de signification : « Ne serait-il pas possible que ces gens trouvent de la joie à mener ce genre de vie ? N’ont-ils pas le droit d’y trouver quelque bonheur puisqu’ils ne sont pas en mesure de le remplacer par un autre ». Tout tient en ces phrases à la fois simples et d’une profondeur incommensurable. 

A.S
Vendredi 9 Mai 2014

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