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Le tout dernier essai de Jean Zaganiaris : Un livre méthodique reposant sur une démarche heuristique




Le tout dernier essai de Jean Zaganiaris : Un livre méthodique reposant sur une démarche heuristique
Le sociologue, c’est lui avec ce talent de conserver une équidistance entre l’engagement et la critique. Il ne juge pas, mais à mots feutrés, révèle sa réprobation d’une société qui s’accommode
complaisamment
de discriminations.
 
En observateur affûté de la scène culturelle marocaine, Jean Zaganiaris nous livre dans son dernier essai un panorama exhaustif des représentations des genres dans la littérature et le cinéma à l’heure des Printemps arabes. Retour sur ce livre aux multiples facettes.
Jean Zaganiaris a cette qualité de nous inciter à tourner les pages pour poursuivre une lecture qui nous conduit à l’intérieur de la littérature, même s’il n’en traite qu’un objet.
Avec l’habilité qu’on lui connaît déjà à travers ses travaux précédents dont notamment «Queer Maroc: sexualité, genres et (trans)identités dans la littérature marocaine» (Ed Des ailes sur un tracteur, Paris, 2014), il nous promène chez les auteurs marocains pour nous révéler leurs acceptions d’une question sociétale majeure agitant les réflexions. Sans concession à la sévérité de l’analyse, Jean Zaganiaris démonte avec  rigueur les postures culturalistes et néo-colonialistes, réductrices par nature, pour montrer que la question du genre demeure une préoccupation universelle -car immanente à l’Homme- et qu’à ce titre, elle constitue naturellement un sujet pour les romanciers (ières) marocains (es) et arabes. «Le pari de ce travail est de dire que, dans les pays arabes, les combats pour les libertés sexuelles sont analogues à ceux menés dans les pays européens ou américains» (page 56), écrit-il sur le ton de la conviction. A preuve, le foisonnement des romans parlant abondamment de sexualité sans tabou, ni réserve.
«Un printemps de désirs» est un livre méthodique reposant sur une démarche heuristique : avant de s’engager dans l’analyse des auteurs, Jean Zaganiaris pose des socles lui permettant de s’immerger dans les pensées, mais sans dépouiller les romanciers de leur art en les faisant passer pour des sociologues.
Le sociologue, c’est lui avec ce talent de conserver une équidistance entre l’engagement et la critique. Il ne juge pas, mais à mots feutrés, révèle sa réprobation d’une société qui s’accommode complaisamment de discriminations. En nous plongeant dans les profondeurs de la littérature marocaine, à la manière d’un spéléologue audacieux, il nous fait découvrir le dit et l’implicite, rendant ainsi effective notre proximité avec les romanciers en nous permettant, fatalement, de mieux sentir la société qui est la nôtre.
Cet essai, mené doctement, nous montre de façon magistrale que l’écrivain est le contemporain actif des évolutions sociales. C’est un témoin, un passeur, le façonnier  d’une culture,  l’artisan de l’imaginaire collectif.
En professeur rigoureux, Jean Zaganiaris creuse un fait social. Ne lui échappe pas la cohabitation parfois brutale d’un débat public sur la sexualité –à travers la littérature-  avec une pudeur collective ombrant les réalités et les expressions des désirs. En arrière plan de cette dichotomie, l’auteur dénonce le rapport phallocratique : «Parler publiquement des rapports sexuels hors mariage ou des travailleuses du sexe ne se limite pas à l’expression d’une guérilla littéraire pour une sexualité libérée des contraintes puritaines, mais pose également la question de la domination masculine» (page 97).
Il est bien vrai que nous sommes, à de multiples aspects, à la croisée des chemins. Mais qu’importe cette hésitation si nous avançons ! Pour étayer ce mouvement, l’auteur emprunte à Abdellah Baïda ce mot : « On est passé de l’unicité à la dualité, et maintenant à la diversité » (page 96).
« Un printemps de désirs » fait une large place au roman, mais sans omettre le cinéma. Les deux peuvent se rencontrer, parfois se faire écho. C’est à l’aune de cette pluralité que nos libertés s’aiguisent et que nos aspirations s’épanouissent.
Jean Zaganiaris est peut-être plus sensible à l’appel de la littérature, dont V. Hugo disait «qu’elle permet une meilleure compréhension de la société que la politique».
Avec cet essai, Jean Zaganiaris montre une nouvelle fois que son écriture est à contre-courant de la banalité, et qu’il reste une vigie de la vie sociale.

*Ecrivain et professeur
à l’Université Hassan II
 

Par Mamoun Lahbabi *
Samedi 5 Décembre 2015

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