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Le tourisme local en question


Il reste beaucoup à faire



Je ne sais pas pourquoi on aime importer d’Europe les téléphones portables, les tablettes, les voitures, les avions, les TGV, les cosmétiques, etc, mais on n’importe pas d’autres choses aussi importantes comme, par exemple, la propreté des rues, le respect des femmes, le respect du Code la route, le paiement de ses impôts, et l’amour de l’art et de la culture, ainsi que les bonnes manières et les comportements raffinés qui sont tout aussi indispensables pour marquer les cœurs et faciliter la communication entre les uns et les autres.
Récemment, en cette fin septembre 2016, j’ai eu l’opportunité de visiter deux villes européennes : Marseille en France et Rosas en Catalogne espagnole. Pour la première ville, dès mon arrivée à l’aéroport, j’ai trouvé une borne téléphonique gratuite qui m’a permis d’appeler mon hôtel pour connaître son adresse. Mieux encore, la réceptionniste m’a demandé mon nom et m’a dit d’attendre devant l’aéroport pour m’envoyer la navette de l’hôtel gratuitement. Arrivant avec le chauffeur à l’hôtel, je m’aperçois qu’il ne s’agit pas seulement d’un chauffeur mais qu’il est aussi réceptionniste puisque c’est lui qui m’a rempli la fiche de nuitée. Et ce n’est pas tout : ce réceptionniste et chauffeur m’a permis aussi de téléphoner à ma fille, gratuitement, puis m’a fait un café et, à ma demande, m’a commandé une pizza livrée par un fournisseur extérieur. Le lendemain, ce réceptionniste, qui fait tout, m’a déposé à la gare afin que je puisse continuer mon périple.
C’est là, en fait, la touche qui fait toute la différence entre ce qui se passe chez nous et chez les autres. En toute connaissance de cause, comme j’ai fréquenté plusieurs hôtels marocains, je peux dire que la prestation n’est pas du tout pareille. En général, chez nous, dans les hôtels comme dans l’administration, dès qu’on demande quelque chose, on nous répond par les fameuses phrases toutes faites du genre « Ce n’est pas moi qui m’en occupe, c’est ma collègue» ou « Attendez le directeur, il sera là demain ». Et on doit s’estimer heureux car parfois on tombe sur des employés ou des fonctionnaires qui, malgré deux décennies passées dans un même établissement, restent toujours ignorants et vous répondent carrément : « Je ne sais pas ». C’est le comble, comme aimait si bien dire le penseur jdidi Abdelkebir Khatibi.
La deuxième ville que j’ai visitée, Rosas en Espagne, est propre et agréable. Sa plage, du point de vue géographique, ressemble à celle d’El Jadida mais la différence est de taille. Moi qui vis à El Jadida, j’ai tout de suite fait la comparaison : à Rosas les carreaux de la longue allée sont impeccables, absence de trous, absence de papiers volants, et pour tenir le sable de petits arbres sont plantés un peu partout en bordure de la plage. Juste à côté, un matériel d’aérobic est en bon état alors que celui d’El Jadida est dégradé depuis bien longtemps.
El Jadida, cité historique, est une ville touristique par excellence. Mais l’activité touristique y est réduite et fragile. En fait, je ne vous apprendrais rien de nouveau en vous disant que les touristes étrangers ne cherchent pas des hôtels pour dormir car ils ne sont pas là pour faire la grasse matinée mais qu’ils sont à la recherche de l’histoire régionale, des richesses du patrimoine, de la culture, de paysages nouveaux, de rencontres  et sont attentifs à la propreté de l’environnement. 
Pour réussir ce challenge touristique et aider à ce que la ville devienne un centre attractif, il faudrait le concours de toutes les énergies et de toutes les bonnes volontés. Administration, élus et citoyens sont tous concernés. Mais hélas beaucoup reste à faire : les remparts de la cité portugaise nécessitent plus d’entretien, les regards d’égout devant la poste principale sont sans couvercle ou obstrués, les restaurants du centre-ville à chaque fois qu’ils font le ménage déversent l’eau usée en pleine rue, certaines chaussées sont lamentables, les arbres qui ont été enlevés l’année dernière ne sont toujours pas remplacés, sans parler de l’espace public squatté par des revendeurs de cigarettes et de casse-croûtes.
D’autre part, les habitants comme les visiteurs nationaux sont également responsables de ce triste état de chose : certains, sans scrupules, jettent leurs détritus n’importe où. Même dans le secteur des villas, censé être le quartier des gens instruits, on trouve des poubelles pleines et renversées si ce n’est carrément déversées sur l’asphalte. Même chose sur la plage Deauville et au-delà, sur la route de Casa : les estivants mangent sur place figues de barbarie, pastèque et sardines et boivent des litres de limonade mais, en partant, ils laissent tous leurs déchets sur le sable sans aucune gêne.
Sur un autre registre : au niveau de l’information touristique locale, les administrations concernées (municipalité, tourisme et culture) sont défaillantes. Le visiteur ne trouve aucune documentation appropriée : plans de la ville, dépliants, programmes de visites et cartes postales. Feu Michel Amengal (auteur d’un beau livre sur El Jadida), qui résidait à Sidi Bouzid, me disait que souvent les dimanches et les jours de fêtes, les touristes ne trouvent ni cartes postales ni timbres. Pourquoi les hôtels au Maroc ne peuvent-ils pas rendre ce service ? En Europe, cela se fait sans aucune difficulté. 
Les écrivains, en tant que citoyens, eux aussi contribuent à mieux faire connaître leur ville. A titre personnel, en tant qu’historien local, avec mon ami jdidi, le Français Christian Feucher, nous avons publié ensemble, en 2012, une brochure explicative sur la cité portugaise intitulée « Mazagan, patrimoine mondial de l’humanité ». Cette brochure est parue après l’inscription de la cité par l’Unesco sur la liste du patrimoine mondial.  Pour nous, il s’agit d’une modeste contribution susceptible de combler un vide éditorial. Cependant, on constate un manque de synergie et les initiatives demeurent isolées : pour le cas d’espèce, cette brochure, par exemple, n’a pas été acquise par la municipalité et n’a pas été mise à la disposition des touristes dans les établissements hôteliers connus. Mais, sur ce point, je n’entretiens aucune illusion et je sais qu’une telle évolution des comportements reste du domaine du rêve. 


Par Mustapha Jmahri (écrivain) jmahrim@yahoo.fr
Lundi 10 Octobre 2016

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