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Le terrorisme n’a pas de religion mais des combustibles multiformes




Le terrorisme n’a pas de religion mais des combustibles multiformes
Les tueries dont ont fait l’objet les journalistes de Charlie Hebdo, des policiers et des employés territoriaux de Montrouge ainsi que ceux du magasin casher de la Porte de Vincennes ont suscité l’indignation des opinions publiques du monde entier. Ces actes ont comme victimes collatérales les musulmans vivant en France. Imaginez le sort des jeunes Mohamed, Abdelkader, Souad qui vont se présenter au marché du travail ou qui vont demander un logement, quelle sera la réaction de certains islamophobes ? L'islam est étranger à ces comportements criminels et le président français François Hollande a eu raison de le souligner.
L'islam des Lumières des grands penseurs en mathématiques, philosophie, médecine, histoire et sciences qui ont été en avance sur leur époque n'ont rien à voir avec ces criminels : les frères Kouachi et Coulibaly.
Il faut condamner ces horribles attentats qui encouragent les extrémismes.
Ces actes terroristes fomentés au nom de l’islam doivent interpeller et imposent une analyse complète ou du moins non univoque.
Les idées extrémistes aboutissant à la violence ne sont pas seulement inspirées par une religion, en l’occurrence l’islam. Les mouvements prônant la lutte armée se sont développés dans tous les continents suivant des idéologies marxistes ou anarchistes dans les années 1960 et islamistes dans les années 1990. En Allemagne, plusieurs groupes utilisant la force comme mode de « règlement politique » apparurent dans les années 1960 : Revolutionären Zellen, Rote Zora, Mouvement du 2 juin, la Fraction armée rouge.
En Espagne, des mouvements armés antifranquistes se formèrent au début des années 1970 à l’instar de MIL, Groupes d'action révolutionnaire Internationalistes (GARI). En Belgique les Cellules communistes combattantes vont commettre plusieurs attentats dont les tueries du Brabant. En France le terrorisme fut l’apanage de mouvements maoïstes (NAPAP, Brigades internationales) et anarchistes (Mouvement autonome).
Ces différents groupes de lutte armée vont fusionner au sein de la « Coordination politico-militaire interne au mouvement autonome » à la fin des années 1970, ce qui aboutit à la création d'Action directe. A l’extrême droite, des mouvements comme Occident prenaient comme cibles les organisations de la gauche républicaine ou radicale. En Italie entre 1969 et 1980, des actions terroristes furent organisées par des groupes, d'extrême droite et d'extrême gauche. Les Brigades rouges italiennes se revendiquaient du courant marxiste-léniniste pour la fondation du « Parti communiste combattant ». D’autres mouvements à vocation régionale pour défendre l’indépendance d’une province (l’ETA en Espagne) ou d’un département (le FLNC en Corse) sévissent encore.
Les mouvements maoïstes et marxistes-léninistes vont aussi prospérer en Amérique du Sud, en Asie et en Afrique. Certains d’entre eux sont toujours en activité comme les FARC.
Le maoïsme international est le fruit de la scission idéologique entre le Parti communiste chinois et son homologue soviétique.
Les Etats-Unis ne vont pas rester spectateurs de cette lutte entre ces deux frères ennemis. Ils vont financer et armer les talibans pour contrer l’influence communiste en Afghanistan
John K, Cooley ex journaliste au New York Herald Tribune a écrit un livre : « CIA et Jihad, 1950-2001 : contre l’URSS, une désastreuse alliance », plein de détails et de preuves qui tissent des liens directs entre la nébuleuse jihadiste et les services secrets des Etats-Unis. Il retrace les étapes et les contours de ce combat, permanent, secret et multiforme, mené par les USA contre l’Union Soviétique pendant la période de la « Guerre froide ». Une sorte de «guerre sainte» où, avec l’aide de l’islam le plus radical, tous les coups et toutes les alliances les plus «contre-nature» étaient autorisés.
Cette lutte d’influence entre une puissance russe déclinante et une puissance étatsunienne qui veut dominer seule le monde a eu des conséquences collatérales au-delà des frontières afghanes. Plusieurs musulmans dont des Arabes vont se rendre en Afghanistan pour «aider les talibans». Ils vont «bénéficier» de la panoplie complète : entraînements physiques et psychologiques, endoctrinements approfondis, tissages de réseaux, gestion des opérations et leurs planifications. Ces «militants» vont retourner dans leurs pays pour essayer d’imposer un nouveau mode de vie, très rigoriste et la charia comme régulateur de la vie politique, juridique et sociétale.
L’influence, de ce qu’on appelle les Afghans algériens, sur la montée des actes terroristes en Algérie est déterminante. Les terroristes du Front islamique du salut ont tué des centaines de milliers de leurs concitoyens algériens musulmans dont beaucoup d'enfants.
Le foyer du terrorisme en Afghanistan n’explique pas toute l’histoire de l’intégrisme.
En Egypte, le mouvement Takfir wal Hijra fut fondé en 1971, par Moustafa Choukri emprisonné par le régime nassérien dans la foulée de la grande répression des islamistes de 1965. Les takfiristes, qui ont fait scission des Frères musulmans, n’hésitent pas à excommunier les autres groupes musulmans et refusent même de prier avec eux et se mettent donc en exil (Hijra) de la communauté. Je me souviens comment ce mouvement a fait des émules dans les milieux du Front islamique du salut en Algérie à la fin des années 1980 et 1990, qui prononçait la condamnation de tel ou tel.
Au Maroc, l’apparition des mouvements se réclamant de l’islam fut encouragée par le Makhzen et les services secrets du ministère de l’Intérieur dirigé par le funeste Driss Basri. Devant la montée des mouvements marocains marxistes-léninistes Ila Al Amam et 23 Mars, les forces de police qui ne pouvaient pénétrer dans les enceintes des lycées et universités ont trouvé dans les Frères Musulmans les relais pour « casser » les militants les plus radicaux au nom de la lutte contre l’athéisme.
Les attaques terroristes dont font l’objet l’Algérie, la Libye, la Tunisie, sont organisées et fomentées par des groupes de l’AQMI et de Daech qui sont des organisations transnationales.
L’AQMI a fait à sa manière le Maghreb de la terreur, alors que les Etats de la région jouent en solo, sans concertation ni coordination en matière militaire. La circulation d’une quantité importante d’armes en Libye et la présence de milices intégristes constituent un risque majeur pour toute l’Afrique du Nord et les pays du Sahel.
Les opérations menées par les salafistes – jihadistes à la frontière algéro-tunisienne déstabilisent fortement la Tunisie et empêchent( ce pays à renouer avec la stabilité et la sécurité qui sont la clé du succès des activités touristiques et productives. Une défense commune maghrébine aurait le mérite d’assurer la quiétude dans la région et marquerait l’arrêt d’une escalade militaire coûteuse pour l’Algérie et le Maroc.
On ne peut éradiquer le terrorisme seulement par la force. Il faut refonder des relations internationales plus justes et plus coopératives. Des objectifs fondamentaux doivent mobiliser toute la communauté internationale :
- Régler les conflits régionaux qui créent des frustrations et un sentiment d’humiliation dans plusieurs régions et cesser les politiques agressives menées par certaines puissances occidentales voulant instaurer un nouvel ordre, alors que leurs pays ont cheminé vers des systèmes démocratiques de façon endogène et progressive ;
- Replacer la question palestinienne dans sa centralité. Les souffrances infligées aux Palestiniens et l’occupation de leurs territoires par la force sont d’extraordinaires stimulants des idées les plus fanatiques ;
- Revoir la politique d’insertion des populations les plus fragiles dans les banlieues et s’appuyer sur le tissu associatif des quartiers sensibles ;
- Imposer la construction de logements sociaux dans les villes qui n’en disposent pas ou très peu, par une déclaration d’utilité publique comme on le fait pour l’installation d’un tramway ou une route ;
- Donner plus de moyens aux établissements scolaires sis dans les quartiers sensibles ;
- Rétablir la police de proximité et renouer le dialogue avec les jeunes en situation précaire ;
- Rétablir les emplois jeunes et encourager l’embauche des moins qualifiés et les plus fragiles par des exonérations de charges ;
- Réapprendre dans les écoles le fait religieux en expliquant de façon neutre l’essence des trois religions monothéistes ;
- Encourager les expériences réussies et insérer davantage les talents issus de l’immigration dans les différents échelons de la société.

* Docteur es-sciences
économiques, spécialiste de l'intégration économique et de la monnaie unique maghrébines

Par Camille Sari
Mercredi 21 Janvier 2015

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