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“Le temps monarchique n’est pas le temps politique”

Les partis doivent faire l’apprentissage de la résolution de leurs conflits




“Le temps monarchique n’est pas le temps politique”
Après avoir guetté le ciel, les Istiqlaliens sont aujourd’hui dans l’expectative. Leur leader, Hamid Chabat, sillonne le Maroc, de meeting en meeting pour expliquer son vrai-faux retrait du gouvernement Benkirane et en appeler à un arbitrage Royal. En attendant, les ministres représentant l’Istiqlal dans la coalition travaillent, réforment, prennent des décisions. Les députés et conseillers du plus vieux parti marocain continuent de voter dans le cadre de la majorité. Une situation kafkaïenne que tente désespérément de décrypter une classe politique qui ne cache pas sa perplexité depuis que les signaux d’un non arbitrage ont été distillés dans quelques journaux de la place.
Dans les couloirs marbrés de la Primature, on affiche le moral des grands jours. « Ça fonctionne ! » La phrase revient avec insistance dans la bouche des proches collaborateurs du chef du gouvernement. En écho, et de ville en ville, le secrétaire général de l’Istiqlal prétend exactement le contraire. « A la crise politique s’est ajoutée la crise institutionnelle », clame-t-il devant les milliers de militants venus applaudir le show. Une crise qui ne peut être résolue que par un arbitrage du chef de l’Etat, soutient le patron des Istiqlaliens brandissant toujours plus haut l’article 42 de la Constitution.
«Mais que vient faire le Roi dans un différend entre deux partis ? » D’un bout à l’autre de l’échiquier politique, on se pose la question avant d’écarter une telle éventualité. « Le Souverain est au-dessus des partis. C’est pour cela d’ailleurs qu’il est arbitre entre les institutions. Comment peut-on penser qu’il peut prendre partie pour l’un et donc contre l’autre ? Quelqu’un s’est-il seulement posé la question au sein de l’Istiqlal ? », se demande un ténor de l’Union socialiste des forces populaires.
De retour au Maroc, Mohammed VI a repris ses activités, assistant samedi au collège Royal à la cérémonie de fin d’année scolaire de Moulay Hassan et Lalla Khadija  avant d’inaugurer lundi le jardin d’essai de Rabat et la tour de Maroc Telecom alors qu’un  programme Royal est annoncé à Oujda.A l’évidence, le temps monarchique n’est pas le temps politique. Pour l’universitaire Ali Sedjari, plus que jamais, l’institution monarchique est en avance sur la société politique. « Dans les années 1960 et 1970, c’était la société qui était en avance par rapport à l’Etat. Aujourd’hui, force est de reconnaître que le temps monarchique est dans la modernité et cela se fait de manière presque volontariste. La société politique et sociale est  à distance de cette évolution. On a même le sentiment que la société politique prêche le contraire de la modernité en s’agrippant aux pratiques anciennes. Conformément aux dispositions de la nouvelle Constitution, le leadership est partagé. Les partis n’y sont pas habitués. Et deux années après l’adoption de la Constitution, ils n’arrivent pas à être autonomes du pouvoir monarchique. La preuve par l’Istiqlal qui fait appel à un arbitrage du Roi parce que Chabat a un problème avec Benkirane. Il y a à l’évidence un problème d’apprentissage en termes de solvabilité politique.  Mais où allons-nous si à la moindre petite crise entre alliés de la majorité, on a recours au chef de l’Etat ? », s’interroge celui qui occupe la chaire UNESCO des droits de l’Homme à l’université Mohammed V.
Selon ce professeur universitaire, à la tête du groupement de recherche et d’études territoriales, GRET, cette fracture entre les temps monarchique et politique est encore plus nette depuis le discours du 9 mars où le Roi a annoncé le projet de réforme de la Constitution. « Ce sont bien des partis comme le PJD par exemple qui ont demandé à ce que certaines dispositions contenues dans la première version du  projet de Constitution élaboré par la commission ad hoc soient revues à la baisse. Je pense par exemple à des propositions relatives à  la liberté de conscience ou l’état civil qui ont été confrontées à la résistance de certains politiques. On se rappelle que l’institution monarchique était disposée à aller plutôt loin sur ces questions mais que ce sont les conservatismes politiques qui ont bloqué. Ce qui me fait dire qu’effectivement le temps monarchique n’est sûrement pas le temps politique », fait valoir Ali Sedjari. Une fracture qui n’en finit pas de se creuser avec la mise en œuvre de la Constitution et qui se cristallise avec la crise entre Istiqlaliens et islamistes au pouvoir.
Ce mardi 18 juin, il n’y a toujours rien à signaler du côté de la majorité gouvernementale. Les trois autres alliés –PJD, PPS et MP- regardent mi-figue-mi raisin la tournée saharienne de Hamid Chabat.
Le leader istiqlalien et ses troupes ont-ils été pris dans leur propre piège ? Sont-ils condamnés à rester au gouvernement sur le mode d’« un pied dedans, un pied dehors » dont ils ont finalement l’habitude ? Chabat continuera-t-il dans la pression pour que le Palais lui ouvre enfin ses portes ? « C’est à Benkirane et Chabat et non au Roi de trouver les réponses à toutes ces questions. Si les deux principales forces de la coalition gouvernementale sont incapables de gérer leurs conflits, on aura raison de nous inquiéter pour l’avenir de notre pays », conclut ce député de l’opposition.

Narjis Rerhaye
Mercredi 19 Juin 2013

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