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Le suicide entre comprendre et prévenir




«Je suis de nature très joyeuse, je ne peux pas dire que j’ai été affectée durant mon enfance, il y avait des hauts et des bas qu’on pourrait trouver dans n’importe quelle famille. Ce soir-là, une surcharge de sentiments négatifs a soudainement éclaté et je me suis sentie intruse, déçue et surtout dégoûtée, j’ai craqué, j’ai pris des médicaments, je me suis assise et je me suis servie des verres, c’était envoûtant, j’étais vraiment décidée, on m’a conduite aux urgences, un lavage d’estomac et je suis ressortie le lendemain, c’était frustrant, les gens me regardaient étrangement, un mélange d’affection et de mécontentement, personne ne m’a dit : pourquoi ? Je suis ressortie de la clinique comme si j’étais partie chez un dentiste pour m’enlever une dent malade. Aujourd’hui, quand j’y pense, je souris et je me dis que c’est tellement bête de trouver une seule raison pour mourir quand il y en a beaucoup d’autres  pour vivre»,  raconte M .28 ans, cadre supérieur.
La mort est le propre de l’homme, Heidegger pense que seul l’homme, meurt parce qu’il a conscience de sa finitude.
Pour autant, le suicide passe pour une mort volontaire qui provoque frayeur et fascination.
Le suicide est une tragédie qui touche l’ensemble de la population d’une façon ou d’une autre. Ce phénomène a été pendant longtemps objet de condamnation, réprobation, pour après bénéficier de la tolérance et d’une légère acceptation, surtout en France, lors de la première conférence  nationale de la santé en 1996,  suite à l’affichage de ce phénomène comme une ultime priorité par le haut comité de santé publique .
Cette nouvelle reconnaissance a été le résultat de deux siècles de luttes idéologiques, car devant la complexité du suicide,  chaque discipline avait tenté de le réduire à sa propre vision, ce qui a conduit à une synthèse impossible.
A partir des années 1960, un rapprochement s’amorce entre différentes approches, collectives et individuelles. La quantification du phénomène suicidaire fut réalisée par les méthodes de l’épidémiologie-science qui étudie les facteurs influant sur la santé et les maladies de population. Cette quantification commença alors à s’imposer dans la réflexion, et à occuper de plus en plus une place importante dans les publications médicales ; l’attention commence à se porter alors sur les caractéristiques sociodémographiques des personnes, les liens avec le monde du travail, les bouleversements économiques… Dans le même temps, d’autres méthodes d’approche ont vu le jour, telle l’approche écologique ou l’autopsie psychologique apparaîssent dans le champ de la suicidélogie, tout en ouvrant la voie aux stratégies modernes de prévention de suicide.
Dans son ouvrage «Le suicide», publié en 1897, Durkheim définit le suicide comme «tout cas de mort qui résulte directement ou indirectement d’un acte positif ou négatif accompli par la victime elle-même et qu’elle savait devoir produire ce résultat».
Selon cette conception, la tentative, c’est l’acte ainsi défini, mais arrêté avant que la mort en soit résultée. Dans  l’histoire du suicide, l’apport de Durkheim est très important car il a été le premier à mettre l’accent sur une dimension sociale surtout que si on revient un peu en arrière, au    19eme siècle, plus précisément, le courant aliéniste-courant spécialisé dans l’étude et traitement des maladies mentales  qui donna après naissance à la psychiatrie-, considérait que toute mort volontaire est signe d’une manifestation psychique morbide.
Selon Durkheim, l’explication n’est plus suffisante, il y avait une réalité nouvelle, différente des éléments singuliers qui la composent, dépassant de ce fait les aspects de l’histoire individuelle des suicidés pour rattacher l’événement à des causes uniquement sociales, car selon son hypothèse, le bonheur de l’individu dépend avant toute chose des liens qui l’unissent à la société.
L’ampleur de ce phénomène vient du fait  que les hommes sont plus nombreux que les femmes à s’enlever la vie, leur taux de suicide est de 3 à 4 fois plus élevé que celui des femmes. Au Canada, les hommes sont les auteurs de 80% des suicides. Ainsi de 1976 à 2003 le taux ajusté de suicide chez les hommes est passé de 22 à 27,9%, tandis que pour les femmes, il est passé de 8 à 7,6%.  Un tel écart entre les hommes et les femmes s’observe généralement dans d’autres pays industrialisés présentant un taux de suicide élevé.
Les données indiquent aussi que la moitié des suicides concerne les personnes dont l’âge se situe entre 30 et 49 ans .Le suicide est également la première cause de décès chez les jeunes de 15 à 29 ans ; il représente le tiers des décès de ce groupe d’âges, et ce tant chez les filles que les garçons.
Il est difficile de cerner l’ampleur de ce phénomène, tel que les idées suicidaires et les tentatives de suicide. D’une part, les personnes qui présentent des idéations suicidaires ne le déclarent pas nécessairement, et selon la gravité des conséquences, elles ne recourront pas toutes aux services de santé. Selon les données des enquêtes sociales de la santé, une petite partie de personnes qui ont fait une tentative de suicide se sont présentées  par la suite aux services des urgences (Boyer et Al, 2001) ; d’autre part, il semble que la tentative de suicide n’est pas toujours reconnue et déclarée même si la personne se présente aux soins d’urgence (Houle et Poulin ; 2006).
Le suicide et les tentatives de suicide ont de multiples répercussions sur les membres de la famille, les amis, les intervenants  et la communauté  (White2005) ; en plus de la perte d’un proche, le suicide entraîne chez les personnes endeuillées des modifications importantes sur les plans physique, affectif et social.
L’accompagnement d’une personne présentant des idées suicidaires  ou ayant attenté à ses jours, constitue une source de stress et fait vivre une charge émotive importante à ses proches.
En fait, les personnes endeuillées par un suicide sont davantage à risque de souffrir d’un trouble mental et même de se suicider  (Potash et Al.2000). Entre 15 et 20% des personnes qui se suicident connaissent un proche décédé par suicide ou qui avait fait une tentative de suicide au cours de la dernière année (Misha ra et Tousignant.2004) ; de plus, 45% des endeuillés indiquent qu’ils subissent une détérioration de leur état mental, et 20% de ceux-ci déclarent aussi une   détérioration de leur condition physique dans les six mois suivant le suicide (Saa rien, Viinamaki,  Hintika, Lehtonen .1999).
Les symptômes les plus souvent signalés sont ceux liés à la dépression et au stress post-traumatique, en plus des sentiments de culpabilité, de honte… ces symptômes seraient ressentis de façon plus aiguë par les parents d’enfants suicidés (Séguin, Lesage.1995).
Malgré leur détresse,  une très petite partie des proches demanderont de l’aide, vu les difficultés à communiquer avec les intervenants et surtout le sentiment de honte d’en parler, une honte liée à plusieurs variables, telle la religion au Maroc. Or,  les proches d’une personne à risque de se suicider expriment le besoin de consulter, afin de communiquer leurs observations et d’exprimer leurs inquiétudes. Il est donc primordial de répondre à leurs besoins en matière d’informations et de soutien.
Les spécialistes se sont peu attachés à classer les suicides. Mais on peut considérer 4 types des plus importants :
-  Suicide maniaque : dû soit à des hallucinations ou des conceptions délirantes. La personne se tue pour échapper à un danger ou une honte imaginaire, ou   pour obéir à des ordres mystérieux. Les motifs de ce suicide reflètent les caractères généraux de la maladie dont il dérive à savoir la manie. Ce qui distingue cette affection, c’est son extrême mobilité, les idées et les sentiments   les plus divers voire les plus contradictoires se succèdent avec une extraordinaire vitesse dans l’esprit des maniaques ; l’incident le plus insignifiant  peut amener à de brusques transformations.
- Suicide mélancolique : lié généralement à un état extrême de dépression, de tristesse exagérée qui fait que la personne affectée n’apprécie plus sainement les rapports qu’ont avec elle les personnes et les choses qui l’entourent. Les  plaisirs n’ont pour le sujet aucun attrait, il voit tout en noir. Comme  ces dispositions sont constantes, il en est de même des idées de suicide : elles sont douées d’une grande fixité et les motifs généraux qui les déterminent sont toujours sensiblement les mêmes.
Cependant, comprenant mieux que l’acte médité durant cette noirceur est un crime, la personne pourrait y renoncer pour un temps, mais au bout de quelque temps, le penchant au suicide revient avec plus de force et les tentatives se répètent à peu de distance l’une de l’autre. Sur ce désespoir général, viennent s’attacher les hallucinations et les idées délirantes  qui mènent directement au suicide. Seulement, elles ne sont pas mobiles comme celles des maniaques, au contraire, elles sont fixes. Les craintes qui hantent le sujet, les reproches qu’il se fait, les chagrins qu’il ressent sont toujours les mêmes. Les sujets de ce suicide préparent avec calme leurs moyens d’exécution : ils déploient même dans la poursuite de leur but une persévérance incroyable. Chez l’un, il n’y a que des bouffées passagères, sans causes durables, tandis que chez l’autre, il y a un état constant qui est lié au caractère général du sujet.
- Suicide obsessif : ce dernier n’est causé par aucun motif, ni réel ni imaginaire, mais seulement par l’idée fixe de la mort. Le sujet est obsédé par le désir de se tuer, quoiqu’il sache  parfaitement qu’il n’a aucun motif raisonnable pour le faire. C’est un besoin instinctif sur lequel la réflexion et le raisonnement n’ont pas de prise.
Comme le sujet se rend compte du caractère absurde de son envie, il va essayer d’abord de lutter, mais durant cette résistance, il sera triste, oppressé et  ressentira une anxiété qui augmentera chaque jour, mais dès qu’il prendra le parti de renoncer à cette lutte et dès qu’il prendra la résolution de se tuer, l’anxiété cessera et le calme reviendra. Si  la tentative est avortée, on pourrait dire que la personne aurait passé son envie.
- Suicide impulsif : pas plus motivé que le précédent, il n’a aucune raison d’être ni dans la réalité ni dans l’imagination de la personne, seulement au lieu d’être produit par une idée fixe  qui poursuit l’esprit pendant un temps plus au moins long et qui ne s’empare que progressivement de la volonté, il résulte d’une impulsion brusque et irrésistible. Cette soudaineté rappelle ce qu’on a déjà observé dans la manie, sauf que le suicide maniaque a toujours une raison quoique déraisonnable. Ici, au contraire, le penchant au suicide éclate et produit ses effets avec un véritable automatisme sans être précédé par aucun antécédent intellectuel. L’idée naît instantanément et l’acte suit avec une telle rapidité que souvent les personnes n’ont pas vraiment conscience de ce qui s’est passé ;  à un moindre degré, les sujets sentent l’impulsion naître et réussissent à échapper à la fascination qu’exerce sur eux l’instrument de mort, en le fuyant immédiatement.
Ainsi, il y a des suicides, et en grand nombre qui ne sont pas vésaniques. On reconnaît qu’ils sont délibérés, et que les représentations qui entrent dans cette délibération ne sont pas purement hallucinatoires.     
L’organisation mondiale de la santé vient de publier son premier rapport sur le suicide. Au Maroc, le nombre de suicides a plus que doublé en 10 ans, avec plus de 1600 cas chaque année. Les hommes sont les premières victimes.
Longtemps tabou, le suicide est désormais le principal sujet d’une vaste étude conduite par l’OMS. Ce premier rapport du genre attire l’attention sur une tendance dramatiquement en hausse au Maroc entre 2000 et 2012.
L’OMS signale en effet, que le nombre de suicides en 2012 est estimé à 1648 cas au Maroc, dont plus de 1430 hommes et 198 femmes. Par ailleurs, ces décès qualifiés de «problèmes de santé publique»,  concernent essentiellement les personnes âgées ; le taux de suicide des hommes de plus de 70 ans atteint 30,1 pour 100.000 habitants, celui des femmes s’élève lui à 3,1.
Cette prévalence se caractérise de plus par une évolution critique du taux de suicide au cours des dix années étudiées. Ce dernier augmente en effet de 97,8% entre 2000 et 2012, une hausse essentiellement portée par l’évolution des suicides masculins qui enregistrent à eux seuls un bond surprenant de 135%.
L’OMS souligne que plus de 800.000 personnes se suicident chaque année dans le monde, soit un suicide toutes les 40 secondes, un chiffre supérieur aux victimes de guerre ou de catastrophes naturelles. Ce phénomène atteint une ampleur jugée «inacceptable», car le suicide peut être évité par une politique de prévention, a déclaré le docteur Shekar Saxena, directeur du département de santé mentale à l’OMS.
En outre, ce rapport souligne que le suicide est la deuxième cause de mortalité chez les jeunes  âgés de 15 à 29 ans. L’absorption  de pesticides, la pendaison et les médicaments sont les méthodes les plus répandues.
«Il faut agir pour répondre à un grave problème de santé publique resté trop longtemps tabou », selon la directrice générale de l’OMS, Margaret Chan, qui remarque également que cet acte désespéré est « évitable ».
L’agence de l’ONU,  prône, en effet une stratégie globale de prévention du suicide, car beaucoup de personnes qui ont attenté à leur vie,  ne reçoivent pas l’aide dont ils ont besoin.
En Europe aussi, le taux de suicide (12%) est plus élevé que la moyenne mondiale. Six pays européens sont parmi les 20 pays les plus touchés par ce fléau : le Belarus a le taux le plus élevé en Europe (35,5%), il est suivi par la Lituanie (28,2%), la Russie (19,5%), la Hongrie (19,1%), l’Ukraine (16,8%),  la Pologne (16,6%), la Finlande (14,8%) et la Belgique (14,2%).
Dans les pays à tradition catholique comme l’Italie (4,7%) et l’Espagne (5,1%), les taux sont nettement plus bas.
La Guyana affiche le record mondial des suicides avec un taux de 44,2% suivie par la Corée du Nord (38,5%).
L’objectif de la stratégie de l’OMS est de réduire de 10% le taux de suicide dans l’ensemble des pays d’ici 2020. Malheureusement, le suicide et ses tentatives sont encore considérés comme des actes criminels dans 25 pays dans le monde, notamment en Afrique et en Amérique latine, ce qui fait de son rapport de 100 pages, un outil qui a pour but d’encourager les pays qui ont pris des mesures pour prévenir le suicide, et à placer cette question à « l’ordre du jour ». Selon l’OMS,  des interventions et des traitements efficaces et opportuns, peuvent contribuer à prévenir le suicide et les tentatives de suicide.
Elle a dénoncé ainsi que dans ce rapport,  la présentation « sensationnaliste » par les médias de suicide de personnalités célèbres. Les médias, a estimé l’experte de l’OMS, le docteur Alexandra Fleichmann, devraient éviter de parler de «suicide», et privilégier le terme de «perte».  
Le suicide est un phénomène complexe qui s’accompagne toujours de souffrance et de désespoir
Les recherches actuelles indiquent que le suicide et les comportements suicidaires découlent de l’interaction de divers facteurs relevant de la personne et ses caractéristiques individuelles, de son entourage immédiat, ainsi que de son environnement local et global.
L’évaluation et l’intervention doivent tenir compte aussi des facteurs contribuants qui se rapportent aux comportements ou aux événements qui accentuent le niveau de risque de suicide déjà présent, car ils sont susceptibles d’exacerber ce risque; l’abus de substances de toutes sortes, l’instabilité familiale, le manque de ressources dans le milieu immédiat et éloigné au moment où la personne est engagée dans un processus suicidaire en sont des exemples.
Pour prévenir et aider, il existe des facteurs de protection, qui concernent les caractéristiques biopsychosociales qui augmentent la capacité d’une personne à faire face aux situations difficiles de la vie. Ils élargissent l’éventail des autres solutions dont la personne dispose pour faire face à l’adversité.
Dans une perspective écologique de prévention de suicide, il devient donc très important de tenir compte de ces facteurs et de les renforcer. En effet, il est primordial d’aider la personne en détresse à découvrir ses ressources personnelles et celles disponibles dans son réseau, de l’encourager à les utiliser et à en trouver de nouvelles pour résoudre la crise et reprendre espoir. Puisque la perte d’espoir et le manque de confiance en soi caractérisent l’état d’esprit de la personne suicidaire, il faut porter attention aux facteurs de protection pour éviter une prise en charge excessive de la personne qui lui laisserait peu de place pour reprendre sa vie en main et accroître sa confiance en elle-même.
La reconnaissance des ressources de la personne et celles de son milieu de vie (proches, communauté) et leur intégration dans le plan d’intervention contribuent à créer un filet de sécurité pour prévenir le passage à l’acte. De ce fait, les facteurs de protection peuvent être classifiés ainsi :
-Les facteurs de protection individuels : capacité de demander de l’aide ; recourir à des activités valorisantes ; connaissance et confiance en soi ; bon état de santé physique et psychologique ; capacité de résoudre des problèmes et de gérer son stress ; adoption de saines habitudes de vie ; spiritualité (sens à sa vie) ; sentiment de sécurité et d’être aimé et la capacité de se faire des amis et s’intégrer dans un groupe.
-Les  facteurs familiaux (réseau immédiat de la personne) : relations harmonieuses avec la famille et l’entourage ; milieu scolaire ou de travail respectueux et valorisant ; saines habitudes de vie dans le milieu familial ; ouverture aux différences dans la famille ; dialogue dans le milieu familial ; stabilité et disponibilité du milieu familial ; socialisation encourageant l’expression des émotions tant chez les garçons que chez les filles et un bon réseau d’amis.
-Les facteurs environnementaux : accès à des services d’aide adaptés aux besoins de la population ; disponibilité dans le milieu d’activités valorisantes (travail, clubs sociaux, associations..) ; compétences communautaires en dépistage et en intervention auprès des personnes en détresse ; valeurs d’entraide développées dans le milieu ; continuité des services ; alliances entre les prestataires de services  et de la population en matière de  prévention du suicide dans la communauté.
Chaque intervention de prévention doit surtout faire la différence entre : suicide, tentative de suicide, idées  suicidaires et le processus suicidaire, car toutefois, si les stratégies utilisées ne parviennent pas à diminuer l’anxiété et l’angoisse de la personne, cette dernière se sentira de plus en plus menacée  dans son intégrité. Il est alors possible que la situation évolue vers un processus de crise suicidaire. Des auteurs ont proposé des modèles pour faciliter la compréhension des différentes étapes que peut traverser une personne pendant un processus de crise suicidaire. Ces étapes ont été détaillées comme suit :
-Etape première ; recherche active des solutions : la personne, confrontée à des difficultés qui compromettent son équilibre, cherche à diminuer la tension et à trouver son équilibre en envisageant différents moyens. À cette étape, la personne éprouve une certaine vulnérabilité sans pour autant avoir des idées suicidaires ; si elle trouve rapidement une solution, elle retrouvera son équilibre  et la crise sera évitée.
-Deuxième étape ; flashs suicidaires et apparition des idées suicidaires : à mesure que la personne tente différentes solutions sans toutefois retrouver son équilibre, elle devient de plus en plus angoissée et peut envisager le suicide comme une des solutions possibles à sa souffrance.
-Troisième étape ; idéations suicidaires : lorsque la personne voit s’amenuiser l’éventail des solutions possibles, l’idée  du suicide revient régulièrement comme une solution, et elle s’y attarde chaque fois un peu plus longtemps.
-Quatrième étape ; ruminations suicidaires : à cette étape, le sujet n’entrevoit que peu de solutions possibles à sa situation, et le suicide prend alors une place prépondérante. La personne rumine son projet suicidaire.
-Cinquième étape ; élaboration du plan suicidaire et le passage à l’acte : finalement, la personne perd tout espoir de s’en sortir, le suicide lui apparaît comme seule solution susceptible de mettre fin à son désarroi et à sa souffrance. L’élaboration de son plan de plus en plus précis occupe toute la pensée du sujet  et a pour seul objectif de mettre fin à la douleur devenue insupportable. Le passage à l’acte est souvent précédé d’un événement précipitant ; en fait, il peut s’agir d’un événement majeur ou mineur qui survient au terme d’une longue série de pertes et d’échecs ; il est souvent perçu à tort comme la cause du suicide, alors que c’est plutôt le cumul d’événements difficiles qui entraîne le désespoir chez la personne.  
Bien qu’il soit présenté en étapes progressives, dans les faits, le processus suicidaire ne se déroule toujours pas de façon linéaire ; la personne peut traverser rapidement les étapes, ou au contraire, revenir sur une étape antérieure.
En effet, les différents facteurs en interaction peuvent ralentir ou précipiter ce processus, particulièrement chez les jeunes. De ce fait, l’évaluation du risque de dangerosité correspond au risque qu’une personne adopte un comportement violent au cours d’une période définie et dans un contexte précis (Coté.2001). Les facteurs prédisposants sont les premiers à prendre en considération pour bien évaluer le potentiel suicidaire,  il s’agit notamment des idéations suicidaires et des tentatives de suicide antérieures,  des traumatismes passés pouvant influencer le processus suicidaire et des intentions suicidaires actuelles .
Il ne faut pas négliger non plus les facteurs contribuants qui peuvent aggraver le risque  et précipiter le passage à l’acte : abus d’alcool, de drogues, de médicaments, impulsivité, hostilité et état mental actuel.
Les connaissances actuelles issues des résultats de recherche en matière de prévention du suicide permettent de dégager des principes sur lesquels, les intervenants doivent appuyer leurs interventions dans leurs pratiques professionnelles, en plus des connaissances scientifiques, les aspects éthiques y sont particulièrement importants.
En effet, l’intervention  auprès des personnes présentant des idées suicidaires ou un comportement suicidaire met à l’épreuve les valeurs et les croyances de l’intervenant sur des questions telles que le respect de la vie, le sens de la vie, l’autodétermination de la personne, le souci d’autrui, la solidarité et l’entraide. Cette intervention exige également de son acteur qu’il prenne conscience de ses préjugés et de ses croyances et surtout qu’il reconnaisse ses limites.  
   Une réduction significative de nombre de suicidés est possible, nécessaire et urgente
La recherche sur le suicide et sa prévention a connu des progrès significatifs au cours des dernières années.
L’exemple du Québec reste pionnier, grâce à sa structure  organisationnelle efficiente, exploitant la collaboration entre la communauté et le réseau public.
Aboutir à une réduction signifiante implique une concordance avec plusieurs aspects  de la mission. Ce qui engage  à mobiliser l’opinion publique et les décideurs quant à l’ampleur de la problématique du suicide, à promouvoir les mesures qui favorisent l’émergence d’un côté psychosociologique à la prévention du suicide  et toute autre ressource œuvrant en faveur de cette cause.
Ces affirmations sont appréciables, mais ne suffisent pas. La prévention du suicide doit être la priorité de la santé publique ; elle requiert que l’on y consacre des moyens humains et financiers qui permettraient une mise en œuvre véritablement efficace
L’exemple québécois en matière de prévention du suicide a identifié six mesures essentielles dont l’application permettra  une réduction significative du nombre de suicides et de tentatives de suicide au Québec :
-Développement de la surveillance et la connaissance.
- L’aide aux citoyens en détresse ainsi que leurs proches.
-Formation des intervenants.
- Campagnes de prévention.
-Réduction d’accès aux moyens.
Développer la surveillance et la connaissance implique que pour les acteurs  locaux, il est essentiel de connaître le portrait du suicide et ses tentatives dans leur région ou localité pour pouvoir orienter leurs actions, car la problématique du suicide peut varier d’une région à une autre. Une fine surveillance de ce phénomène, tant locale que régionale et provinciale, permet une affectation optimale des ressources et une définition intelligente des priorités d’action.
Aider les gens en détresse stipule que l’organisation des services doit favoriser l’accès des personnes qui sont en crise suicidaire à une gamme de services dont : un service d’intervention téléphonique avec un numéro d’accès 24h /24, 7j/7, et non seulement une ligne d’écoute ; un service mobile d’intervention de crise (face à face) ; des places d’hébergement de crise ; un suivi hospitalier d’urgence qualifié.
Le suicide d’un proche peut parfois offrir un modèle de résolution du problème. De nombreux auteurs s’entendent à dire qu’il faut faire une offre proactive et rapide de services après la tragédie d’un décès  par suicide. Au-delà des proches, la vague que provoque un suicide s’étend à l’entourage et les milieux fréquentés par la personne qui s’est suicidée : école, milieu de travail, loisirs, milieu de vie …et on peut même ajouter d’après les observations, un phénomène de contagion, à cause de plusieurs facteurs dont on peut citer, l’identification à la personne disparue, la désinformation ou la banalisation du geste, la glorification et la dramatisation du suicide.
Les services de santé mentale nécessitent des investissements dans des ressources humaines adéquates et une formation appropriée pour les professionnels de soins. Cette formation  doit   comprendre toutes les catégories d’agents de santé et d’autres agents dont le travail touche à la santé mentale psychique de la communauté.
Afin de pallier les différents réseaux locaux de service et d’enrichir les connaissances des intervenants, le ministère de la Santé en collaboration avec les organisations qui s’occupent de ce phénomène devrait mettre en œuvre un vaste projet national visant à favoriser l’implantation des bonnes pratiques en prévention, lesquelles permettront de favoriser et d’améliorer un suivi et un contrôle permanent.
Le guide des bonnes pratiques en prévention du suicide qui a été présenté au Québec indique que «les réseaux des sentinelles» ont une fonction importante en matière de prévention. Les sentinelles sont des citoyens formés pour jouer le rôle de relayeur entre la personne suicidaire et les ressources qui peuvent intervenir auprès d’elle. Elles permettent en effet de rejoindre les personnes isolées, difficiles à atteindre autrement, ainsi que celles qui n’utilisent pas les services de santé ni les services sociaux.
Toutes les mesures d’intervention et d’aide aux personnes en détresse  sont primordiales au succès de la prévention du suicide. Cependant, en amont de l’intervention, agir pour faire évoluer la représentation du suicide comme une issue à la souffrance à l’échelle de la société est également une mesure  nécessaire. Agir efficacement et collectivement avant la crise, avant même l’émergence des idées suicidaires, par l’éducation,  la sensibilisation et la mobilisation sociale permet de réduire le nombre de personnes ayant besoin des services d’intervention. Ainsi les campagnes de sensibilisation et de mobilisation en prévention du suicide ont plusieurs objectifs : faire évoluer la représentation sociale du suicide en diffusant à une grande échelle l’existence de ressources d’aide. Dans d’autres domaines, l’efficacité des campagnes de sensibilisation  combinées à d’autres mesures de prévention a été largement prouvée tels les accidents de circulation.  Malheureusement au Maroc, le sujet reste tabou, perçu comme un crime, voire aller un peu loin en jugeant la personne en détresse comme étant une personne faible, sans principes et non croyante sur le plan religieux.
Les recherches ainsi que les expériences prouvent que les proches d’une personne suicidaire sont de puissants facteurs de protection pour éviter les récidives de passage à l’acte : ils représentent des raisons de vivre, des intermédiaires  souvent essentiels entre les personnes en détresse et le milieu environnant. Malheureusement, les proches demeurent très rarement considérés dans les interventions, et ceci est dû souvent au sentiment de honte, aux sentiments qui empêchent la plupart de percevoir des signes de détresse que présente une personne qui veut en finir avec sa vie. Vouloir en finir dépasse toutes les règles logiques  et rationnelles qui tournent autour de la personne en souffrance.
«Une fois qu’on a établi l’existence du mal, en quoi il consiste et de quoi il dépend, quand on sait, par conséquent les caractères généraux du remède et le point auquel il doit être appliqué, l’essentiel n’est pas d’arrêter par avance un plan qui prévoie tout ; c’est de se mettre résolument à l’œuvre». (Emile Durkheim).

Par Docteur Ouissal El Mghari
Mercredi 30 Mars 2016

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1.Posté par hamadi le 30/03/2016 12:38
un poème:
La lumière est tellement belle,
cette clarté évanescente,
qui remplit tes yeux chaque jour
au lever du soleil...
Dieu a insufflé la vie dans ton coeur,
Créé le miracle de ton cerveau
Pour que tu vives,
Tout simplement!
Regardes l'abeille inlassable qui butine
la fleur qui se livre à elle,
Comme pour elle, la Nature t'offres des trésors:
La goutte étincelante,qui tombe du ciel
pour fleurir les plaines à l'infini,
Vis,vis ,vis,
Quelques soient les défis,
Il suffit, que chaque jour,
La lumière inonde tes yeux
Comme le plus beau des sourire.

2.Posté par el mghari souhail le 30/03/2016 20:50
félicitation pour cette interprétation profonde

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