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Le silence est complice de l’impunité

Torture, discrimination, racisme, fascisme, terrorisme, intégrisme…versent dans le bafouement de la dignité humaine, clame l’AMRVT




L’Association médicale de réhabilitation des victimes de la torture (AMRVT) a commémoré samedi dernier à la Maison de l’avocat à Casablanca, la Journée internationale de soutien aux victimes de la torture.
Au cours de cette rencontre à laquelle ont pris part plusieurs anciens détenus politiques et les membres de leurs familles, de nombreux intervenants ont mis l’accent sur la nécessité de mettre fin à l’impunité des crimes de torture.
 « Le silence est complice de l’impunité. Nous devons briser ce silence et réclamer haut et fort la fin de l’impunité pour les responsables des crimes de torture ». Et d’ajouter : « La torture, la discrimination, le racisme, le fascisme, le terrorisme, l’intégrisme et la privation de nourriture ne sont que les revers de la même médaille du bafouement de la dignité humaine », a affirmé Abdelkrim Manouzi, président de l’AMRVT.
Il a également souligné que la torture est un crime contre l’humanité qui est imprescriptible et les Etats sont tenus de le combattre et d’adopter des mesures législatives pour y mettre le holà.
L’intervenant a appelé l’Etat marocain à enquêter sur les prétendus cas de torture, et ce pour éviter tout amalgame. « Il y a des témoignages et des rumeurs concernant la pratique de la torture dans plusieurs régions du Maroc. Il faut enquêter sur ces cas et présenter les responsables à la justice s’il est avéré qu’il y a eu effectivement torture », a-t-il souligné.  Et de poursuivre : « L’impératif historique et politique d’aujourd’hui exige de l’Etat, de ses organes et ses symboles d’écarter toutes les personnes impliquées dans les crimes de torture, de cesser de les protéger et de se montrer ferme face à l’impunité ».
Il a également critiqué la situation des prisons et des prisonniers au Maroc. « Les chiffres avancés par le Centre international des études de prisons ont affirmé que le Maroc est à la tête des pays arabes en ce concerne le nombre des prisonniers, estimé à 76.000, et est19ème au niveau mondial», a-t-il précisé.
Pour sa part, Mohamed Hajjar, membre dirigeant du Forum marocain pour la vérité et la justice (FMVJ) a appelé à la mise en place d’un mécanisme national de prévention de la torture, précisant que ce mécanisme ne sera efficient et indépendant que si les forces vives et les associations des droits de l’Homme sont impliquées dans sa mise en place.
Même s’il a loué le travail effectué par l’Instance équité et réconciliation (IER), Mohamed Hajjar a affirmé que ce travail était lacunaire dans le sens où l’IER n’a pas mentionné dans ses rapports finaux les noms des tortionnaires, notant que le FMVJ continuera de militer pour que toute la vérité soit dévoilée et  que les responsables des tortures soient traduits en justice.
Au nom du Comité de coordination des familles des disparus et des victimes de la disparition forcée au Maroc, Ouazzane a soutenu qu’Agdz est la prison secrète la plus inhumaine dans le monde. Selon lui, si dans la prison de Tazmamart, 31 personnes sont mortes en 18 ans, à Agdz   32 détenus ont perdu la vie en l’espace de 7 ans seulement.
« Personne ne peut, éthiquement et politiquement parlant, clore le dossier des violations graves des droits de l’Homme commises durant les années de plomb », a-t-il martelé. Et de préciser que le Comité de coordination des familles des disparus et des victimes de la disparition forcée au Maroc a établi un plan d’action et de protestation pour les prochains mois. Dans ce sens, Ouazzane a annoncé que le Comité organisera le 10 juillet un sit-in à la Place des Nations unies à Casablanca. « Comme les mères des disparus en Argentine, nous organiserons ce sit-in tous les deux mois à la même place que nous baptiserons Place de la vérité, jusqu’à ce que les principales revendications des familles des disparus soient satisfaites », a-t-il précisé.
Lors de cette soirée, deux nouveaux livres sur la littérature carcérale au Maroc ont été présentés. L’ancien détenu politique, Abdenacer Banouhachem a lu des extraits de « Nuits sans lune » (en arabe) du médecin Khaouaja Abderrahman qui a passé des années dans les prisons secrètes de Derb Moulay Chrif, Agdz et Kelaat M'Gouna. Alors que Youssef Reggab a fait la lecture d’un extrait de « Mouroirs » de l’ancien détenu politique, Mohamed Rhioui.
Par ailleurs, Abderrahmane Kounsi a présenté l’ouvrge co-écrit avec Mohamed Nadrani intitulé « La capitale des roses »,  témoignage sur les souffrances dans la prison secrète d’Agdz.
Il convient de rappeler que l’AMRVT vise, entre autres, à accueillir, orienter, réhabiliter les victimes de la torture, de la disparition forcée et de la détention arbitraire et  à accompagner les victimes de la torture dans leurs efforts de réinsertion sociale et professionnelle.

Amnesty international Belgique dénonce la torture au Maroc

Une cinquantaine de militants d’Amnesty international Belgique ont sillonné dimanche Bruxelles à vélo pour rejoindre les ambassades de cinq Etats, dont le Maroc, ciblés par la campagne «Stop torture» de l’organisation à l’occasion de la Journée internationale pour le soutien aux victimes de la torture.
Les militants d’Amnesty international ont déposé dans la boîte aux lettres de l’ambassade du Maroc des signatures en faveur d’individus victimes de torture et tagué les trottoirs devant l’ambassade avec un pochoir «Amnesty is watching you» pour rappeler qu' « Amnesty international ne relâche pas sa vigilance et continuera à dénoncer publiquement les actes de torture et de mauvais traitements», a expliqué l’organisation.
«La lutte contre la torture est un combat historique d’Amnesty international. Si plus de 150 Etats ont ratifié la Convention contre la torture, cette pratique reste d’actualité dans deux pays sur trois. Avec cette tournée, nous voulons signaler aux Etats concernés que nous restons sur le qui-vive et que nous ne relâchons pas nos efforts», a déclaré Philippe Hensmans, directeur de la section belge francophone d’Amnesty international sur le site web de l’organisation.
«Si nous nous réjouissons de ces pas en avant, nous n’oublions pas que des victimes sont toujours derrière les barreaux sans que leurs allégations de torture ne soient prises en compte”, a-t-il ajouté.
Dans son rapport 2015-2016, Amnesty international avait déploré que les autorités marocaines n’aient pas fait en sorte que les détenus soient correctement protégés contre la torture et les mauvais traitements, regrettant qu’elles n’aient pas enquêté dans les meilleurs délais sur les allégations de sévices et n’aient pas obligé les responsables présumés à rendre compte de leurs actes.
La campagne “Stop torture”, lancée au niveau mondial en mai 2014, a mobilisé plus de deux millions de personnes à travers le monde. En Belgique, plus de 300.000 signatures ont été recueillies en faveur de victimes de tortures et de mauvais traitements, et remises aux ambassades des pays concernés, à savoir le Maroc, les Philippines, le Mexique, le Nigeria et l’Ouzbékistan, selon les données publiées par l’organisation.

Mourad Tabet
Mardi 28 Juin 2016

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