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Le secteur des banques et assurances dispose de gisements de croissance considérables sur le continent


Les canaux de transmission des risques aux émergents conduisent à des situations plus ou moins contrastées selon les régions



«Nous vivons une période marquée par l’accélération des crises et la globalisation des risques. En effet, 8 ans après la crise financière de 2008, le monde n’a pas encore retrouvé le chemin d’une croissance forte et durable…», tels ont été les maîtres-mots de Mohamed El Kettani, PDG du Groupe Attijariwafa bank lors de la 3ème édition du "Rendez-vous de Casablanca de l'assurance" tenue récemment sous le Haut patronage de S.M le Roi Mohammed VI et portant sur le thème: "Comment faire face aux risques émergents dans un monde globalisé?", avec la Côte d’Ivoire comme invitée d’honneur.
Vice-président délégué du Groupement professionnel des banques du Maroc (GPBM) et administrateur de plusieurs sociétés, M. El Kettani a insisté pour mettre en exergue que la thématique retenue pour cette rencontre revêt une importance cruciale car, poursuit-il, nous sommes effectivement d’abord et avant tout des industries de gestion des risques et nous opérons dans un monde globalisé qui nous impose une adaptation permanente de nos modèles opérationnels et de gestion, afin d’assurer un développement pérenne et maîtrisé de nos activités.
Et de rappeler, dans la foulée, quelques faits à l’instar de la Chine, longtemps locomotive de la croissance mondiale, qui est entrée dans une nouvelle phase de son développement avec un modèle économique en pleine transition (de l’industrie vers les services, de l’investissement vers la consommation, et de l’export vers le marché intérieur) notant que le ralentissement chinois pose des questions quant à ses modalités («hard landing» ou «soft landing»), et génère des impacts profonds sur le marché des matières premières.
Et ce n’est pas tout. Pour M. El Kettani, les cours du pétrole, en baisse de plus de 50% depuis janvier 2015 sous l’effet d’une suroffre pétrolière chronique et de nouvelles réalités géopolitiques, mettent sous pression les budgets de nombreux pays pétroliers et produisent des effets déflationnistes dans un environnement de faible croissance.
Et de relever, à ce titre, que les mesures d’assouplissement monétaire «non orthodoxes» opérées par les banques centrales, particulièrement en Europe, conduisent à une situation inédite de taux nuls voire négatifs sans pour autant pouvoir faire repartir les investissements, la consommation et la croissance.
Cette situation inédite, explique-t-il, se traduit par des conséquences bien précises, dévoilant une montée de la volatilité. «Depuis le début de cette année, la nervosité des marchés financiers se traduit par une explosion de la volatilité sous le poids de la liquidité, une forte correction des marchés boursiers internationaux et un repli vers le cash et les titres souverains», a-t-il précisé soulignant, à titre d’illustration, que les 8 premières banques européennes ont, depuis septembre 2008, perdu 420 milliards de dollars, en termes de capitalisation boursière et qu’elles ont dû licencier 100.000 personnes.
Le PDG du Groupe Attijariwafa bank continue de plus belle en faisant ressortir un risque de «bulle obligataire». Il explique, ainsi, qu’après les bulles actions «high tech» du début de la décennie 2000, la bulle immobilière de 2008, nous vivons un risque de «bulle obligataire» en cas de prolongement indéfini des taux bas et de la surliquidité des marchés financiers, qui se traduit par une distorsion de la valeur des actifs, un épuisement des munitions en cas de récidive de crise, et des impacts défavorables d’une remontée des taux sur la valeur de l’épargne des ménages.
M. El Kettani met en relief également une atonie de la croissance soulignant que le FMI, au cours des 6 derniers mois, a dû revoir à la baisse et à trois reprises ses prévisions de croissance et des échanges commerciaux mondiaux qui sont estimées à 3,4% à fin janvier contre 3,8% en juillet 2015. Et de soulever que plus récemment, en l’occurrence le 18 février dernier, l’OCDE vient d’abaisser une nouvelle fois les prévisions de croissance mondiale à 3% (contre 3,3% initialement).
«Dans cet environnement troublé, les canaux de transmission des risques aux émergents, à savoir la demande, les IDE, et les mouvements de capitaux, conduisent à des situations plus ou moins contrastées selon les régions et impactent les émergents à divers niveaux : balance des paiements, déficit budgétaire, liquidité en devises, cours de change», fait-il savoir ajoutant que les pays émergents doivent faire face à une dégradation économique et financière, avec des récessions sévères au Brésil et en Russie (-3,8% et -3,7% en 2015), et à une sortie massive de capitaux produisant dévaluations monétaires et dégradations des notations risques pays.
De même, M. El Kettani relève la situation de l’Afrique subsaharienne, qui subit, de son côté, un ralentissement de sa croissance sous l’effet d’une demande étrangère adressée plus faible, d’un niveau d’intégration régionale encore limité et limitant les capacités d’absorption des chocs extérieurs, et d’une exposition des économies à dominante pétrolière aux cours avec des tensions en termes d’équilibre budgétaire et de balance des paiements. 
Toutefois, il fait observer que la croissance reste positive et que certains pays parviennent à maintenir des performances remarquables, à l’instar de la Côte d’Ivoire qui clôture l’année 2015 avec une croissance de 9,5%, une croissance 2016 estimée à 10,3%, et une croissance annuelle moyenne de 8,8% à l’horizon 2020.
A cet égard, Mohamed El Kettani tient à indiquer que le secteur des banques & assurances dispose justement de gisements de croissance considérables sur le continent africain ajoutant que cela constitue aussi bien un défi que d’innombrables sources d’opportunités pour nos activités. «En effet, la dynamique démographique africaine, qui se traduit par un doublement de la population d’Afrique subsaharienne à l’horizon 2050 (de 960 millions à 2 milliards d’habitants en 2050) tout en étant accompagnée par une croissance des revenus par habitant estimée à 30% entre 2010 et 2030, et une forte poussée de l’urbanisation (de 35% actuellement à environ 50% à l’horizon 2035), ouvre de vastes opportunités à moyen et long termes en matière de bancarisation et de couverture des populations africaines pour leurs besoins de santé, de prévoyance, et d’épargne», fait-il état avant de relever que le besoin d’investissement en infrastructures du continent (énergie, transport, logistique), estimé à de 100 milliards de dollars d’investissements/an prévus au cours de la décennie, nécessite un accompagnement volontariste en terme de project finance et de couverture adéquate des grands risques. 
A ce propos, M. El Kettani cite l’exemple de près de 600 millions d’Africains qui n’ont pas d’accès aux réseaux électriques et du taux d’électrification moyen des pays d’Afrique subsaharienne qui ne dépasse guère 20% (seuls 7 pays dépassent un taux de 50%). Dans ce sens, il fait remarquer que la consommation énergétique des pays d’Afrique subsaharienne devrait ainsi quadrupler à l’horizon 2040 et que plus de 800 milliards de dollars devront être investis dans la production, le transport et la distribution d’électricité.
Par ailleurs, le PDG du Groupe Attijariwafa bank n’a pas manqué d’affirmer que le taux de pénétration de l’assurance en Afrique s’établit à 1% du PIB contre 3% en Amérique latine et 6% en Asie précisant qu’hors Afrique du Sud, le taux de pénétration de l’assurance-vie et non vie est encore plus faible (respectivement 0,32% et 0,75%) et que les niveaux de bancarisation sont également très bas et s’établissent en moyenne entre 5 et 10%.
Devant de telles opportunités, M. El Kettani souligne qu’il nous appartient de construire ensemble de modèles innovants fonctionnant en étroite synergie, permettant d’accélérer la croissance rentable de nos activités et ainsi contribuer à l’émergence du continent. Dans ce cadre, il a ausculté les gisements de croissance possibles en Afrique constatant que le développement de modèles adaptés de bancassurance peut permettre de saisir les opportunités du marché retail. Et de signaler, ainsi, qu’avec des taux d’équipement automobile 10 à 20 fois inférieurs à ceux des pays d’Afrique du Nord et des équipements encore basiques en assurance (se limitant pour plus de 90% des clients à la responsabilité civile, légalement obligatoire), le risque automobile présente un important gisement de croissance sur les prochaines décennies. 
Pour M. El Kettani, les assurances santé présentent également un potentiel élevé de croissance précisant que par conséquent, la distribution de produits d’assurance par le canal bancaire, à travers un modèle efficace de bancassurance, peut permettre de démultiplier les opportunités d’affaires en s’appuyant sur la capillarité des réseaux bancaires.
Aussi, le PDG du Groupe Attijariwafa bank n’a pas occulté le fait que l’approfondissement des marchés financiers en vue de favoriser l’épargne longue constitue un objectif commun qui nécessite une action continue auprès des diverses autorités de tutelle de nos pays de présence. Et de conclure que la mobilisation de l’épargne longue à travers divers canaux complémentaires tels que la bancassurance ou la gestion d’actifs nécessite, en effet, des dispositifs fiscaux ciblés et favorables à l’épargne, ainsi qu’une modernisation des instruments financiers, à travers la mise en place de courbes de taux efficientes et la diversification des alternatives de placement pour améliorer les rendements offerts aux assurés.


Meyssoune Belmaza
Lundi 18 Avril 2016

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