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Le scrutin pourrait se dérouler entre le 11 octobre et le 6 décembre : Élections : la Côte d'Ivoire sera-t-elle prête ?




Le scrutin pourrait se dérouler entre le 11 octobre et le 6 décembre : Élections : la Côte d'Ivoire sera-t-elle prête ?
Pressée par la Communauté internationale et plus particulièrement par les Etats Unis et l’Union européenne, les acteurs politiques ivoiriens viennent d’annoncer la période de l’élection présidentielle que l’on attend depuis plusieurs années. Leur ambassadeur aux Nations Unies a déclaré le 28 avril 2009 qu’elle se déroulerait entre le 11 octobre et le 6 décembre. Au chef de l’Etat de fixer la date précise. Au regard de toutes les turpitudes qu’a traversées le pays avec la rébellion du Nord et le « mariage forcé » entre Laurent Ghagbo et Guillaume Soro pour préparer cette échéance, on est en droit de se demander si la Communauté internationale a réellement aidé les Ivoiriens à mettre de l’ordre dans leur administration afin que cette élection se déroule sans contestations.
Nous savons que la présidentielle en Afrique est un moment capital où tout peut arriver si les précautions ne sont pas prises en amont, surtout dans les pays qui ont connu des troubles sociopolitiques sur fond d’affrontements armés. La Côte d’Ivoire est à classer parmi ces pays. La Communauté internationale a-t-elle tiré les leçons de la pagaille qui a suivi les présidentielles de l’Angola et de la République démocratique du Congo, deux pays qui ont des parcours électoraux qui pourraient rappeler celui de la Côte d’Ivoire ? Décembre 2009 n’est plus loin et plusieurs points doivent être élucidés par la Communauté internationale qui participe aux financements de cette élection et par l’administration ivoirienne chargée de son organisation.
Le «mariage forcé» entre Ghagbo et Soro imposé par la rencontre de Marcoussis après la rébellion de la partie nord à la fin de 2002, donne un autre visage à la politique du pays qui s’installe dans le chaos. Jacques Chirac, par le biais de Marcoussis impose Soro comme Premier ministre à Gbagbo.
Le professeur Mamadou Koulibaly, président de l’Assemblée nationale à l’époque, dans une pertinente réflexion intitulée Eurafrique ou Librafrique déplore ce bicéphalisme imposé à la Côte d’Ivoire. La Constitution ivoirienne étant escamotée, l’ordre et la discipline qui caractérisaient les premières années de Gbagbo au pouvoir seront remplacés par le désordre et l’indiscipline en 2003. Avec les accords de Marcoussis, se crée une césure entre le président et son Premier ministre qui va bouleverser les données au niveau du gouvernement où les membres sont proposés plus par les partis politiques signataires de l’accord de Marcoussis que par le Premier ministre. En bon économiste, Koulibaly nous révèle qu’il y aura conflit de compétences entre le président et son Premier ministre quand ce dernier aura des moyens humains et matériels mis à sa disposition pour la réalisation de ses propres décisions inspirées par la rencontre de Marcoussis et les arrangements de Kléber. Une autre révélation de Koulibaly : En 2007, les recettes extérieures que souhaitait le budget s’élevant à 408 milliards étaient remises à Soro pour gérer le climat sociopolitique de l’époque. Aussi l’attentat auquel il a échappé le 29 juin 2007 pourrait s’inscrire dans la problématique de ce bicéphalisme à la tête du pays.
La présidentielle est programmée pour la fin de l’année et Gbagbo lui-même en précisera la date. Est- ce que la Communauté internationale a suivi de près la mission qu’elle avait confiée au Premier ministre ? Celle du ramassage des armes et de l’identification précise de la population en âge de voter ? A-t-elle réussi l’inévitable Désarmement, Démobilisation et Réinsertion qui est le maillon indispensable pour le bon déroulement de la prochaine présidentielle? Elle ne devrait pas aller vite en besogne si les conditions de paix sociale ne sont pas encore réunies et qu’une véritable Commission indépendante pour cette élection n’est pas encore installée. Il ne faudrait pas que la Côte d’ivoire nous rappelle l’Angola ou de la République démocratique du Congo où les armes avaient repris à tonner après la présidentielle. Ces armes n’ayant pas été ramassées avant que les populations partent aux urnes.
Les Occidentaux doivent savoir que les Africains sont encore politiquement incultes à cause des partis qui sont encore en majorité marqués par l’ethnicité et le régionalisme. Triste réalité qu’il faudrait combattre. En Afrique, en dehors de certains pays qui n’ont pas connu des troubles interethniques avec affrontements armés comme le Mali, le Bénin… qui se sont montrés sérieux au cours des élections, on remarque que les urnes sont souvent une anti-chambre de la violence comme on l’a constaté dernièrement au Kenya et au Zimbabwe. L’UE et l’UA qui s’intéressent à cette élection au niveau de l’envoi des observateurs internationaux sont, une fois de plus, placées devant leur responsabilité pour que celle de la Côte d’Ivoire soit un exemple, qui devrait mettre fin aux revendications du perdant. Tout s’est bien passé au Mali, au Bénin et au Ghana : pourquoi pas en Côte d’Ivoire ? Dans une élection, les observateurs internationaux en savent moins que le peuple souverain car ils ne sont jamais déployés sur toute l’étendue du pays et qu’ils sont rarement impliqués dans l’organisation de celle-ci.
Les acteurs politiques ivoiriens commencent à se mobiliser quand ils ont appris que l’échéance présidentielle est prévue pour la fin de l’année. A l’UE et l’UA de s’impliquer pour la réussite de cet évènement en les mettant en garde contre l’amateurisme afin qu’ils préservent l’image de la démocratie en Afrique. Il y a urgence car fin 2009, ce n’est que dans quelques mois.

* Essayiste et critique littéraire congolais.
Article publié en collaboration avec www.unmondelibre.org

Par Noël Kodia *
Lundi 18 Mai 2009

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