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Le régime de change en question

Un débat initié par Bank Al-Maghrib à Casablanca




Le débat sur le régime de change monétaire est récurrent dans plusieurs pays en développement. Il survient particulièrement en situation de crise financière à l'instar de celle qui a affecté durement certains pays comme l'Egypte ou la Turquie.
Dans le cas du Maroc, ce débat, initié par Bank Al-Maghrib ambitionne de renforcer la résilience de l'économie nationale, consolider sa compétitivité et la prémunir d'éventuels chocs exogènes. L'objectif est d'entreprendre une réforme dont les préparatifs semblent avoir été entamés depuis une dizaine d'années environ.
La tenue d'un atelier de formation dédié à la réforme du régime de change organisé par BAM  lundi dernier à Casablanca et animé par des cadres du ministère de l'Economie et des Finances et de l’Institut d’émission, s'inscrit dans un processus de communication et d'explication de la transition vers un taux de change flexible.
Ce processus, entamé en 2007 qui a été suivi d'un benchmarking portant sur plusieurs pays en 2010, débouche aujourd'hui sur une phase  cruciale correspondant à l'opérationnalisation. Celle-ci semble être commandée par une conjonction de facteurs macroéconomiques favorables.
A ce propos, le Maroc a actuellement un régime de change fixe. L'objectif de la réforme est d'atteindre un régime de change flexible, a précisé Mounir Razki, directeur des opérations monétaires et de changes à Bank Al-Maghrib, en précisant que le régime de change fixe se caractérise par une devise dont la valeur est établie par rapport à un étalon, à savoir une monnaie ou un panier de monnaies, par la banque centrale émettrice de cette devise. Dans le cas du Maroc, le taux applicable est un régime de parité fixe avec rattachement du dirham principalement à l’euro (60%) et au dollar (40%). Le cours ainsi fixé constitue le taux de change de référence autour duquel une certaine marge de fluctuation peut être autorisée. Les autorités monétaires sont tenues de défendre ce cours pour le maintenir à l’intérieur de la marge de fluctuation autorisée.   
Cependant, si le régime de change fixe favorise la croissance de la production et l'intégration économique du pays, il peut néanmoins entraver l'ajustement extérieur, limiter le recours aux politiques macroéconomiques et accroître la vulnérabilité aux crises qui sont devenues fréquentes au cours des dernières décennies. De plus, le taux de change fixe serait parfois maintenu à tort à des niveaux incompatibles avec la situation économique d'un pays et pourrait engendrer une crise financière. D'autres inconvénients peuvent également être évoqués comme le fait que les politiques monétaires des pays sont moins libres et que les réserves internationales de devises du pays doivent très souvent être conséquentes pour défendre la parité de la monnaie.
 C’est pourquoi, depuis 2013, Bank Al-Maghrib a préparé  la mise en place d’instruments (d’analyse et de prévisions) lui permettant de mener à bien la transition vers un régime de change plus flexible. La flexibilité des changes est une transition vers un taux de change libre, fixé totalement par les lois de l'offre et de la demande. Elle se fait par l'instauration d'une bande de fluctuation au sein de laquelle le dirham va varier librement à la hausse ou à la baisse. D’après Mounir Razki, un régime de change flexible devrait en principe contribuer à rendre les marchés locaux plus compétitifs et garantir l’ouverture du Maroc sur l’économie internationale. La mise en place d’un régime de change flexible s’accompagne par un ensemble de pré requis dont la validation est primordiale non seulement avant d’entamer le processus de transition mais également au cours de ce dernier. Parmi ces prérequis, on retrouve notamment l’adéquation du niveau des réserves de change, ainsi que la solidité des fondamentaux macro-économiques qui doivent être vérifiés pour chacune des phases de transition.
Par ailleurs, la convertibilité d’une monnaie et le régime de change sont deux sujets différents. Autrement dit, un régime de change plus flexible n’implique pas forcément la libre convertibilité de la monnaie – seul un régime de change flottant pur implique en effet la libre convertibilité d’une monnaie. Plusieurs pays ont des régimes de change flottants mais imposent des restrictions à la convertibilité de leur monnaie. De même, il existe des pays qui ont adopté un régime de change fixe, mais ont fortement réduit leur contrôle sur le change, c'est le cas du Maroc.
Lorsque le marché détermine librement le cours de la monnaie, il n'est plus nécessaire pour un pays d’intervenir sur le marché des changes pour défendre sa monnaie. Les pays dont le cours de la monnaie est flottant gardent généralement des réserves de change dans l’éventualité de crises de liquidités, lesquelles pourraient se produire, par exemple, si l’endettement à court terme devait dépasser les réserves de change.
Toutefois, les régimes de taux de change flexibles s’accompagnent aussi explicitement d'une série de risques. Il est à craindre que les prix à la consommation ne soient influencés par les variations de taux, notamment une dépréciation de la monnaie nationale, dans le cas d’un régime de change flexible. Ceci pourrait causer une hausse de l’inflation, et par conséquent, une baisse du pouvoir d’achat des populations. Un régime de change flexible pourrait ainsi être inflationniste dans la mesure où il apporte davantage de liberté aux politiques monétaires des pays, a conclu Mounir Razki.


* (Journaliste stagiaire)

Youssef Kharoufi *
Jeudi 16 Février 2017

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