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Le référendum, un exercice périlleux à l'issue incertaine

A l’instar de l’Italie, le parti du chef du gouvernement Matteo Renzi est au bord de l'implosion




L'Italie affronte en décembre un référendum, Nicolas Sarkozy en promet deux s'il gagne la présidentielle française, mais les cas du Royaume-Uni, de la Hongrie et de la Colombie démontrent toute l'incertitude qui entoure l'issue d'un tel scrutin.
 A Londres, l'ex-Premier ministre David Cameron avait promis un référendum sur le maintien ou non de son pays dans l'UE, pour mettre fin aux querelles sur l'Europe au sein de son parti conservateur. Mais l'exercice a viré au fiasco.
 "Il restera l'homme qui a provoqué par accident le départ du Royaume-Uni de l'Union européenne", a ainsi estimé l'ancien ministre conservateur Ken Clarke.
 Résultat, David Cameron a démissionné, aussi bien de son poste de Premier ministre que, quelques mois plus tard, de celui de député.
 "Les politiques ne savent pas tirer de leçons de l'Histoire. Si on regarde les référendums récents, tous ont mal calculé. Il y a très peu de référendum dont le résultat suit le discours prévu" par le pouvoir, analyse pour l'AFP le professeur Lain Begg, chercheur à l'Institut européen de la London School of Economics.
 Le président colombien Juan Manuel Santos a vécu la même mésaventure: il a convoqué un référendum sur l'accord de paix signé avec la guérilla des FARC, mais le +non+ l'a emporté.
 Le Premier ministre Viktor Orban a aussi perdu son pari : son référendum antimigrants a été invalidé, faute d'avoir obtenu le quorum nécessaire, mais il s'en est sorti avec une victoire morale, plus de 98% de ceux ayant voté s'étant prononcés en faveur des mesures proposées.
 "En Suisse on a l'habitude, mais pour les Britanniques, les Italiens et les Français, c'est rarissime d'avoir un référendum et cela peut très vite mal tourner. Même si on a de bonnes raisons de donner le vote au peuple, le fait est qu'il faut voter oui ou non, il n'y a pas de nuances, et cela peut mal tourner", ajoute M. Begg.
 La Suisse semble être l'exception qui confirme la règle, les citoyens y votant tous les trois mois sur des initiatives populaires (présentées par des partis ou des groupes de citoyens) et des référendums (présentés par l'Etat).
 "Il y a une grande tradition du vote qui fait que les élites ont appris ce qu'il faut faire pour informer, convaincre, préparer l'opinion", explique à l'AFP le politologue suisse Pascal Sciarini.
 Dans les autres démocraties représentatives, comme l'Italie, le référendum est "une sorte de sanction vis-à-vis du politique, du gouvernement, donc il y a une charge émotionnelle, c'est l'occasion de dire son ras-le-bol", ajoute le politologue Oscar Mazzoleni de l'université de Lausanne.
 Matteo Renzi, le chef du gouvernement italien, a flairé le danger qui le guette le 4 décembre prochain, lors du référendum sur la réforme constitutionnelle visant à simplifier le système politique et donner davantage de gouvernabilité au pays.
 "Je suis conscient de ne pas être la personne la plus sympathique au monde", a-t-il reconnu lors d'une émission télévisée sur la principale chaîne publique, soulignant fortement qu'il souhaiterait que "les citoyens sachent sur quoi on vote, et ce n'est pas ma personne".
 Mais il y a peu de chance que ses vœux soient exaucés.
 "Matteo Renzi court un risque. Il comptait utiliser le référendum pour consolider son pouvoir politique mais son comportement louvoyant, --il a d'abord personnalisé le vote en le présentant comme un scrutin sur son sort, puis son rétropédalage--, le desservent", a déclaré à l'AFP le politologue Domenico Fracchiola, de l'université romaine Luiss.
 Rares sont les référendums où les électeurs répondent à la question, et l'Italie n'échappe pas à la règle. "Le vote du 4 décembre ne concerne pas la réforme constitutionnelle, que la majorité des Italiens n'a pas bien comprise. La vraie question écrite sur le bulletin de vote, à laquelle il faudra répondre +oui+ ou +non+ est: as-tu encore davantage confiance en Renzi qu'en ses adversaires?", résume ainsi le quotidien La Stampa.

Mercredi 12 Octobre 2016

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