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Le président du Groupe socialiste à la Chambre des représentants au Forum parlementaire maroco-espagnol

Ahmed Zaïdi énumère les défis à relever pour des relations bilatérales saines et solides




Le président du Groupe socialiste à la Chambre des représentants au Forum parlementaire maroco-espagnol
Il y a sûrement lieu pour les parlementaires des deux rives de la Méditerranée de se féliciter des échanges qu’ils ont eus à l’occasion de la tenue du forum des parlementaires maroco-espagnols. Mais les uns comme les autres auront sans doute aucun relevé la grande importance de l’intervention du président du Groupe socialiste à la Chambre des représentants. Ahmed Zaïdi a eu le mérite de sortir des sentiers  battus, de ces lieux communs répétitifs ressassant la nécessité pour les deux pays d’œuvrer pour le développement de leurs relations communes. La grande question et à laquelle s’est appliqué Zaïdi à répondre, développant par là et en toute logique, la vision de l’Union socialiste des forces populaires à ce propos est : comment y parvenir? Le développement des relations hispano-marocaines, il faut savoir le mériter, en faisant en sorte, rappelle Zaïdi, à ne pas lier ces relations à ce qui est  conjoncturel ou qui dépendrait de quelques humeurs. Aussi faut-il veiller à relever le défi de l’édification d’une sécurité commune en s’attaquant en premier au phénomène du terrorisme  et aux racines du mal, de même que le défi d’un développement commun conjuguant les efforts de part et d’autre de même que celui de la nécessité de faire face aux tentations séparatistes. L’Espagne à travers ses élites, rappelle le député USFP, est censée en saisir les risques et dangers. L’autre défi est lié à l’immigration illégale ; Ahmed Zaïdi n’a pas manqué de rappeler de point de vue de l’USFP, la situation des présides occupés Sebta et Mellilia et les séquelles laissées par la colonisation espagnole dans les régions du Nord  du Maroc …
C’est un appel à se représenter le passé pour se diriger ensemble vers l’avenir sur des bases faites de clarté et de transparence.


M.B.A



Voici la traduction
intégrale de l’allocution prononcée par Ahmed Zaïdi, président du
Groupe socialiste
à la Chambre des
représentants, lors du Forum parlementaire
maroco-espagnol.


«Messieurs les
présidents Mesdames
et messieurs Chers
collègues parlementaires»

Je tiens en début de cette allocution à remercier nos confrères espagnols d’avoir entouré de toutes les conditions de succès ce forum dont la ponctualité est source de satisfecit. Nul doute que ce genre de rencontres devrait constituer un canal de communication et de dialogue entre les deux pays quelles que soient les circonstances et les crises que traversent les relations bilatérales.
Les travaux de notre forum se tiennent dans un contexte agité pour ne pas dire troublé aux niveaux régional et international ne ménageant ainsi pas nos deux pays de leurs retombées et impacts. Ce qui a atténué l’effet de ces retombées fort heureusement, c’est bien le bon état où se trouvent actuellement nos relations bilatérales, chose que nous espérons devenir durable. Et bien évidemment, nous espérons que nos relations ne subissent pas les affres des tempéraments politiques, ni soient otages des aléas de la géographie et de l’histoire ou encore des nécessités conjoncturelles de la géopolitique.  
A l’aube du troisième millénaire et du siècle des grands changements, il est temps que nous nous dirigions vers l’avenir. Pour ce, nos relations bilatérales doivent être édifiées sur la base de la confiance mutuelle et de la reconnaissance bilatérale de la valeur de chaque pays et ses potentialités. Nous méritons en Espagne comme au Maroc cette reconnaissance. Pourquoi? Nous disposons d’un legs civilisationnel et culturel commun ibéro-méditerranéen rare chez deux autres pays des deux rives. L’Europe d’un côté et le monde arabe et l’Afrique de l’autre. Ce fonds reste une base de départ à même de permettre un élan vers un avenir prometteur, même si personnellement, j’estime que cela reste conditionné d’abord par le fait de nous défaire de la vision que nous nous faisons l’un de l’autre et de débarrasser les mentalités marocaine et espagnole des fictions de suprématie et d’adversité historique. Et en premier lieu, je dirai que ce sont les mentalités politiques et les pratiques et discours médiatiques qui sont appelés d’abord à se défaire de ces illusions fallacieuses surtout que les médias jouent un rôle essentiel dans l’encadrement et l’orientation de la société et diffusent par conséquent des valeurs et des idées.
La situation de nos deux pays aux portes de l’Europe et de l’Afrique nous met directement devant de grandes responsabilités et les érige du coup à jouer le rôle de passerelle civilisationnelle, culturelle et sociale. Vous constituez notre portail vers l’Europe et nous sommes le vôtre vers l’Afrique et surtout le monde arabe. Et ce n’est pas simplement d’un point de vue géographique classique mais dans un sens civilisationnel et géostratégique. Nous souhaitons tant que cela se traduise dans les faits à travers le projet du siècle de «liaison fixe» via Gibraltar en tant que  projet stratégique international  d’envergure nécessitant la mobilisation de tous.
Sommes-nous aptes à jouer de pareils rôles?
Certainement, s’il existe une volonté réelle fondée sur deux raisons majeures :
- La première est de ne jamais hypothéquer les relations bilatérales contre le tempérament politique  de certains milieux et contre le tempérament des médias appelés à être positifs et objectifs
- La deuxième raison consiste à défaire l’esprit politique au Maroc comme en Espagne du poids de l’histoire et des effets négatifs du conflit historique qu’ont connus les deux pays
Messieurs les présidents
Mesdames et Messieurs
Nous sommes réunis dans un forum qui fédère les représentants de nos deux peuples et nous sommes appelés à être objectifs et réalistes et partant, nous devons sortir des débats empruntant la langue de bois protocolaire. Nous sommes appelés à prospecter l’avenir et élaborer une feuille de route de ce que devraient être les relations entre deux pays voisins au troisième millénaire.
Cela ne deviendra réalité que si nous affrontons de concert tous les défis que je résume comme suit :

1 – Défi de la
sécurité commune

A ce niveau, nous devons tous comprendre que les défis sécuritaires auxquels nous devons faire face sont communs et en particulier le défi du phénomène du terrorisme qui ne reconnaît ni frontières, ni civilisations, ni religion. Je ne suis aucunement en train de donner des leçons en matière de lutte contre le terrorisme, mais il faut attaquer directement les racines du mal : la pauvreté, le sous-développement, l’analphabétisme, l’injustice et le déficit ou l’absence de démocratie et essentiellement la colonisation. (Dans ce sens, vous n’êtes pas sans savoir le coût élevé du conflit au Moyen-Orient qui alimente d’autres conflits et partant des tendances extrémistes et radicales exploitées par des groupes radicaux pour légitimer leurs thèses et actes abjects).
 
2 – Défi commun du
développement et
production de ressources  

En relation avec le premier défi, nous sommes appelés à relever celui du développement et de l’élimination des aspects de déficit en matière d’infrastructures et de services sociaux (santé, enseignement, habitat…). Il est à souligner dans ce sens que mon pays déploie des efforts exceptionnels notamment depuis la fin des années 90 du siècle précédent pour équiper le pays et améliorer les conditions de vie des populations. Et bien évidemment, l’on ne peut accomplir cette tâche seuls étant donné la faiblesse des ressources et des moyens. Depuis la fin des années 90, nous avons lancé de grands chantiers qui ont changé le visage du Maroc. Si en matière d’électrification du pays à titre d’exemple, on avait atteint les zones les plus reculées, nous faisons encore face aux défis du chômage, de la qualité de l’enseignement et des services de santé.
Nous comptons sur le potentiel humain des Marocains, sur la matière grise de son intelligentsia technique, économique et politique pour réaliser notre transition vers le club des pays émergents, mais nous comptons également sur le partenariat de nos amis et alliés dont l’Espagne et l’Union européenne en général. Vous occupez une place qui vous permet de concevoir l’ampleur des défis et d’estimer combien sont utiles et bénéfiques la coopération, le soutien économique et politique pour la réalisation de cette transition.
Nous disposons de beaucoup de potentialités à même de nous aider à produire des richesses, lesquelles peuvent permettre à notre pays de s’ériger, au fil du temps, en une locomotive démocratique dans toute la région et une force économique qui tient une place de choix en Afrique. L’Europe et l’Espagne en particulier vont certainement tirer profit de telles réalisations qui ne feront que fructifier nos partenariats multiformes.  

3 - Défi des tendances
séparatistes

Je crois que l’élite espagnole est arrivée aujourd’hui à une phase où elle conçoit à leur juste valeur les dangers du séparatisme après la dure expérience avec le Pays basque. Nous sommes en train de suivre la tendance séparatiste dans une autre zone en Espagne la deuxième région industrielle en Europe (la Catalogne) et avec tout notre respect au principe de non-ingérence dans les affaires des autres pays, nous rappelons que nos deux pays ont ce point en commun face à ce défi. Mon pays endure depuis 38 ans et souffre d’un conflit factice créé de toutes pièces autour de notre intégrité territoriale. Le fond reste cette tendance au séparatisme et l’ingérence de forces régionales en matière de financement, de soutien logistique, stratégique, sécuritaire et militaire.
Vous êtes mieux placés pour témoigner de la légitimité du recouvrement du Maroc de ses provinces du Sud. Du point de vue de l’équité historique et de l’intérêt commun également, vous êtes mieux placés pour contribuer à la résolution de ce conflit sur la base du plan d’autonomie. Le Maroc a initié avec courage et audace cette initiative fondée sur les principes et pratiques consacrés au niveau international en matière d’autonomie.
Vous n’êtes pas sans savoir aussi le coût exorbitant de ce conflit ainsi que les dangers conséquents dans une région minée de phénomènes de terrorisme et de trafic d’armes, de drogues et d’êtres humains… Autant de facteurs qui portent atteinte à la stabilité mondiale et menacent en particulier l’Europe dans son entité territoriale et ses intérêts vitaux, notamment avec l’apparition de nouveaux points de tension et la prolifération d’armes à grande échelle suite aux révoltes survenues dans la région.

4- Le défi de la
 migration irrégulière

Le Maroc et l’Espagne se trouvent aux avant-postes de la lutte contre la migration irrégulière provenant des différentes régions du monde, en particulier de l’Afrique subsaharienne, et des nouvelles zones de conflit. Nos deux pays ne peuvent faire face, à eux seuls, à ce phénomène, eu égard au coût de cette lutte et les responsabilités qu’elle engage. Nul doute que nos amis espagnols sont désormais convaincus de la nécessité d’élaborer des plans et de nouvelles visions pour la migration irrégulière auxquels l’Europe est appelée   à adhérer avec de nouveaux moyens et projets pour s’attaquer aux racines de ce phénomène, dans les pays d’origine des migrants où l’action à mener nécessite la réunion de toutes les conditions pour que ces derniers ne quittent pas leur pays ou choisissent d’y revenir, à savoir le développement, l’emploi, les services sociaux, le respect des droits de l’Homme et la paix.
Nous comptons sur nos collègues parlementaires espagnols pour défendre cette nouvelle  vision au sein des institutions européennes.
Dans ce sens, il faut rappeler la nouvelle politique de migration et d’asile  que le Maroc vient de lancer et initiée par Sa Majesté le Roi Mohammed VI. Il s’agit d’une vision fondée sur les principes universels des droits de l’Homme, de solidarité et les conventions internationales.
Vous n’êtes pas sans prendre en considération la modestie de nos moyens économiques, financiers et même logistiques pour contenir le flux migratoire.  Après avoir été une terre de transit, le Maroc est devenu un pays d’accueil des migrants et leur destination finale.
La responsabilité  fait que l’accompagnement de cette nouvelle politique marocaine de la migration doit être commune, puisque notre pays ne peut, à lui seul, supporter le coût financier, politique, social et économique de cette politique de l’Europe pour s’opposer à ce flux migratoire. Nous ne demandons pas  d’aide ou de soutien, mais nous sollicitons la mise en œuvre de la responsabilité commune.        

Messieurs les présidents,
Mes collègues,
Mesdames et messieurs,
En toute franchise, et à partir de notre vision à l’USFP et au  Groupe socialiste, et pour refléter les préoccupations de  l’opinion publique marocaine, je ne peux omettre de rappeler deux questions  majeures pour les Marocains :
La première a trait à la nécessité d’entamer une réflexion commune et collective à propos des deux présides occupés Sebta et Mellilia et ce, dans un cadre garantissant les intérêts des deux pays sur la base de la sagesse et de la raison. Ce qui est une chose vitale pour notre peuple même si nous sommes au fait du poids de l’histoire quant à ce sujet pour l’opinion publique espagnole.
La deuxième se rapporte au fait de penser à débarrasser nos relations bilatérales affectées par un grand nombre de séquelles de l’histoire, dont les conséquences de la colonisation espagnole du Nord et du Sud du Maroc. Un siècle après le début de la colonisation, nous sommes tenus de trouver un mode de reconnaissance des souffrances du passé colonial et ce qui s’en est suivi, notamment l’usage des armes fatales, particulièrement chimiques, contre la résistance marocaine au Rif dans les années 20 du siècle précédent ; de même que ce qu’elles ont engendré comme pertes humaines, environnementales et économiques. Plusieurs études ont prouvé que les séquelles de l’utilisation de ces armes  continuent d’affecter les habitants du Rif en raison de l’augmentation des cas de cancer et d’autres maladies. Il serait de l’ordre du courage intellectuel de reconnaître aujourd’hui les souffrances de la colonisation dans nos relations.
C’est un appel pour relire avec sagesse les épisodes du passé en vue de se projeter vers l’avenir sur la base de la clarté.
Notre relation propose d’énormes opportunités dans différents domaines : les investissements, les grands projets stratégiques, l’industrialisation, le transfert technologique, l’agriculture, la pêche, les énergies renouvelables ainsi que la coopération culturelle. Ce sont là des projets générateurs de richesse commune, de progrès et de prospérité. Le projet de liaison fixe Europe-Afrique par exemple, qui constitue un rêve pour les Européens, les Africains et les Maghrébins, ne peut s’édifier que sur des eaux claires qui ont coulé à contre-courant des intérêts de nos ancêtres et de vos ancêtres qui rivalisaient pour l’occupation de l’une ou l’autre rive avec tout ce que cela nécessitait comme échange de rôle.»  

Libé
Vendredi 27 Septembre 2013

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