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Le président Blatter et la poule aux œufs d’or …(III) : Un coup d’œil sur les dépenses de Sepp




Mieux encore, la FIFA payait l’impôt pour eux, si bien que, tous les six mois, chaque membre recevait un chèque de 25.000 dollars et une note pour prouver à leur inspecteur du fisc local que cet impôt avait bien été acquitté.
Naturellement, lorsque les membres du comité se déplacent, tous leurs frais sont payés. La FIFA prend en charge les trains, les taxis, les avions, les hôtels et les restaurants. Ces hommes ont généralement des goûts de luxe, à moins de cinq étoiles un hôtel n’est pas un hôtel. Et pour tout, la FIFA règle la facture.
Par-dessus le marché, chaque membre est encouragé à réclamer une “indemnité journalière” supplémentaire de 500 dollars chaque fois qu’il se déplace pour la FIFA. Comme les déplacements durent rarement une seule journée, ces “indemnités” s’accumulent rapidement.
Les billets affluèrent également dans les poches d’autres personnes à mesure que Blatter créait de nouvelles commissions. Il a désormais à sa discrétion plus de trois cents sièges dans divers comités, tous s’accompagnant de défraiements et de provisions. Ses mandataires doivent passer devant le comité exécutif pour être approuvés, et le bruit sourd des tampons officiels sur les lettres d’accréditation résonne dans toutes les Alpes.
Tout comme le président a sa poule aux œufs d’or, chaque membre du comité exécutif peut avoir sa poule aux œufs d’argent, un compte de frais de représentation où il peut faire verser les divers remboursements. Selon les registres que j’ai vus, un membre au moins a ainsi mis de côté des dizaines de milliers de dollars à Zurich. De temps en temps, l’argent est retiré en liquide et envoyé à la maison. Quand les autorités ont commencé à sévir contre les voyageurs qui transportaient sur eux plus de 10.000 dollars en espèces, un membre au moins a envoyé ses petites amies équipées de valises en Suisse aux frais de la FIFA pour rapatrier une partie de l’argent.
“Je m’excuse de vous déranger pour la troisième fois avec cette affaire”, écrivit le comptable Guy-Philippe Mathieu au secrétaire général, Michel Zen-Ruffinen.
Pour souligner sa préoccupation, son désir d’être soulagé d’un fardeau déplaisant, il envoya une copie au nouveau directeur de la division finances de la FIFA, Urs Linsi. Parmi ses diverses tâches, Guy-Philippe avait la corvée peu enviable de traiter les notes de frais soumises par ses employeurs, les membres du comité exécutif.
Les huiles de la FIFA se sont octroyé le droit inouï de soumettre des notes de frais sans avoir à joindre le moindre justificatif. Ces gens-là n’ont pas besoin de s’embarrasser de reçus, de notes d’hôtel, d’additions de restaurant, de fiches de taxi, de factures de carte de crédit, de billets d’avion. Ils peuvent, s’ils le désirent, faire une demande de remboursement pour n’importe quelle somme à partir du moment où ils pensent qu’elle pourra passer.
Les membres honnêtes justifient scrupuleusement la moindre requête. Ce n’est pas le cas de tous, et c’est à Guy-Philippe de trancher. Cette fois, il en avait plus qu’assez. Un membre avait récemment empoché 44.000 dollars pour sa participation à un modeste tournoi de la FIFA. A présent, le même membre réclamait 27.420 dollars “ en dédommagement de sa mission la semaine précédente à Acapulco”.
Ce n’était pas tout. Il voulait encore 13.717 dollars supplémentaires pour un déplacement de chez lui à Zurich. Il avait transité par Londres, où il avait passé deux nuits dans un hôtel à 700 dollars. Circuler en ville lui avait coûté 150 dollars. Il ne présentait pas le moindre bout de papier pour justifier sa demande.
Dans son bureau aux murs gris donnant sur le parking, Guy-Philippe, un homme au tempérament doux, péta un plomb. Il écrivit sur la demande de remboursement : « L’année dernière, il nous a escroqués ! » Au cas où cela n’aurait pas été assez clair, il ajouta : « Arnaqués ! ».
J’ai voulu donner à Blatter une occasion de raconter sa version des faits. Je lui ai envoyé mes questions détaillées sur la manière dont était dépensé l’argent de la FIFA. Il ne lui a pas fallu longtemps pour comprendre que j’avais pu lire les copies de ses documents internes. Il m’a interdit de séjour dans ses conférences de presse. Pourquoi ? Etait-ce une punition ? Craignait-il que, devant la presse mondiale, je ne me mette à agiter des documents qui auraient pu jeter quelque lumière sur la réalité ?
Malheureusement, je ne pouvais donc pas l’interroger en face sur la poule aux œufs d’or, ni sur tout ce qu’elle avait déjà pondu pour lui. Un collègue, pour me rendre service, assista à une conférence de presse en avril 2003  et lui demanda s’il s’était fait rembourser certaines de ses dépenses pour sa campagne présidentielle par la FIFA. « Pures inepties ! », s’est-il écrié.  Après ses démentis véhéments de 1998, il pouvait difficilement dire le contraire.
Un autre collègue a envoyé un courriel  au nouveau porte-parole de Blatter, le jeune Markus Siegler, lui demandant d’expliquer pourquoi Blatter avait demandé le remboursement de près de 70.000  francs suisses qu’il avait dépensés en messageries, télécopieurs et téléphones portables pendant sa campagne présidentielle.
Markus répondit : « De toute évidence, dans l’exercice de votre statut autoproclamé de gardien du bien-être de la FIFA, vous commencez à être à court de matériel pertinent, au point d’en être réduit à vous reposer sur des  fragments d’informations sans queue ni tête et obtenus illégalement, qu’il s’agisse d’un vol commis par des tiers ou par d’autres moyens qui jettent une lumière encore plus douteuse sur certaines de vos sources et/ou contributeurs ».
Il poursuivait rageusement : « Mais ne vous gênez pas pour publier un nouveau mensonge, une autre invention que nous ajouterons simplement à la liste des plaintes que nous sommes en train de préparer ». Tout ceci était plutôt illogique. Je n’estimai pas nécessaire de l’expliquer à Markus, il est suffisamment intelligent pour s’en être rendu compte par lui-même. Si ces fragments d’informations étaient effectivement authentiques, quelle que soit la façon dont ils ont été obtenus, alors ils étaient la base non d’un mensonge, mais de la vérité.
Je suppose que Markus dut regretter son mouvement d’humeur car, quand je lui adressai un courriel demandant pourquoi les membres n’ont pas besoin de présenter de justificatifs avec leurs notes de frais, il fut tout miel, sans pour autant m’éclairer davantage : « Par principe, une absence de documentation n’est pas fatale à une demande de remboursement de frais valide, dans la mesure où les procédures correctes ont été suivies, comme il est d’usage à la FIFA ».  Mais comment une procédure peut-elle être jugée « correcte » sans reçus ?
Je demandai à Markus : Est-il vrai qu’il y a des problèmes avec les notes de frais de certains membres ? » Il m’a répondu : « Cette question est impertinente ».
 En mai 2000,  avant leur  départ pour les jeux Olympiques de Sydney, les membres de l’exécutif de la FIFA reçurent une mauvaise nouvelle. Le secrétaire général Michel Zen-Ruffinen leur envoya un mémo disant : « Nous ferons notre possible pour vous héberger conformément à nos critères habituels, mais le nombre de mini-suites a été   restreint au strict minimum et ne peut être garanti ».
Pire : « Malheureusement, il ne nous sera pas possible d’affecter à chacun un véhicule personnel ».  Pour compenser la déception, le président Blatter autorisa une nouvelle catégorie de frais qui n’avaient pas besoin d’être justifiés ni documentés. « Concernant la personne qui vous accompagnera (conjointe/compagne) nous avons le plaisir de vous informer  qu’elle recevra une indemnité journalière de 200  dollars et que ses frais de voyages seront remboursés ». Cela s’ajoutait aux 500 dollars quotidiens que chaque membre recevait pour assister aux Jeux Olympiques, tous frais payés.

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Mercredi 9 Septembre 2009

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