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Le poète et écrivain algérien Saïd Hadef en marge de la 2ème édition de la Rencontre de la poésie à Laâyoune




Le poète et écrivain algérien Saïd Hadef en marge de la 2ème édition de la Rencontre de la poésie à Laâyoune
Une pléiade de poètes venus de Syrie, des Emirats arabes unis, d’Algérie, de Mauritanie,
de Figuig, d’Oujda,
de Casablanca et bien sûr des différentes
provinces sahariennes
ont participé à la
soirée de clôture de la deuxième édition
de la poésie arabe
à Laâyoune.
Organisée par l’Association
«Annajah pour
le développement social»,  cette édition était dédiée au poète
et érudit sahraoui Si Dah Mohamed
Ben Sidi Brahim.
En marge des travaux, Libé a rencontré
l’un des participants,
le poète, écrivain
et journaliste algérien Saïd Hadef.
Saïd Hadef est un opposant au régime
en place à la Mouradia.
Il vit à Oujda où,
dit-il, il se sent chez lui autant qu’à Oran
ou Alger. Entretien.

Libé : Quelle évaluation faites-vous de la rencontre de la poésie dans sa deuxième édition ?

Saïd Hadaf : Je voudrais d’abord signaler que ces rencontres culturelles ont leur importance pour la création d’espaces de contacts et la sortie de l’isolement de  la ville qui a besoin de ce genre de manifestation. Ces rencontres constituent aussi l’occasion de réunir les acteurs concernés par la créativité poétique, ce qui leur permet de tisser des liens à l’intérieur du Royaume ou avec des créateurs venus d’ailleurs. Ainsi les zones éloignées comme les provinces du Sud ou qui manquent de ce genre de rencontres sortent de cette léthargie culturelle en attendant la régionalisation élargie qui favorisera, sans doute,  tout ce qui est local.

Ce concept de région ou régionalisation nous amène à vous  demander : quel commentaire vous inspirent les révoltes qui secouent différents pays arabes ? Et où se situe l’Algérie par rapport à ces mouvements ?

Ce  que vivent les pays arabes, aujourd’hui, est une situation exceptionnelle qui a surpris les régimes qui ne s’y attendaient pas. C’était le cas en Tunisie, puis en Egypte pour atteindre, ensuite la Libye, le Yémen et la Syrie. Ces régimes ont été surpris par les implosions qui ont eu lieu dans des endroits pour se propager et toucher tout le pays et obliger les régimes à abandonner le pouvoir comme c’était le cas en Tunisie et en Egypte sous la poussée de la rue. Nous avons vu aussi comment la rue persiste pour que la révolution suive un cheminement clair et logique, obligeant tous ceux qui étaient derrière le pillage et le détournement des deniers publics dans ces pays à se soumettre à la justice. Il  y a donc deux révolutions auxquelles les peuples tiennent pour éviter une résurgence des régimes déchus.
Pour ce qui est de la Libye, nous avons vu comment les choses ont pris une tournure tragique et comment le régime libyen persiste et entre en guerre contre le peuple libyen menant une politique de la terre brûlée. Au Yémen, nous suivons comment le peuple persiste dans sa lutte et comment le régime veut le contraindre à baisser les bras, usant d’un terme qu’il désigne comme légalité constitutionnelle.
 Quant à la Syrie, nous avons vu comment les marches pacifiques se sont transformées en affrontements et comment les choses ont dégénéré.
 Une lecture de ces différentes révolutions nous indique comment les régimes ont tenté de définir ces révolutions comme étant un début d’anarchie ou un retour du terrorisme et d’Al Qaïda. En réalité,  ce sont ces régimes qui ont favorisé, par leur comportement et leur détermination à se maintenir au pouvoir, ces colères populaires qui expriment le ras-le-bol des peuples spoliés depuis des dizaines d’années. Tout ceci nous amène à faire le constat que les pays arabes vivent un tournant et un changement des mentalités. Si les régimes ne consentent pas à des transformations répondant aux normes démocratiques mondialement reconnues, ces régimes sont appelés à subir le même sort que celui de ces pays, entraînant tous les pays arabes dans un gouffre caractérisé par l’instabilité et l’anarchie. C’est ce que cherchent les puissances ennemies de la démocratie, des droits de l’Homme et du monde arabe et musulman qui parient sur ces révolutions pour les transformer en stratégie d’anarchie et de guerre fratricide comme c’est le cas en Somalie, en Irak ou en Afghanistan.
Concernant l’Algérie, celle-ci ne fait pas exception à la règle. Il y a une tentative pour la création d’un mouvement politique et social depuis le mois de janvier dernier à laquelle les autorités ne cessent de s’opposer à travers des moyens horribles pour y mettre un terme et oppresser les initiateurs, sous prétexte que ce mouvement n’est pas autorisé et en occupant par la force, les places visées par les éventuels manifestants.
Mais cela ne signifie pas que les choses ne vont pas dégénérer dans ce pays, car le régime algérien n’a pas le courage de faire son autocritique et de procéder à la mutation tranquille à laquelle aspire le peuple qui ne manque pas d’imagination et d’ambition  pour trouver le moyen de mettre un terme aux pratiques malveillantes du régime qui fêtera l’année prochaine son cinquantenaire et qui depuis son avènement n’a jamais initié une politique prenant en considération les aspirations du peuple ou respectant les droits humains les plus élémentaires. Ce qui s’est soldé par la naissance des mouvements que nous connaissons dont le GRPA, entre autres. Ces mouvements qui ont terrorisé et terrorisent encore, non seulement l’Algérie, mais certains pays voisins.  
Ceci étant, le peuple algérien n’aura de cesse de s’exprimer et le pouvoir tentera par tous les moyens de le faire taire. Ce qui revient à dire que la révolte du peuple algérien est inévitable et qu’elle sera des plus sanglantes. Le pouvoir qui en est convaincu, fait des mains et des pieds pour faire échouer toutes les tentatives de révolution dans les pays arabes. Comme il a échoué en Tunisie, il fait tout pour  réussir en Libye, en permettant au régime de Kadhafi de recruter des mercenaires aussi bien dans les camps du Polisario que dans le nord du Mali et du Niger.
Le régime algérien parie sur la partition de la Libye pour se maintenir au pouvoir et s’il ne réussit pas, il tentera par tous les moyens de  semer la pagaille, l’instabilité et le désordre dans ce pays. Ceci lui permettra de convaincre les pays occidentaux qu’il est le seul pays de la région à mener la guerre contre le terrorisme et les différents mouvements extrémistes.     

Certaines sources ont parlé de la naissance, dernièrement dans les camps de Tindouf, du Rassemblement démocratique des Sahraouis pour dénoncer le leadership du Polisario dans les camps. Quelle peut être, selon vous, l’influence de ce vent de changement qui a touché les pays arabes, sur la jeunesse dans les camps de Tindouf ?

Pour ce qui est de la région maghrébine, nous avons constaté comment le conflit du Sahara a subi un changement à travers l’Initiative marocaine d’autonomie et comment le Maroc a réussi à faire sortir ce conflit de la léthargie qui l’a  caractérisé et l’amener sur un terrain de négociation réaliste que soutient la communauté internationale.
 Cette initiative a surpris et brouillé les parties qui ne souhaitent pas que ce problème soit résolu, qu’il s’agisse du régime algérien, de quelques éléments du Polisario ou de certains hauts responsables marocains.
La nouveauté est venue de la proposition marocaine qui a créé un ensemble de réactions que nous avons perçues dans la position de Mustapha Salma Ould Sidi Mauloud qui a décidé de repartir à Tindouf et défendre l’idée d’autonomie interne proposée par le Maroc, ce qui lui  a valu d’être arrêté, séquestré avant d’être expulsé, sans jamais avoir le droit de rencontrer les siens. Nous avons constaté comment les médias et les observateurs qui suivent le dossier du Sahara ont réagi à cette situation qui était un tournant dans le conflit du Sahara.
Toutes  ces évolutions ne pouvaient pas se produire sans effet sur les camps de Tindouf, leurs habitants et sur les jeunes sahraouis marocains qui vivent la séquestration depuis plus de trente cinq ans. Comment cet homme s’est révolté contre le Polisario et comment il se présente espérant avoir le droit d’être écouté et dont l’avis doit être pris en considération, du fait qu’il est le premier concerné. Il n’est donc pas exclu que ce mouvement ira en grandissant, cherchant des moyens de faire évoluer son discours et en préconisant une démarche pour contribuer à résoudre ce conflit et à éviter à la région les conséquences de ce conflit né des velléités du régime algérien. 

Propos recueillis par Ahmadou El-Katab
Mercredi 4 Mai 2011

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