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Le patron d’une école privée membre du jury de nomination du nouveau directeur de l’INPT

Public-privé : les liaisons dangereuses




Le patron d’une école privée  membre du jury de nomination du  nouveau directeur de l’INPT
Un appel à candidature qui sent le soufre.  A l’Institut national des postes et télécommunications, la colère gronde. Les questions se bousculent et témoignent de l’incompréhension du corps enseignant. 
Tout a commencé avec l’appel à candidature pour que soit choisi un nouveau directeur de l’INPT. Nous sommes en septembre 2013 et le directeur en partance après 14 ans à la tête de ce prestigieux institut prépare soigneusement son départ. « L’appel à candidature est tout simplement son œuvre. En tout cas, il l’a largement inspiré », confie sous le sceau de l’anonymat un professeur de l’INPT. Mais cela ne s’arrête pas là. La suite des événements donne sérieusement à réfléchir. Dans le jury de la commission de nomination en charge d’examiner les dossiers de candidatures et les feuilles de route proposées par les prétendants au poste de directeur, l’ancien patron de l’INPT aurait réussi à glisser une de ses proches connaissances. 
C’est ainsi que le directeur d’une école supérieure privée, en concurrence directe avec l’INPT, se retrouve membre du jury de nomination de celui qui présidera aux destinées d’un établissement étatique prestigieux qui forme les futurs  ingénieurs télécoms du pays. Pour cet observateur averti, on n’est pas loin du conflit d’intérêt. « On peut tout aussi bien parler d’un abus de pouvoir caractérisé. L’accréditation de l’université  privée de l’ami en question a été validée, quelques mois plus tôt par… le directeur sortant de l’INPT alors qu’il se savait déjà sur le départ.  On peut avancer sans grand risque de se tromper qu’aucune grande école relevant du public n’aurait procédé à une telle accréditation», soutient cet enseignant de l’institut. Dans le corps enseignant, des voix fusent. «Que deviennent des principes forts comme l’égalité des chances ou encore la transparence ? Et que fait-on de la culture de l’excellence ?»,  protestent-elles.   Depuis la constitution du jury qui était présidé par un directeur d’une grande institution nationale, les bruits et chuchotements ont investi l’enceinte universitaire. Sa composition a été gardée secrète. « Mais pas pour tout le monde. Certains plus égaux que d’autres auraient été briefés et auraient eu tout le loisir de préparer leur candidature. Quant au candidat « coopté » par l’ex-directeur, il a tout simplement été le premier à être convoqué, l’ordre alphabétique n’y étant pour rien. De plus, il aurait bénéficié de plus de temps pour présenter son projet. Son audition aurait duré une heure et demie alors que les autres candidats en compétition n’auraient bénéficié que d’une quarantaine de minutes seulement. Et encore, on ne leur a presque pas posé de questions», témoigne cette source proche de cet appel à candidature de l’INPT. Les jeux étaient-ils faits? Y a-t-il renvoi d’ascenseur entre amis qui se veulent du bien? La question se pose d’autant plus que la «short list» contenant les noms des candidats à la direction de l’INPT relève du top secret. «Même les principaux concernés n’ont visiblement pas le droit de savoir. Un climat de discrédit est en train de s’installer au sein de l’établissement », confie ce professeur.
 
Le silence assourdissant 
du ministre Daoudi
Depuis le 3 janvier courant, un nouveau directeur a été installé à la tête de  l’Institut national des postes et télécommunications. Le site de cet établissement annonce la nouvelle de manière très sobre et présente le nouveau responsable comme étant  «un professeur de l’enseignement supérieur, docteur d’université, spécialiste en micro-électronique et militant de la société civile qui a intégré le corps professoral de l’INPT en 1987 pour participer à la formation de plusieurs promotions d’ingénieurs d’Etat en télécommunications et technologies de l’information». Le directeur nouvellement choisi envisage, toujours selon le site de l’INPT, «de piloter l’institut selon une feuille de route basée sur le management participatif avec plusieurs projets innovants à l’horizon».
Aux yeux de ce député de l’Union socialiste des forces populaires, la nomination du nouveau directeur, et quelles que soient ses compétences, suscitera pendant longtemps des interrogations. «Comment expliquer et faire accepter que le directeur d’une école supérieure privée puisse décider de l’avenir d’un institut supérieur relevant du public et de la nomination de son directeur? Il y a un mélange des genres qui est pour le moins malsain», fait-il remarquer tout en pointant la politique gouvernementale en matière de gestion des relations entre l’enseignement public et celui privé. 
A l’INPT, le doute s’est installé à tous les étages. Et tous aujourd’hui veulent comprendre le silence assourdissant du ministre de l’Enseignement supérieur, celui-là même qui avait décrété la fin des privilèges, passedroits et autres pistons à l’université. Les slogans de Benkirane et de ses troupes islamistes ont à l’évidence fait long feu.
 

N. R
Jeudi 30 Janvier 2014

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