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Le nouvel album de Popa Chubby moins agressif que ses précédents

Christophe Colomb était un meurtrier et un tortionnaire




 On l’avait quitté il y a un an avec “The Catfish”, il est revenu le 27 octobre avec “Two dogs”. Encore une histoire d’animaux ? Non, c’est plus subtil que ça. Un album doux et fort à la fois. Pour nous l’expliquer, Popa Chubby a accepté de répondre aux questions de nos confrères de CultureBox, depuis chez lui, à New York. Affable, il nous livre sans détour son sentiment sur le monde actuel, son amour de la France, de la musique.
Bien qu’il s’en défende en interview, cet album de Popa Chubby sonne moins agressif que certains de ses précédents, comme “The fight is on”, “Deliveries after dark”, ou le dernier “The catfish”. Certes, le propos reste toujours virulent (notamment sur “Preexisting conditions” où il interpelle Trump), mais le son global semble s’être adouci. Un peu comme si le bluesman new-yorkais avait voulu arrondir les angles. Alors bien sûr, il y a toujours des guitares, mais moins tranchantes, plus rondes. Le piano est aussi plus présent qu’à l’accoutumée, tandis que les cuivres apportent une touche soul. Et même losrqu’un morceau démarre sur un riff texan endiablé comme “Chubby’s boogie”, très vite la guitare solo lorgne vers le jazz-rock mélodique. Il y a encore un peu plus de douceur avec la ballade “Wound up getting high” et ses phrases de guitares aux effets violons harmonisés. Mais en même temps, toujours du classic-blues tel ce “Rescue me”.
Pour clore l’album, deux titres bonus en live : “Sympathy for the devil” des Stones, qui fait la part belle au piano, et le mythique “Hallelujah” de Leonard Cohen, dans une version très dépouillée guitare-piano-voix. Une respiration au milieu de ses concerts, et au cours de laquelle on l’entend dire “Si personne ne vous aime aujourd’hui, dites-vous que Popa Chubby vous aime !” Tout son message résumé en quelques mots. Et comme il le dit lui-même : “Peace, love and loud guitars”.
«”Two dogs” est une vieille histoire, une fable. Elle signifie que tout le monde possède deux chiens à l’intérieur de lui-même. Et ils sont en lutte : l’un est bon, l’autre est mauvais. Dans le monde actuel, les gens sont “polarisés” : ils doivent choisir leur lion; et c’est particulièrement le cas aux Etats-Unis», explique l’artiste dans ledit entretien. «Il y a une grosse vague de conservatisme et d’enrichissement, le monde va plutôt mal. Un chien parle d’amour et de raison, l’autre parle d’égocentrisme, et du côté noir de l’être humain. C’est vraiment le concept de l’album», ajoute-t-il. Questionné sur l’importance de parler de son passé, de son histoire et de raconter d’où vient l’Amérique, le chanteur explique que ce n’est pas vraiment le sujet de parler d’où vient l’Amérique, mais c’est très important, et salvateur, d’étudier le passé, «parce que si tu ne connais pas ton histoire tu vas la répéter. Tu vas refaire à nouveau les mêmes erreurs. Savoir “d’où vient l’Amérique” est une histoire intéressante», précise l’artiste. «Je vais te donner un exemple : j’étais dans le Colorado, dans les montagnes, en altitude. Au Colorado il y avait une tribu, les Utes, qui n’existe plus car ils ont été exterminés par les hommes blancs. Quand les premiers hommes blancs sont arrivés au Colorado, les Indiens leur ont montré toutes les sources naturelles d’eau douce. Les Indiens ont quitté les montagnes pour la saison, et quand ils sont revenus, les hommes blancs avaient posé des clôtures autour des sources, et ont tué tous les Indiens. Voilà, ça c’est l’histoire de l’Amérique, Man», poursuit-il. Et d’ajouter : «Quand on y pense, en Amérique on célèbre l’arrivée de Christophe Colomb, mais Christophe Colomb était un meurtrier et un tortionnaire. Et malheureusement, Colomb est vénéré, pas seulement en Amérique, mais dans le monde entier. C’est ce que font les gens quand ils ne peuvent pas contrôler, ils tuent. Ta question sur l’histoire rejoint le concept du disque : sois vigilant au chien que tu nourris à l’intérieur de toi. Le chien que tu nourris, c’est celui qui va vivre. Le chien que tu oublies, c’est celui qui va mourir».
L’artiste qui est souvent en tournée, explique, par ailleurs, que cela est fatiguant mais amusant. «Je sais que la plupart des gens ne peuvent pas le faire, même des musiciens que j’ai engagés, c’est trop pour eux. Mais pour moi, c’est ma vie, j’adore ça. Je suis toujours en train de faire de la musique, que ce soit en tournée ou en studio, c’est une bonne façon d’occuper sa vie !», dit-il, avant de préciser que comme les Rolling Stones qui tournent toujours à 70 ans et plus, il le fera aussi à leur âge. «Peut-être pas autant que je tourne actuellement, mais oui je continuerai. Tu sais, c’est la meilleure preuve de vie, pourquoi je ne le ferai pas ? Je ne me suis jamais senti au sommet. Quand on se sent au sommet, on meurt. Je veux juste continuer à jouer de la guitare. Je me considère comme un élève qui continue d’apprendre la musique. C’est ce qui me permet de rester jeune et frais», souligne l’artiste,  avant de conclure : «Si je fais de la musique, c’est dans le but de diffuser un message d’amour entre les peuples. Plus j’avance en âge et plus je me dis que c’est pour ça que je fais ça. C’est pour ça que je ne m’arrêterai pas de tourner ! Je crois que chacun a un but, et si chacun essaie d’atteindre son objectif, on peut obtenir le meilleur dans ce monde. “So, it’s good, brother !”».

M.O
Samedi 28 Octobre 2017

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