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Le musée ethnographique de Tétouan : une fenêtre ouverte sur les coutumes de la ville
Le Musée ethnographique de Tétouan passerait quasiment inaperçu en l’absence du drapeau qui flotte au-dessus de son portail et sans la présence des gardiens de sécurité à l’entrée de l’édifice… Inaperçu parce que justement, il se confond parfaitement avec l’architecture qui l’entoure. Ce musée a été créé en 1928 au cœur même de la Médina. Il fut ensuite transféré à son siège actuel en 1948, toujours dans l’enceinte de la Médina. On y accède par Bab Okla. Le bâtiment qui abrite le musée est une forteresse construite en 1830, comme l’indique l’inscription accrochée à l’entrée.
Ce musée est véritablement – et de l’avis de tous ceux qui l’ont visité – un trésor. Dès l’entrée, le visiteur peut admirer un jardin avec un bassin au centre et une fontaine murale ornée de zellige ; une conception pareille à celles que l’on retrouve dans les palais andalous de Grenade. Ce n’est pas un hasard si Tétouan est surnommée « la Fille de Grenade ». Il faut dire que le Musée ethnographique de Tétouan, comme nous le rappellent les responsables, attire bon nombre de touristes étrangers. La plupart sont espagnols. Aujourd’hui, ce musée présente, à travers une exposition permanente, les traditions, les us et coutumes de la ville de Tétouan et de sa région. La vie communautaire y est exposée et illustrée par différentes activités et pratiques d’ordre social, religieux, culturel et artistique. D’autre part, le visiteur peut également découvrir, grâce à cette exposition, l’intimité familiale qui caractérise Tétouan dans tous ses aspects et notamment à travers la maison traditionnelle tétouanaise qui constitue l’espace intime femme-famille. Quiconque visite cette exposition sera frappé de prime abord par la mixité des influences culturelles tour à tour ottomanes, anglaises et arabo-andalouses. Ces spécificités continuent jusqu’à aujourd’hui à caractériser les maisons tétouanaises (notamment au niveau des éléments décoratifs). En visitant le musée, l’on découvre exposés les savoir-faire propres à la ville de Tétouan. Il faut rappeler qu’au 15ème siècle, les Morisques, chassés d’Andalousie, ont apporté avec eux un savoir-faire dans le domaine artisanal. Très rapidement, la ville de Tétouan connut d’une renommée au niveau national et international grâce aux métiers de l’artisanat : cuir, bois peint, tissage, zellige, poterie, céramique… Le souk, par le biais d’une mise en scène, a également toute sa place dans le musée ethnographique tant il constitue un espace d’échanges où sont discutées les questions sociales, religieuses, économiques ou politiques… La visite permet également de connaître les pratiques socioculturelles qui animaient – et animent toujours – le quotidien des Tétouanais. Ainsi, l’exposition met en exergue l’importance de la place des confréries (zawiyas) que l’on rencontre tout au long de la Médina. Une partie de l’exposition lève le voile sur un aspect plus intimiste, celui du « royaume de la femme » tel qu’on nous le décrit. Cet espace, intérieur, relate les différentes phases de la croissance de la jeune fille tétouanaise depuis sa naissance, en passant par l’adolescence, pour arriver au mariage. Si aujourd’hui, les anciennes coutumes et traditions se sont estompées, dans d’autres villes du Royaume, Tétouan continue à préserver (et à défendre) ses codes quant à la tenue des différentes festivités. Qui dit festivités, dit caftans et donc broderies. Et là aussi, le musée est une véritable vitrine d’un art cultivé depuis des siècles. Il est à noter que la broderie tétouanaise tient son succès de ses origines multiples, à la fois autochtones et d’influences ottomane et arabo-andalouse. L’on comprend pourquoi le Musée ethnographique de Tétouan représente un passage obligé pour les touristes étrangers qui, faute de pouvoir s’introduire dans l’intimité du quotidien et des festivités, trouvent là une véritable fenêtre sur les coutumes tétouanaises. Assez méconnu du touriste national, ce musée, qui devrait connaître une importante réhabilitation, vaut véritablement le détour… Samedi 13 Juin 2009
Amel NEJJARI
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