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Le ministre de l’Education nationale fait le point avec « Libé » : Plan d’urgence, réforme du système éducatif, dialogue social …




Le ministre de l’Education nationale fait le point avec « Libé » : Plan d’urgence, réforme du système éducatif, dialogue social …
Bilan de l’année scolaire qui vient de finir, réforme du système actuel du baccalauréat, dialogue social, résultats du plan d’urgence qui en est à sa dernière ligne droite, réforme du système éducatif national et tant d’autres questions cruciales concernant notre enseignement ont été abordées par  Mohamed el Ouafa, ministre de l’Education nationale lors de l’interview qu’il a accordée à «Libé».  Face à l’obligation de réformer un système  d’enseignement qui a toujours constitué un champ d’expérimentations et de projets avortés, Mohamed El Ouafa reconnaît sans gêne les dysfonctionnements et les insuffisances d’un département qui compte 300.000 fonctionnaires et qui absorbe une grande partie du budget général de l’Etat. Entre autres problèmes qui entravent la bonne marche de ce secteur névralgique, le ministre met à l’index le manque de communication entre les différents partenaires du secteur, la centralisation abusive des décisions, le recours à des pédagogies importées et imposées aux enseignants, la mauvaise gestion ou encore le manque crucial en ressources humaines dû à l’absence de formation universitaire.
 
 
 

Libé : Quel bilan dressez-vous des huit mois à la tête du ministère de l’Education nationale ?
 
Mohamed El Ouafa : J’ai découvert une situation en effervescence :  énormément d’arrêt  de travail, de grèves et de contestations. Comme vous le savez, je suis arrivé à la troisième année de l’application du Plan d’urgence et l’une des premières questions qui s’est posée à moi c’est de comprendre les  objectifs  de ce plan d’urgence d’une part et  d’autre part de comprendre ce que signifie cette histoire de pédagogie d’intégration qu’on a collée au plan d’urgence. Donc, j’ai réuni des experts marocains et d’anciens inspecteurs et enseignants  de toutes tendances politiques et de toutes familles pédagogiques qui ont eu  un passé important au ministère de l’Education nationale. Je suis parvenu à une première conclusion à savoir que si on continue sur une année normale comme ils ont fait en   2011 et même 2010, je m’acheminais vers une année blanche. Par conséquent et après plusieurs concertations,  j’ai pris la décision difficile de mettre fin à la pédagogie d’intégration. J’ai découvert que c’est un bureau d’études  étranger  qui a établi cette pédagogie rejetée pourtant par le corps enseignant.  Moi-même, je ne comprenais rien du tout à l’utilité de cette pédagogie et comme je vous l’ai dit, connaissant un peu le milieu et après avoir demandé un certain nombre d’avis, j’ai découvert que des pays comme l’Espagne et la France laissaient le choix à l’enseignant d’adopter la pédagogie qui s’appliquait à la spécificité de sa région, de sa classe et du milieu social. La pédagogie est une approche didactique  pour amener l’élève à avoir un certain nombre de connaissances pour sa formation. Je pense qu’il faut laisser la liberté aux enseignants de prendre l’initiative.   Le ministère dictait même   le type d’emploi du temps à adopter alors que par le passé, c’était le directeur de l’école et son corps  enseignant qui établissaient l’emploi du temps qui était homologué par l’inspecteur .  
 
Le  plan d’urgence a-t-il été une perte de temps ?
 
Non, il y a un problème de communication. Le ministère n’a pas su promouvoir correctement le plan d’urgence. D’abord, on n’aurait pas dû  l’appeler ainsi. On a constaté à un certain moment que nos écoles étaient dans un état de délabrement et on a voulu les réhabiliter au niveau de la construction. L’Etat donc a investi une enveloppe de 33 milliards pour cette opération afin d’élargir l’offre scolaire parce que nos indicateurs étaient mauvais au niveau de la scolarisation. On a décidé alors de créer des écoles primaires à travers le pays et multiplier ainsi la capacité des écoles et des internats   dans le milieu rural. D’autres objectifs étaient à l’ordre du jour tels la scolarisation de la fille, le matériel didactique et l’amélioration des moyens dont disposait l’enseignant.
 
Le plan d’urgence a-t-il réalisé ces objectifs ?
 
La situation de l’école marocaine au niveau de l’infrastructure s’est beaucoup améliorée.    La scolarisation au niveau du primaire a atteint le seuil  de 97 % et il y a des académies et des régions où la scolarisation est de l’ordre de 99%. 
Quand vous réalisez certains objectifs, ils ont des incidences sur les autres   facteurs du système éducatif. Au  second cycle, la capacité d’accueil existe et  c’est une grande contradiction. Le comble est que les ressources humaines n’ont pas suffi. La formation des enseignants pour le secondaire n’est pas du ressort du ministère de l’Education nationale. C’est une responsabilité au niveau de l’université qui ne fournit plus de professeurs de français, de mathématiques,  de physique ou encore d’anglais. Nous avons un déficit qui risque de s’aggraver à la prochaine rentrée. L’Université ne nous fournit plus ces professeurs. Avant on a pallié cette carence à travers les ENS. On a fermé les ENS sans tenir compte de l’avenir de l’enseignement secondaire.  Au primaire,  nous disposons d’enseignants,  mais nous n’avons pas de postes budgétaires. L’Etat ne peut pas accorder  15 à 16 mille postes budgétaires annuellement au ministère de l’Education ; c’est l’équivalent des 2/3  des postes budgétaires de l’Etat.
 
Si l’Etat ne peut pas, donc l’éducation n’est pas une priorité pour lui ?
 
Non, au contraire. C’est la masse salariale qui est devenue énorme. L’enseignement est devenu plus prioritaire que l’Armée. Actuellement, le département de l’Education nationale bénéficie de plus de moyens que l’Armée. Nous sommes une famille de 300 000 enseignants et intervenants.   
On arrive à couvrir le premier cycle du secondaire ; le problème se situe au niveau du second cycle, mais on va y remédier  en  une année puisque le ministère dispose aujourd’hui de ses propre centres de formation. L’Etat a déployé un  grand effort en accordant  8000 postes budgétaires à cette opération.  Les futurs enseignants auront  une formation pédagogique  combinée et débuteront leur vie professionnelle avec l’échelle 10.
   
Donc la prochaine rentrée scolaire connaîtra des changements à ce qu’il paraît ?
 
Dès que je suis arrivé au ministère, je me suis attelé à préparer cette rentrée. Plusieurs dispositions ont été déjà prises dans ce sens. Les opérations qui ont été entreprises pour réussir la rentrée  sont rassemblées.  Tous les intervenants  sont prêts à intervenir dans le sens de réaliser une rentrée dans les normes.
   Quatre documents ont été édités concernant  toutes les opérations liées à la rentrée scolaire : un document pour le ministère (Quelles sont les actions à mener ?) ; un second document pour l’Académie ; un troisième pour la délégation et enfin un quatrième  sous forme de carnet de poche pour le chef de l’établissement. Ces documents sont le fruit d’une longue concertation avec tous les acteurs  du secteur à travers le pays. Plusieurs dispositions ont été prises dès le mois de juin  et se poursuivront jusqu’en  septembre. Les élèves ont eu la liste des fournitures très tôt contrairement aux années précédentes. Les inscriptions se faisaient en septembre alors que maintenant elles ont été réalisées au mois de juin.
Troisième opération et elle  est importante, c’est le mouvement  des enseignants. On a décidé en collaboration avec les syndicats et les parents d’élèves, que cette opération se fera entre le mois de mai et le 15 juillet. Il s’agit du mouvement de toutes les catégories d’enseignants, inspecteurs et administrateurs. Ils ont reçu leurs affectations et les chefs d’établissement sont déjà informés des nouvelles affectations. Donc le 15 juillet, on est parti en vacances avec une rentrée déjà préparée. 
Quatrième opération,  c’est le timing. Il s’agit de fixer les jours officiels  des rentrées
03 septembre : Rentrée de l’administration 
04 septembre : Les enseignants doivent signer les PV 
12 septembre : La rentrée du primaire
13 septembre : La rentrée du 1er et 2éme cycles secondaires 
Entre le 04 et le 12, les professeurs doivent se présenter 2 à 3 heures par jour à l’établissement pou préparer leur emploi du temps avec le directeur de l’établissement et discuter des nouvelles approches pédagogiques  
Le lundi  17  septembre  et c’est une affaire qui me tient à cœur à savoir que  tout le monde doit être  en  classe.
 
Le numéro  vert que vous avez annoncé il y a quelques jours,  à quoi va-t-il servir ?
 
Le numéro vert est une opération en collaboration avec tous les opérateurs de télécommunication marocains. Nous sommes une administration très structurée et informatisée, alors pourquoi ne pas créer une opération d’information instantanée, à travers le téléphone vert. On a formé des opératrices pour recevoir des appels,  des réclamations  selon une réglementation. La personne qui appelle  doit s’identifier via son nom, son numéro de carte d’identité et le nom de l’établissement  où l’on a constaté  des dysfonctionnements (absence d’élèves, d’enseignants ou autres……..). Cette information que reçoit l’opératrice est répercutée  immédiatement et véhiculée dans tout le circuit d’information des établissements  .
 
Est-ce que cela signifie que l’on doit signaler des absences  ou tout dysfonctionnement dans l’établissement  ou abus de pouvoir?
 
Toute information concernant un établissement, une coupure d’eau, un portail cassé, une cour malpropre. Les enseignants eux-mêmes peuvent faire appel à ce téléphone vert. C’est une  opération d’information sur la tenue et le fonctionnement  des établissements.  
C’est une nouvelle phase de communication au sein du MEN. Si l’expérience réussit, dans deux ou trois mois, on la gardera pour avancer dans notre gestion quotidienne.
Autre mesure prise, on a beaucoup décentralisé. Au mois de septembre, les académies vont être plus responsables dans la gestion. Actuellement le chef de l’établissement dispose de crédits sur place pour réaliser les petits travaux de réparation  et la gestion quotidienne de son établissement. Les livres et les cartables seront disponibles le jour de la rentrée scolaire.
 
Pourquoi ce changement des livres chaque année ?
 
Nous sommes un pays qui change  de livres  constamment. Mais maintenant , il n’ y aura pas de changement excepté deux cas au niveau collégial où nous avons intégré la nouvelle Constitution de juillet 2011. Nous sommes un  pays ancré dans l’histoire avec des traditions et une situation politique stable depuis des siècles. Pourquoi ces changements de livres ? Je ne le comprends vraiment pas.
 
Mais sans ressources humaines, on ne  peut pas réussir tous ces chantiers. Où en est le  dialogue social ?   
 
La relation est bonne  avec tous les syndicats les plus représentatifs. Il faut savoir qu’on est  le ministère où il y a 33 syndicats, c’est énorme. La relation avec les syndicats est importante car ces instances sont des partenaires incontournables. Avant se posait un problème de communication. Les syndicats ont donc été invités au dialogue, on leur a proposé un recensement des problèmes. On est  au troisième round de discussion : une première réunion au mois de février , la deuxième en mai et une troisième pour clôturer l’année scolaire. Et quand on a recensé tous les problèmes, on s’est engagé à les régler dans la sérénité et en concertation permanente selon un ordre des priorités. 
Deuxième approche avec les syndicats, c’est que je les considère comme des partenaires et que je n’ai pas à discuter avec eux uniquement de revendications, mais on parle également de l’avenir de l’école marocaine parce qu’ils sont avant tout  des enseignants.  
Il faut qu’ils assument avec le ministère la responsabilité  de l’avenir de l’école marocaine ; il faut qu’on la stabilise. Le rôle des syndicats pour la stabilité de la famille enseignante et de l’école est important. Durant ces huit mois, on est arrivé à une situation où la famille enseignante s’est apaisée et pour la première fois, les élèves du primaire n’ont quitté leurs bancs que le 30 juin   
J’ai aussi constaté une remobilisation responsable de la famille enseignante et des syndicats.
 
Et le Bac ? Est-ce qu’un retour à  l’ancienne version du diplôme est envisageable ?
 
Le monde  entier a un examen national sauf nous, rien n’est encore décidé mais la réflexion est en cours.
L’idée de trois sessions du baccalauréat sur 3 ans était une grande idée. Malheureusement,  quand on cherche à améliorer les grandes idées, on perd l’idée principale à la fin .L’idée était au lieu qu’il y ait une pression sur l’étudiant pendant une année, il subit une pression pédagogique sur trois ans parce qu’il est entré dans un cycle de responsabilité pour le préparer à l’université. Malheureusement  on  a inclus les contrôles continus, des notes  à 25% et on a laissé faire. Rien n’est encore décidé pour le moment.
On a tenté l’expérience des meilleures notes. Je veux aller encore plus loin pour que l’étudiant ne repasse pas la matière où il a eu la moyenne à la 2ème session. Mais cela demande des moyens logistiques énormes non  pas au niveau matériel, mais celui des ressources humaines. Pour mettre en place ce système, il faut avoir un délai de plus de 3 mois, c'est-à-dire revenir à la session de septembre, ce qui risque encore de retarder la rentrée scolaire. Pour  permettre aux élèves de se rattraper sur la matière où il n’ont pas réussi,  il leur faut un délai pédagogique, donc il y a une réflexion très sérieuse  qui se fait. Je crois que ce projet sera soumis au Conseil supérieur de l’enseignement.  Nous avons préparé un texte qui traduira une grande représentativité des composantes de la famille enseignante (parents d’élèves, syndicats, enseignants). Il y aura des experts marocains et j’espère que ce sera le premier document et la première réforme qu’on va discuter  au sein du CSE que l’on espère tenir en septembre prochain. 

Entretien réalisé par Kamal MOUNTASSIR
Jeudi 2 Août 2012

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