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Le livre : Théocratie populiste, Puissance de l’Etat-Makhzen




Le livre : Théocratie populiste, Puissance de l’Etat-Makhzen
Avec l’Espagne, les relations sont ambivalentes. Il reste que celle-ci, en 1976, choisit de traiter avec Rabat et Nouakchott et non avec l’Algérie et le Polisario. Sur le plan économique, elle ne veut pas s’engager fortement au Maroc; elle pense qu’elle fait assez pour lui en accueillant près de 800.000 travailleurs marocains sur son sol. Elle oublie que celui-ci tolère cet anachronisme colonial que constitue le maintien d’enclaves qui n’ont de raison d’exister que des considérations géostratégiques médiévales. Suite aux attentats de Madrid (2004), l’Espagne eut réellement besoin de la coopération marocaine et devint assez conciliante vis-à-vis de Rabat.
Madrid déclara en 2007 que le plan d’autonomie en faveur des Sahraouis était un cadre adéquat pour résoudre le problème. Quant à l’Algérie, n’oublions pas qu’elle n’eut aucune dynastie capable de couvrir son aire géographique naturelle: les Rustamides se limitaient au centre de l’Algérie; les Almohades la dirigèrent, puis les Ottomans. L’Algérie doit son immense territoire au legs colonial. Qu’elle en profite ! Sans jouer la carte du nationalisme sahraoui, et d’abord qu’est-ce le nationalisme à l’heure actuelle pour l’Algérie? Aujourd’hui, les Algériens ont surtout besoin de la focalisation de leur leadership sur leurs problèmes.
Au péril de sa souveraineté, le Maroc s’engagea avec l’Algérie en 1846 pour combattre la France; en 1958, les Marocains refusèrent la proposition de la France de régler avec elle les problèmes frontaliers algéro-marocains; celle-ci nous aurait rétrocédé Tindouf sans problème. L’indépendance acquise, l’Algérie invoqua l’intangibilité des frontières coloniales et estima avoir payé le prix fort chaque parcelle du territoire libéré. En outre, les Algériens retinrent contre le Maroc l’enlèvement de Ben Bella et la guerre des Sables et oublièrent l’immense contribution des nationalistes marocains à l’indépendance algérienne.
Les Algériens non seulement contrecarrèrent notre récupération du Sahara et continuent de le faire mais renoncèrent avec une facilité déconcertante à tous les avantages de voisinage avec un Etat qui existe depuis des siècles au profit de gains hypothétiques avec un État qui ne sera au mieux qu’une wilaya algérienne supplémentaire. Entre 1975 et 1986, l’Algérie exerça une très forte pression sur le Maroc, puis au fur et à mesure que les problèmes intérieurs algériens prenaient de l’ampleur, cette pression diminuait. Avec l’effort de stabilisation plutôt positif du président Bouteflika, l’Algérie reprit son offensive qui se développera en raison directe du renforcement de l’Etat algérien par rapport aux groupes islamistes actifs. Si demain Sebta et Mellilia étaient libérées, les Algériens souhaiteraient y voir deux nouveaux États.
Il suffit qu’un front de libération s’y organise puis qu’il demande le secours d’Alger. L’amour de la liberté des peuples qui anime Alger gagnerait en crédibilité à s’exercer au profit des Algériens : charité bien ordonnée commence par soi-même. Les Algériens pensent que l’aide accordée au Polisario est une question d’identité pour eux. Le problème de l’Algérie est ailleurs : c’est l’enclavement, et le Maroc n’y est pour rien. On le sait, les pays enclavés cassent la baraque ou donnent l’exemple en matière de coopération économique régionale.
Généralement, ces pays échouent militairement et n’ont quelque espoir d’émerger que de faire partie d’une union économique; c’est leur seule voie vers la puissance. Or, l’Algérie se prive délibérément du marché marocain. Ce que risque le Maroc par la perte du Sahara est infiniment supérieur aux conséquences sur l’Algérie de la faillite du Polisario et donc l’acharnement de celle-ci à contrer les plans du Maroc s’explique difficilement par le simple désir de soutenir une cause «nationale».
Il ne faut pas en arriver à considérer l’Algérie comme l’ennemie de la nation marocaine; celle-ci possède en tout cas les ressources suffisantes pour contenir les ambitions d’Alger et si le Maroc est aujourd’hui demandeur de coopération vis-à-vis de son voisin celui-ci pourrait bien se trouver dans ce rôle vis-à-vis des Marocains. L’Algérie est encore plus vulnérable par rapport aux mouvements islamistes que le Maroc; elle ne peut donc provoquer un adversaire de taille pour elle sans penser qu’au moindre faux pas l’État peut basculer.
 Au total, les Algériens savent jusqu’où le Maroc peut aller pour garder le Sahara (cf. la décision de Bir Anzarane) et sans une victoire diplomatique éclatante au plan international, ils ne bougeront pas contre le Maroc. Peut-on considérer qu’avec la RASD, nous avons une répétition de la République du Rif à un stade beaucoup plus avancé? A l’inverse de sa consoeur, elle n’a pas réussi sur le terrain mais a obtenu un appui international plus important. On en est arrivé à voir des Marocains négociant avec d’autres dans des pays étrangers, Rabat proposant un système d’autonomie qui accorde une légitimité indue au Polisario. Pourquoi ne pas appliquer ce plan d’autonomie avec la population sahraouie qui vit au Sahara et permettre aux autres Sahraouis de rentrer s’ils le désirent?
Le problème du Sahara est une occasion pour le Maroc de progresser: tout le pays doit bénéficier de cette autonomie régionale susceptible de mettre un terme à un conflit stérile. Elle suppose l’élaboration de plans de développement régional pour lesquels les conseils régionaux, véritables assemblées locales, auraient des compétences, des attributions et une initiative considérables.
Vu la manière dont les choses sont engagées, le maintien définitif et pacifique des provinces sahariennes sous autorité marocaine me semble étroitement lié à un développement réel de l’Etat de droit au Maroc. La récupération définitive du Sahara constituera une troisième fondation de l’Etat alaouite. Le Polisario devrait savoir qu’on n’exprime plus les problèmes en termes tribaux. La place des Sahraouis de Tindouf est au Maroc. Si le Front Polisario s’estime l’héritier des Almoravides, les Sanhajas voilés (sanhajatu-al-litham), eh bien qu’il rentre au Maroc et oeuvre à côté de tous ceux qui veulent une réforme profonde du régime.
On ne sera jamais assez nombreux pour amener le Makhzen à relâcher son emprise sur la vie politique au Maroc: il ne saurait y avoir d’autonomie régionale sans que le citoyen ne jouisse de droits garantis par une séparation des pouvoirs effective; celle-ci ne doit pas être un slogan et doit répondre aux critères que nous mentionnons dans ce travail. Le Maroc ne peut pas perdre ce Sahara qui fait partie de sa géographie depuis des siècles et c’est injuste que les vicissitudes d’une colonisation qui le dépeça, suivies par des conflits politiques entre voisins, et l’appartenance, à l’époque, du Maroc et de l’Algérie à deux blocs antagonistes, injuste dis-je que ces événements l’amputent d’une partie de son territoire.
Si le Polisario se range à cette approche et négocie pour obtenir toutes les garanties possibles comme de nombreux opposants le firent, par l’entremise de pays amis du Maroc, et qu’il participe comme nous tous au devenir d’une nation en marche, il aura véritablement consolidé son identité historique. Ce peuple sahraoui n’a pas quelques décennies d’existence seulement; plusieurs dynasties marocaines le défendirent et le soutinrent par le passé. Faut-il aujourd’hui tout renier? Mais je crains que le Polisario ne puisse faire que ce que lui commande son hôte et il est facile pour un Etat dont on dépend si entièrement de dicter à son protégé sa ligne de conduite.

A suivre

Samedi 26 Juillet 2014

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