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Le livre : Théocratie populiste : Potentialités politiques selon l’histoire




Le livre : Théocratie populiste : Potentialités politiques selon l’histoire
Hassan II vécut dans l’admiration et la vénération de millions de Marocains alors qu’ils savaient que son régime était particulièrement violent. 
Il n’est pas le seul à avoir bénéficié d’un tel soutien. Nasser était adoré tel un dieu; Saddam qui détruisit son pays était le héros du peuple irakien; maintenant, c’est l’idole du monde arabe. Le peuple est ainsi fait : il vénéra Alcibiade, Napoléon, et d’autres génocidaires du XXe siècle. Confiant en ses ressources intellectuelles et matérielles, en sa perspicacité et en ses alliances, le Roi HassanII pensait s’engager dans d’énormes défis et ne pas en subir ou si peu les contrecoups : au mouvement national était faite l’injonction de coopérer avec la monarchie ou d’être brisé; l’armée, destinée à jouer un rôle politique en éliminant l’opposition sortit de ce rôle; entre 1971 et 1973, le Souverain eut deux fronts à gérer, celui des putschistes et des insurgés de l’UNFP, tous furent mis au pas. 
Il neutralisa l’action du Baâth et de Nasser contre lui; il tint tête également à De Gaulle; il montra une indifférence totale vis-à-vis du scandale de la PANAM; il ne tint pas compte de la doctrine américaine qui considérait les monarchies traditionnelles peu efficaces au plan économique, et peu solides contre le communisme. Il put attendre trente ans pour récupérer le Sahara, il soutint publiquement Giscard d’Estaing contre Mitterand et une fois celui-ci élu président, il le traita de haut ; il appuya le Shah d’Iran contre tout un peuple et porta atteinte aux droits de l’Homme aux portes de l’Europe. 
Il put aussi gérer le scandale de Tazmamart sans rien faire d’autre qu’une indemnisation des victimes; il put limiter un autre scandale institutionnel, l’affaire Tabet, à la personne même du criminel sans que la responsabilité politique fût même invoquée ; ce pouvoir put tenir tête à l’Espagne, à l’Algérie et au Polisario; Hassan II réclama et obtint d’être traité de façon spéciale par la France et les Etats-Unis. On peut dire sans s’exposer à la critique que ce pouvoir pouvait neutraliser toutes les forces politiques du pays si elles étaient unifiées dans une seule formation, ce qui est d’ailleurs une vue de l’esprit. N’a-t-on pas vu comment la monarchie, ayant reçu de rudes coups de la France (1953-1955), put en quelques années revenir au pouvoir et neutraliser une force politique hégémonique, l’Istiqlal? Il ne faut pas non plus exagérer la puissance de cet Etat et dire que ni les émeutes de 1965, 1981, 1984 ou 1991, ni l’action d’Amnesty International, ni le militantisme des partis nationalistes n’eurent un effet quelconque sur lui. 
Au contraire, si «la répression préparait le dialogue» presque inexistant sous Hassan II, Mohammed VI semble préférer le dialogue aux solutions expéditives, et c’est dû, en partie, à la crise politique provoquée par les abus massifs de l’ère de Hassan II. 
Le régime mit beaucoup de temps pour connaître une accalmie toute relative et le consensus récemment atteint (1998) est menacé par de nouvelles forces politico-religieuses. Quant au bilan du règne du Roi Hassan II, en 1999, sans mentionner le dossier des droits de l’Homme, nous pouvons faire le constat suivant :  industrie nationale quasiment inexistante,  santé publique à l’abandon,   infrastructure routière et ferroviaire rudimentaire,  éducation en faillite,   crise du logement, chômage,  succès partiel de l’agriculture et de l’élevage,  bonne gestion des ressources aquatiques et halieutiques,  récupération du Sahara L’effet du régime de Hassan II, d’un État infiniment plus puissant que la société fut celui d’une dépression majeure; les Marocains en devinrent presque anomiques; leur intérêt pour les questions sociales et politiques déclina énormément ; la société marocaine demeure sous le choc hobbésien et le restera longtemps.  L’alternance qui assura une situation optimale pour Mohammed VI masque le fait que celui-ci pouvait assumer le pouvoir sans le concours de la gauche. 
Pour occulter cette puissance, il fallait persuader l’opposition qu’on avait besoin d’elle. Plausible? Au total, quels ont été les moments de l’histoire politique du Maroc depuis le XIXe siècle? Ils peuvent être résumés ainsi : T1 : jusqu’au XIXe siècle, autocratie et arbitraire généralisé; celui du Makhzen et de la structure caїdale; T2 : subjugation coloniale; T3 : mouvement national / Mohammed V : alliance; T4 : conflit entre le mouvement national et Hassan II. Ce dernier l’emporta; il fit coïncider le nationalisme avec la monarchie. Cette construction idéologique prévaut toujours. 
La récupération du Sahara légitime pleinement la dynastie qui devient l’expression la plus achevée du nationalisme. T5 : le mouvement national se banalise, s’assimile aux forces partisanes créées après l’indépendance et ne revendique plus aucun leadership. Popularité des partis islamistes. T6 : défi islamiste; le Makhzen opère une tentative de rassemblement (PAM) pour freiner la tendance islamiste. L’idée est que les partis sécularisants devaient nécessairement perdre du terrain en faveur des islamistes, alors autant créer une structure pour rallier tous les éléments flottants. T7 : questions pour une synthèse : sera-t-elle principalement séculariste ou islamiste? La masse des Marocains est en faveur des normes islamiques, sinon islamistes: synthèse monarchiste-islamiste, monarchiste-libérale (séparation des pouvoirs) ou république islamiste (option Al Adl Wal Ihsane)? Maintien du statu quo, avec une oscillation de l’intensité de la répression et des réformes homéopathiques (de faible portée)? Synergie hispano-algérienne : est-elle possible? La monarchie marocaine est la cible d’entités islamistes internationales dans un contexte régional où deux puissances sont l’une franchement opposée aux intérêts marocains (l’Algérie) et l’autre ayant une attitude plus ambiguë (l’Espagne). 
Pour esquisser les potentialités et les risques politiques au Maroc, il faudrait se référer à l’histoire, à la culture et à la sociologie politiques. Il s’agit à la fois d’expliquer les forces de cohésion et de stabilité et de montrer les potentialités de changement, d’analyser les facteurs de permanence et de renforcement et les risques d’effondrement. Quelles lignes de fracture sont détectables? D’abord, l’Etat marocain manifeste sur le plan intérieur une capacité stratégique remarquable, si on en juge par les résultats seulement : 
- gestion habile des forces partisanes, avec une énorme capacité d’organisation et d’infléchissement. Si le sacré selon le chérifisme continue à être dominant au plan idéologique, le régime actuel peut se perpétuer d’autant plus que les ressources de la monarchie sont immenses, mais le défi islamiste n’en disparaîtra pas pour autant. 
- capacité de mobilisation extrêmement rapide de ressources financières considérables ; sur le plan extérieur, on peut souligner l’excellence des options d’alliance et l’importante capacité d’influence (comparée à n’importe quel pays islamique) de la monarchie sur quelques Etats occidentaux.  Le Maroc est à l’abri de toute déstabilisation provenant des médias occidentaux ou de l’Internet. Sur ce plan, on peut parler d’une parfaite maîtrise de la situation, mais cette position de force incite les autorités marocaines à courir des risques très difficiles à gérer; c’est l’hybris, cette démesure par arrogance, qui guette celles-ci.  

A suivre

Lundi 14 Juillet 2014

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