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Le livre : Théocratie populiste, L’alternance, une transition démocratique?




Le livre : Théocratie populiste, L’alternance, une transition démocratique?
Nous savions que celui qui gouvernera le Maroc, après Hassan II, serait Mohammed VI. 
Qui est le serviteur et qui est le servi et qui traite l’autre d’ingrat ? Il faut en finir avec l’idée d’un Makhzen inerte, tout dévoué au monarque. Notons au passage qu’il nous révèle, malgré lui, parce qu’il était en colère, qu’il avait son mot à dire dans la succession du Royaume et qu’il était de ceux qui la préparaient et donc l’histoire du ramoneur et de la femme de ménage du gouvernement, c’est une modestie de convenance. 
Puis, l’ex-ministre d’ajouter, en bonne tradition courtisane, redevenant obséquieux une fois le fiel vomi : « Le fait que les résultats des élections n’aient été rendus publics qu’après 5 jours est assez révélateur. Ce qu’ils ont fait n’est pas dans l’intérêt du Maroc, ni de celui de l’institution monarchique, ni même dans l’intérêt de Sa Majesté». Cynique : «Je suis prêt à restituer tous l’argent volé au Trésor public à condition que tout ceux qui se sont emparés des richesses du peuple en fassent autant».
 Aveu de malhonnêteté qui vise à compromettre tout le Makhzen mais D. Basri savait que celui-ci n’allait nullement l’inquiéter. Ces paroles constituaient un véritable appel à la révolution contre ceux qu’il appela dans le même périodique les « féodaux ». Serviteurs zélés, les gens du Makhzen ont une capacité de nuisance considérable. Ni le citoyen ni l’Etat n’en sont à l’abri et seul un Etat de droit peut contenir l’avidité, l’ambition et les excès d’où qu’ils viennent. L’illusion persistante du Makhzen est de penser qu’on peut promouvoir la puissance de l’Etat sans protéger les droits des citoyens. Il considère que plus ils sont effacés mieux c’est, au risque de les rendre colonisables. 
Le Makhzen rend l’Etat surpuissant par rapport aux citoyens mais ne confère aucune suprématie sur la scène internationale. Il n’agit jamais en temps utile. Le Makhzen, il faut le savoir, n’agit qu’au point d’ébullition; il est indifférent à tout ce qui se passe entre 0 et 99°; cela signifie qu’il ne fait rien pour faire décroître en permanence la température. Ni sur le plan intérieur ni extérieur il laisse les problèmes en l’état et atténue leurs effets in extremis. Comment s’en sortir? Il faut que le chantier des réformes politiques et sociales soit constamment et réellement ouvert et que ceux qui y opèrent soient au service de la nation. 
Dans la confusion des pouvoirs, tout conflit avec l’Etat débouche sur une violence radicale de sa part, et à long terme, à une réponse non moins radicale. L’absence de séparation des pouvoirs expose l’Etat aux putschs et aux soulèvements révolutionnaires. Nul n’est à l’abri de l’arbitraire y compris ceux au nom desquels il est pratiqué. La non-séparation des pouvoirs implique donc l’implosion et l’élimination violente des serviteurs de l’État. 
La non-séparation des pouvoirs est la cause des années de plomb: rien n’était fait selon la loi; on jugeait pour des délits imaginaires; on extorquait des aveux pour des non crimes; on torturait aussi pour punir, ajoutant des châtiments non prévus par le Code pénal marocain, enfin les tribunaux prononçaient des sentences préétablies et démesurées. 
Négliger la séparation des pouvoirs, c’est comme éduquer un enfant dans une licence absolue ou une violence excessive : on en fait un psychopathe. La non-séparation des pouvoirs c’est l’aventure, car la confusion des pouvoirs frappe tout le système légal de nullité. La loi peut y exister et même être assimilable aux systèmes juridiques occidentaux, mais elle est soumise aux forces politiques, aux puissances d’argent et subit une crise déontologique majeure ; tout cela concourt à en faire une coquille vide. Les exécutions extrajudiciaires, tout comme les enlèvements ou l’existence de bagnes-mouroirs comme celui de Tazmamart sont dus à la confusion des pouvoirs. 
L’affaire Tabet montre que l’Etat policier ne pratique pas l’arbitraire dans le domaine politique exclusivement. Personne, quelque conservatrice que soit son opinion, qu’elle soit même absolument apolitique, n’est à l’abri de sorte que sans droits politiques, il n’y a pas de droit (cf. les agressions quotidiennes des fils de Saddam). La torture résulte du défaut de séparation des pouvoirs, de l’impunité également. Non-séparation des pouvoirs et autrui: «Si vous n’êtes pas d’accord avec moi, puissiez-vous périr!», cette imprécation a une portée générale du sommet de l’Etat jusqu’au plus petit parti politique. 
Non seulement les relations verticales sont empreintes d’une violence considérable, même les rapports latéraux sont très conflictuels: entre membres d’une même famille, d’une même communauté, classe, catégorie professionnelle, quartier, clan ou tribu, entre pairs il y a une haine souvent d’origine subjective. 
A cela, il faut ajouter les clivages ethno-linguistiques et idéologiques. Si en plus, il n’y a pas un système judiciaire impartial et intègre, le risque d’anarchie n’est pas exclu. Au Maroc, la loi a pour synonyme punition et châtiment, arbitraire et discrimination. On entend fréquemment de la part de ceux qui sont en infraction : «Vous ne voyez personne d’autre pour lui appliquer la loi ; pourquoi vous vous en prenez à moi?»
Mais, est-il juste de ne faire intervenir la loi que pour une catégorie déterminée de citoyens? Ceux-ci sont-ils fondés de la rejeter, de la détourner et de la bafouer sachant qu’elle ne s’applique qu’à eux? La confusion des pouvoirs pousse les Marocains au rejet de la loi. Aucune étude n’a été faite pour confirmer ou infirmer cette thèse. Méditons seulement ce fait : les pays qui ont le plus de morts causées par les accidents de circulation sont ceux qui ne disposent pas de séparation des pouvoirs. 
Il n’y a pas de régime de confusion des pouvoirs sans danger : il faut être sans cesse sur ses gardes et si vous avez un conflit avec un haut fonctionnaire ou un voisin sans scrupules, qui a des relations ou beaucoup d’argent, vous êtes perdu. La confusion des pouvoirs, c’est aussi tendre des pièges aux citoyens : un doyen sachant que les enseignants n’ont aucun recours contre lui peut expulser un professeur anti-autoritariste en faisant pression sur ses collègues pour qu’ils avalisent sa décision. 
L’Etat ou plus précisément ceux qui le servent se trouvent investis d’un pouvoir formidable vis-à-vis duquel le citoyen est tout simplement impuissant. D’où vient le sentiment d’abandon et de désarroi que ressentent de nombreux Marocains dans leur vie quotidienne? De l’absence de séparation des pouvoirs. Ce n’est pas la fatalité qui rend de nombreux Marocains malheureux; ce n’est pas une karma inexorable qui les punirait d’avoir été méchants dans leur vie antérieure; non, ce n’est que l’absence de séparation des pouvoirs et ce qu’elle engendre de corruption, d’arbitraire et de gabegie. Voici une précieuse indication : dès qu’il y a une défaillance dont pâtit le citoyen (santé, éducation, emploi, etc.), il faut savoir que c’est par défaut de la séparation des pouvoirs. 
Si encore un citoyen a un problème qui lui semble incompréhensible et hermétique, et qu’il ne voit personne à qui s’adresser, et que trouvant quelqu’un pour l’écouter, celui-ci incrimine la fatalité ou lui demande de confier son problème à Dieu. Il faut savoir que la manière infaillible de rendre intelligible ce problème est de voir comment la confusion des pouvoirs en est la cause.

Jeudi 28 Août 2014

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