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Le football birman ne fait plus recette




Lorsque le dictateur birman Than Shwe s'est intéressé au football, son petit-fils a rêvé qu'il lui offre Manchester United.
Il doit se contenter d'un championnat birman famélique, de joueurs sans talent et de stades vides.
Le spectacle n'est pas brillant en ce dimanche à Rangoun, où le FC Manaw Myay accueille l'équipe de Naypyidaw, la capitale. Comme bien d'autres, la formation originaire de l'Etat Kachin joue à des centaines de kilomètres de chez elle.
La pauvreté, les moyens de transports indigents et les restrictions de déplacements imposés par des décennies de guerre civile empêcheraient les supporters de parcourir le pays pour assister aux matches. Alors la plupart des rencontres ont lieu à Rangoun. Et parmi les fans du FC Manaw Myay interrogés par l'AFP, aucun ne vient de l'Etat Kachin. Ce qui ne les empêche pas de hurler leur colère après une cuisante défaite (7-2), sous le regard de policiers quasiment plus nombreux qu'eux.
"En 2009, il y avait foule, maintenant, il y en a moitié moins", reconnaît sous couvert de l'anonymat un manager de club de la ligue, créée de toutes pièces il y a deux ans par Than Shwe, homme fort d'une junte désormais dissoute.
Son petit-fils voulait rien moins que Manchester United, selon des télégrammes diplomatiques américains publiés par le site Wikileaks. Mais Than Shwe s'est douté que dépenser un milliard de dollars pour le champion anglais ferait "mauvais effet" dans un pays englué dans la pauvreté.
Il a donc intimé l'ordre à des chefs d'entreprises de créer des équipes professionnelles, contre des mines de pierres précieuses ou divers contrats, selon la même source.
Les places pour les matches sont vendues un dollar, la moitié du salaire journalier moyen. Et après un début plutôt réussi, le championnat peine à attirer les spectateurs, qui préfèrent s'enthousiasmer pour les clubs européens à la télévision.
"Il y a peut-être cinq ou dix bons joueurs en Birmanie", déplore le manager. Et le rafraîchissement des infrastructures et les hausses de salaires des joueurs mettront du temps à produire des résultats.
Les passionnés n'ont plus que leurs larmes pour pleurer et se souvenir de la grandeur passée de l'équipe nationale, qui avait remporté cinq fois de suite les Jeux d'Asie du Sud-Est, entre 1965 et 1973. Après un demi-siècle de dictature militaire, la sélection birmane pointe à la 167e place du classement mondial de la Fifa.
A la grande époque, le pays "n'avait pas cette pauvreté, ce fardeau d'être une dictature", estime Andrew Marshall, auteur d'un livre sur le foot et la politique en Birmanie.
Aujourd'hui, "les meilleurs ne parviennent pas au sommet parce que le système est corrompu et inéquitable" ajoute-t-il, en évoquant un foot "assez symbolique d'un pays où il y a énormément de talent (...) qui n'est jamais utilisé".
Pire. L'argent aujourd'hui injecté n'est pas forcément propre. Les propriétaires de plusieurs clubs, dont certains sont liés au blanchiment d'argent et au trafic d'armes, sont sur la liste des sanctions occidentales.
Les efforts du président de la Fifa Sepp Blatter, venu inaugurer en mars une académie du football, ont donc logiquement fait polémique. L'organisation a été accusée d'avoir versé des subventions via une entreprise frappée par les sanctions internationales. Ce qu'elle a démenti.
Mais il faudra attendre pour que le foot birman sorte de l'anonymat.
"Ce qu'ils doivent prouver, c'est qu'ils disposent d'un produit que les Birmans veulent regarder. Et pour faire ça, il faudra plus qu'un ou deux super clubs tenus par des affidés de la junte", souligne Andrew Marshall.
En attendant, les clubs attirent le chaland comme ils peuvent. Le nouveau ministre des Sports Tint San, propriétaire du FC Naypyidaw, fournirait ainsi des billets moins chers aux employés de ses entreprises, selon le manager anonyme. 

AFP
Mercredi 6 Juillet 2011

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