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Le film de Mohamed Karrat regorge de références et de clins d’œil à d’autres créations, productions, œuvres et personnages : « Nhar tzad tfa do » et intertextualité




Le film de Mohamed Karrat regorge de références et de clins d’œil à d’autres créations, productions, œuvres et personnages : « Nhar tzad tfa do » et intertextualité
Il est des films qui interrogent votre mémoire cinéphilique et votre culture artistique ou littéraire. «Nhar tzad tfa do» (Mohamed Karrat, 2011) fait partie de ces films. Il regorge de références et de clins d’œil à d’autres créations, productions, œuvres, personnages... Ce qui légitime, en l’occurrence, le fait de parler d’intertextualité.
Avant de procéder à une sorte de prospection dont l’objectif est de relever ces différentes références et clins d’œil à des œuvres ou à d’autres arts qui sont enfouis dans les diverses « strates » du film « Nhar tzad tfa do », il serait pertinent de définir en premier lieu le concept d’intertextualité. Il serait, cependant, important, avant de définir cette notion, de partir de l’idée que le film est aussi un texte. Il est aussi un « appareil transfilmique » qui combine plusieurs formes de discours créant un message visuel traduisible verbalement afin de mettre «en relation une parole communicative visant l'information directe avec différents énoncés (films) antérieurs ou synchroniques.» (Roland Barthes).
L’intertextualité est une notion qui a vu le jour en 1960. Elle a pour fondement l’idée selon laquelle plus aucune œuvre n’est concevable ni analysable sans qu’elle ne fasse référence aux œuvres précédentes. « Dans l’espace d’un texte, a écrit Kristeva, plusieurs énoncés pris à d’autres textes se croisent et se neutralisent » (Semeiotike. Recherches pour une sémanalyse, Seuil, 1969). L’intertextualité bat, donc, en brèche la notion d’insularité de l’œuvre et installe la notion de dialogue et d’interrelation entre le texte en question et les différents autres textes linguistiques ou audiovisuels. « (…) Tout texte, dit Kristeva, se construit comme une mosaïque de citations, tout texte est absorption et transformation d'un autre texte. A la place de la notion d'intersubjectivité s'installe celle d'intertextualité (…) »
Bref, l’intertextualité a pour fondement deux notions importantes à savoir celle de la relation et de la transformation.
On écrit ou plutôt on filme, volontairement ou non, à partir d’autres textes ou d’autres films antérieurs plus ou moins anciens, plus ou moins récents. Sauf que cette intertextualité «désigne non pas une addition confuse et mystérieuse d'influences, mais le travail de transformation d'assimilation de plusieurs textes opéré par un texte centreur qui garde le leadership du sens. » (Laurent Jenny, «La Stratégie de la forme», Poétique, n° 27, 1976. Cité dans Nathalie Piégay-Gros, Introduction à l'intertextualité, Dunod, Paris, 1996, p. 37). En effet, toute œuvre, tout texte est original par l’approche que l’auteur (écrivain ou metteur en scène) fait d’un phénomène socioculturel. Certes, tout a été dit, écrit, représenté, mais c’est la manière de l’aborder qui rend une œuvre originale. Le film « Nhar tzad tfa do » est un film original.
Par ailleurs, l’intertexte ou l’intertextualité est avant tout une opération et un travail de la mémoire relatif au lecteur/spectateur. «L’intertexte, pour Riffaterre, est avant tout un effet de lecture (…) non seulement il appartient au lecteur de reconnaître et d'identifier l'intertexte mais sa compétence et sa mémoire deviennent les seuls critères permettant d'affirmer sa présence». Je dirai avec d’autres qu’en ce qui concerne la production filmique, l’intertextualité est aussi du côté de l’écriture.
Voyons si je suis en mesure de repérer dans le film « Nhar tzad tfa do » ces morceaux, éléments ou séquences précédemment actualisés dans d’autres productions. D’abord faisons quelques observations sur le film.
Le film est – il une comédie ou un drame ? La première séquence qui ouvre le film annonce un film comique. Ce qui est confirmé par la suite. Cependant, l’avant-dernière séquence qui le clôt résume la thématique dramatique du film : l’éternelle lutte entre le bien et le mal ou l’improbable équilibre entre le bien et le mal. Ces deux séquences, à elles seules, illustrent intelligemment l’originalité du film. Le film serait donc une comédie dramatique.
Comme première citation ou référence extratextuelle, le film renvoie au film Docteur Jekyll et M. Hyde de Victor Fleming (1941), une adaptation du célèbre roman de Robert Louis Stevenson, L'Étrange cas du docteur Jekyll et de M. Hyde. Le film comme le roman raconte l’histoire du jeune docteur Jekyll qui par toute une série de travaux et de recherches sur la dualité du bien et du mal chez un même être humain tente de les dissocier pour bien les comprendre. Il se trouve que ce jeune docteur est fiancé à la jeune Béatrix. Il finit par réussir à personnifier le mal en lui donnant son propre corps. Ce dernier n’a de cesse d’assouvir ses instincts les plus bestiaux : voracité, violence, grossièreté, obscénité, trivialité… il finit par être tué (un drame).
Dans le film le héros aussi a une fiancée et finit également, mais d’une manière plus visuelle, par se diviser en deux personnes distinctes que, grâce à la magie du cinéma, nous pouvons voir, tous les deux en même temps dans un même plan. Autre différence, dans « Nhar tzad tfa do » le personnage maléfique ne tue pas et ne viole pas, enfin presque. Il ne meurt pas non plus. La femme, la fiancée, finit par les concilier.
Le film procède également à une autre citation ou clin d’œil littéraire. Il fait référence à une nouvelle de Maupassant : Le Horla (la nouvelle a été portée plusieurs fois à l’écran, petit comme grand). Le personnage central se rend compte qu’un être invisible vit dans sa maison. Cet être invisible, il va l’appeler le Horla. Il se met à chercher le moyen de s’en débarrasser. Il pense l’enfermer dans sa chambre et le brûler en allumant le feu à toute la maison. Dans le soliloque clamé par un acteur sur une scène de théâtre devant Rachid El Ouali (alias Said) comme unique spectateur, nous pouvons déceler un renvoi à cette œuvre.
Dans l’aparté, l’acteur parle d’un être invisible qui lui empoisonne la vie. Il voudrait s’en débarrasser. Il passe en revue tout un ensemble d’éventualités. Il finit par opter pour le feu. Symboliquement, il met le feu à une grosse boîte qui représente son appartement. Pour nous replonger dans le monde du comique, l’extincteur tombe en panne au moment où l’on tente d’éteindre le feu qui ne cesse de s’étendre de plus en plus.
Ce sont deux références à la fois littéraire et cinématographique : deux oeuvres écrites portées à l’écran. Or d’autres citations renvoient à d’autres formes artistiques :
 Le théâtre : le one man show ;
 Le clip vidéo : la chanson chantée par Rachid Alouali ;
 Le cinéma : le générique vu de derrière à la fin du one man show (sorte de mise en abîme) ; le renvoi au film Mission impossible lorsque Said reste suspendu dans l’air ;
 Les dessins animés : lorsque Rachid El Ouali frappe son alter ego à coup de batte de baseball sur la tête, une bosse surgit et grandit à vue d’œil de la même manière que sur un dessin animé (Tom et Jerry, par exemple)
 La télévision est également présente grâce à l’émission de combat que ne cesse de regarder le côté maléfique de Said (Mister Hyde).
Le film comme nous l’avons déjà mentionné en haut traite une thématique philosophique (le bien et le mal et leur lutte au sein d’une seule et même  personne) sous un aspect comique parfois doublé de fantastique. Cet aspect cocasse emprunte à plusieurs genres de comédie. Premier genre, c’est celui du genre comédie dramatique (traitement d’une thématique sérieuse par le rire, la bouffonnerie et l’humour. Ce que nous avons déjà évoqué supra) ; deuxième genre, c’est celui du comique romantique : histoire d’un couple, Said et sa fiancée campée par Houda Raihani ; troisième genre, c’est la comédie musicale dont le clip musical fait référence.
Le film est avant tout une comédie qui se veut sérieuse. Cette comédie renvoie à d’autres comédies, d’autres époques de comédie, d’autres personnages de comédie. Le début du film (les mouvements saccadés) renvoie à l’époque du burlesque du commencement du cinéma muet (Max Linder, Laurel et Hardy, Max Sennett…). Les chaussettes déchirées de Said rappellent celles de Charlie Chaplin. Enfin, la voiture jaune et certaines mimiques de Said font écho à celles de Mister Bean.
Le film « Nhar tzad tfa do » ne voulant pas finir sur une note trop sérieuse (la séquence où l’un des deux « sosies », le bien ou le mal, a voulu se suicider et qui, à mon avis, pourrait bien clore le film sans que personne ne trouve rien à y dire) a voulu se terminer par une scène plus comique privilégiant la nature divertissante et distrayante de ce long métrage.

PAR ABDELKHALEK SABAH
Mardi 13 Septembre 2011

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