Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager

Le dur combat pour sauver les éléphants de Tanzanie




Le dur combat pour sauver les éléphants de Tanzanie
Amoureux de la nature depuis l’enfance, Apollo Kwilabya croyait avoir trouvé le métier de ses rêves: “ranger” (garde armé). Il pouvait passer ses journées à patrouiller en jeep l’une des plus grandes réserves animalières, en Tanzanie.
Un mauvais salaire, payé en retard, et les dangers mortels que représentent animaux sauvages et braconniers, ont eu raison de sa vocation.
“Je remercie Dieu d’être en vie”, explique M. Kwilabya qui, après trois ans de service en tant que garde armé dans la réputée Réserve de Selous, dans le sud de la Tanzanie, a démissionné pour devenir guide touristique à Dar es Salaam. Cinq de ses collègues n’ont pas eu cette chance.
L’un a été découpé par l’hélice de son bateau de patrouille renversé par un hippopotame, les autres ont été mordus par un serpent venimeux, attaqué par un crocodile ou piétiné par un éléphant. Le cinquième est tombé face au plus dangereux ennemi des rangers des parcs d’Afrique: le braconnier.
“Ce jour-là, nous poursuivions les braconniers (...) Tout le monde tirait. Ça ressemblait à une guerre”, se souvient l’ancien garde.
Comme la plupart des braconniers qui chassent les éléphants pour leur ivoire, celui qui a tué son collègue venait d’une des petites et pauvres communautés qui bordent la réserve. Mais, affirment M. Kwilabya, ils sont très bien équipés, arborant des fusils automatiques neufs qui rendent dérisoire la puissance de feu des gardes.
Si c’est une guerre, les protecteurs de la nature sont en train de la perdre. Selon la Société de Protection des éléphants de Tanzanie (Teps), le pays a perdu plus de la moitié de ses pachydermes ces cinq dernières années et n’en compte plus que 60.000. 
 Si le braconnage continue à ce niveau, ils pourraient tous avoir été éradiqués d’ici à 2020, avertit la Teps qui estime qu’un tiers de l’ivoire saisie en Asie vient de Tanzanie.
Le problème est particulièrement criant dans la Réserve de Selous, inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco en 1982, quand plus de 100.000 éléphants y étaient recensés. Ils n’étaient plus que 30.000 en 1989, année de l’interdiction mondiale du commerce de l’ivoire.
Le directeur de la Réserve, Benson Kibonde, a passé plus de 30 ans à protéger le parc et fut chef des gardes de 1992 à 2008, période durant laquelle la population d’éléphants est remontée à 70.000 individus, un résultat largement attribuable à l’interdiction du commerce de l’ivoire.
Mais le braconnage a de nouveau explosé depuis 2007, dopé par la demande asiatique et l’entrée en lice de réseaux criminels très organisés, attirés par les énormes gains générés par le trafic, qui fournissent armes et moyens aux braconniers locaux.
Durant cette même période, à Selous, les conditions de travail se sont dégradées: salaires non payés pendant des mois et infrastructures non entretenues ont fait chuter le moral des gardes, expliquent M. Kwilabya et d’autres gardes.
Fin 2013, Selous ne comptait plus que 13.000 éléphants, selon un recensement.
La méthode de M. Kibonde, sorti de sa retraite en 2012 pour reprendre les choses en mains, reste la même que celle qu’il prônait dans les années 1990: occuper le terrain.
“Les braconniers arrêtés récemment (...) sont toujours des autochtones, comme dans le passé”, assure-t-il, “ça reste du braconnage traditionnel, donc je pense que nous pouvons les arrêter avec des moyens traditionnels”.
“Nous devons être sur le terrain, c’est la seule chose qui pourra sauver les éléphants”, martèle-t-il, avant d’envoyer ses gardes en patrouille, munis d’une carte, d’un GPS, d’un fusil, d’un sac à dos et une petite tente. 
Difficile cependant de couvrir les 55.000 km² de la réserve - plus de deux fois la taille du Rwanda - avec ses 285 rangers, dont seulement 150 effectivement en brousse en même temps.
Profitant de l’afflux de l’aide financière déclenché par la nouvelle annonce de la catastrophe en cours à Selous, le gouvernement tanzanien a récemment annoncé son intention de former 1.000 nouveaux rangers et d’acheter quatre hélicoptères, le tout principalement financé par la fondation du milliardaire philanthrope américain Howard Buffett.
Le ministre du Tourisme, Lazaro Nyalandu, a lui suggéré l’utilisation de drones pour surveiller le parc.
La mise en place prévue en janvier 2015 d’une future Autorité de la faune sauvage de Tanzanie (Tawa), chargée de chapeauter les parcs et indépendante du gouvernement, est également attendue. Elle permettra que la totalité des revenus générés par les réserves comme Selous soient réinvestis dans la protection de la nature, alors qu’actuellement 50% sont reversés au gouvernement.
Ses promoteurs assurent qu’elle permettra aussi d’en finir avec la bureaucratie et la corruption qui gangrènent l’administration. Les fonctionnaires sont accusés par les défenseurs de la nature de recevoir des pots-de-vin, voire pour certains d’être directement impliqués dans les réseaux de braconnage.
“Le pire des scénarios serait le statu quo, donc cela ne peut aller que mieux”, affirme M. Kibonde qui préside le groupe de travail supervisant la mise en place de la Tawa. “Je ne suis pas si inquiet. Avec les 13.000 éléphants que nous avons à Selous, si nous engageons nos coeurs et nos esprits sérieusement, ce que j’essaie de mettre dans la tête des gardes, nous y arriverons”. 

AFP
Mardi 15 Juillet 2014

Lu 365 fois

Nouveau commentaire :

Votre avis nous intéresse. Cependant Libé refusera de diffuser toute forme de message haineux, diffamatoire, calomnieux ou attentatoire à l'honneur et à la vie privée.
Seront immédiatement exclus de notre site, tous propos racistes ou xénophobes, menaces, injures ou autres incitations à la violence.
En toute circonstance, nous vous recommandons respect et courtoisie. Merci.

Dossiers du weekend | Spécial élections | Libé + Eté | Spécial Eté










www.my-meteo.fr

Votre navigateur ne supporte pas le format iframe
Votre programme TV avec Télé-Loisirs