Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager

Le dossier noir des maladies mentales remis sur le métier

Une situation toujours aussi catastrophique et un avant-projet de loi en cours de finalisation




Le dossier noir des maladies mentales remis sur le métier
L’Hôpital Ibn Nafis de Marrakech vient de se doter d’une nouvelle structure hospitalière dédiée à la santé mentale.  Le centre psychothérapeutique de jour Ennassim qui fonctionne depuis plus de huit mois, ambitionne de contribuer à résorber la demande pressante en termes de santé psychiatrique en essayant d’offrir  de meilleures conditions de prise en charge des patients. 
L’expérience se veut exemplaire.  Elle souhaiterait offrir une grande diversité de traitements sans avoir à supporter les coûts importants d’une hospitalisation à temps complet, s’inscrivant ainsi dans une approche préventive, thérapeutique et ré-adaptative des patients. 
Pourtant, si le concept et les intentions sont bons, la réalité est autre. En effet, cette nouvelle structure ne dispose que de 10 lits et d’une équipe composée de 5 infirmiers, d’un major et d’un seul psychologue. Une goûte d’eau dans un océan de demandes de soins. « Il est vrai que le nombre de lits est insuffisant mais c’est déjà un pas. Avant, il n’y avait rien», nous a précisé le Pr Mhamed Harif, directeur du CHU Mohammed VI de Marrakech. Pour lui, l’augmentation de la capacité litière exige davantage de moyens financiers et de ressources humaines, lesquels font défaut aujourd’hui.  
Une situation qui ne concerne pas uniquement ce nouveau centre mais l’ensemble des infrastructures médicales spécialisées, ce qui en dit long sur le retard accumulé dans la mise en place du plan quadriennal (2012-2016), visant à améliorer la situation.  En effet, celle-ci ne semble guère bouger depuis le lancement de cette vision stratégique qui s’est donnée pour finalité de restructurer le secteur tout en respectant les dispositifs relayés par les multiples conventions internationales inscrites dans le cadre du respect des droits de l’Homme et notamment la lutte contre la discrimination et la stigmatisation de la maladie mentale et des patients.    Selon plusieurs professionnels du secteur, les maux de la santé mentale demeurent les mêmes : insuffisance du nombre de médecins et d’infirmiers,  déficit en capacité litière, manque de médicaments et la liste est longue.Selon les spécialistes, le pays compte encore 320 psychiatres en exercice, soit un praticien pour 100.000 habitants. Une grande partie de ces médecins est concentrée sur l’axe El-Jadida-Kénitra alors que près de 14  provinces ne disposent ni de psychiatres ni d’institutions psychiatriques. « Dans certains hôpitaux, on compte un seul psychiatre pour 30 patients ou plus. Même constat au niveau des infirmiers. Pis, chaque infirmier  qui part en retraite n’est pas remplacé. Aujourd’hui, la situation est telle qu’il suffit qu’un infirmier prenne un congé de maladie pour que tout le service soit bloqué », nous a confié un psychiatre sous le sceau de l’anonymat.  
Les spécialistes de la santé mentale critiquent également les carences des capacités d’accueil de ces hôpitaux. Le Maroc ne dispose que de 1.900 lits psychiatriques pour une population de 36 millions d’habitants, soit trois fois moins que nos voisins algériens et tunisiens. Casablanca reste un exemple édifiant. La métropole compte uniquement 240 lits pour 100.000 malades mentaux. «Beaucoup de médecins se trouvent obligés de ne pas accepter de malades mentaux faute de place et cela au péril de la vie de ces derniers et de celle de leur entourage», nous a précisé notre source avant d’ajouter: « Parfois, même quand on dispose  de lits, ces derniers ne sont pas fonctionnels faute d’infirmiers».
Même constat au niveau des médicaments. « Le déficit est énorme  par rapport au nombre de malades. Certains médicaments sont en rupture de stock depuis plus de quatre mois », nous a indiqué notre source. 
Des carences que ne nie pas le ministère de la Santé qui s’apprête à organiser un séminaire sur la réforme de la santé publique au Maroc entre le 24 et le 26 courant. « On sait que les besoins et les attentes sont énormes et que les citoyens attendent avec impatience de voir des résultats concrets. Mais les choses avancent lentement. Nous sommes devant un grand chantier et on essaie d’avancer pas à pas », nous a assuré Hicham Bari, chef du service des maladies non-transmissibles au département d’El Houssaine Louardi.
Pour lui, le tableau n’est pas si noir qu’on le pense.  Il y a des avancées qui ont été réalisées comme c’est le cas pour le lancement des travaux de construction de trois hôpitaux régionaux spécialisés à Agadir, Kénitra et Kelaat Sraghna.  C’est le cas également pour le projet de loi portant modification du Dahir de 1959 relatif à la santé mentale qui semble prêt à être mis dans le pipe législatif. «On l’a presque finalisé. Il ne reste qu’à y apporter les dernières retouches avant de le déposer au secrétariat général du gouvernement», a-t-il conclu.  

Hassan Bentaleb
Samedi 22 Février 2014

Lu 1486 fois

Nouveau commentaire :

Votre avis nous intéresse. Cependant Libé refusera de diffuser toute forme de message haineux, diffamatoire, calomnieux ou attentatoire à l'honneur et à la vie privée.
Seront immédiatement exclus de notre site, tous propos racistes ou xénophobes, menaces, injures ou autres incitations à la violence.
En toute circonstance, nous vous recommandons respect et courtoisie. Merci.

Actualité | Monde | Société | Régions | Horizons | Economie | Culture | Sport | Ecume du jour | Entretien | Vidéo | Expresso | En toute Libé | L'info | People | Editorial | Post Scriptum | Billet | High-tech | Vu d'ici | Scalpel | TV en direct | Chronique littéraire | Billet | Portrait | Au jour le jour | Edito










www.my-meteo.fr

Votre navigateur ne supporte pas le format iframe
Votre programme TV avec Télé-Loisirs