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Le coût humain et environnemental de la maroquinerie au Bangladesh




Le coût humain et environnemental de la maroquinerie au Bangladesh
Les jambes plongées jusqu’aux genoux dans des liquides chimiques toxiques, Mokter Hossain trempe des peaux d’animaux dans d’énormes fûts remplis de liquides encore plus dangereux dans une tannerie de Dacca, la capitale du Bangladesh.
Fiévreux, Hossain s’arrête de temps en temps pour tousser, un mal hérité de son travail et qui, selon ses médecins, pourrait le tuer un jour.
“Certains jours, je suis trop malade pour travailler”, explique Hossain, 25 ans, qui inhale depuis des années des fumées de chrome et d’autres produits chimiques utilisés pour transformer les peaux brutes en cuir souple.
“Je prends des médicaments contre les maladies de peau. Si je ne le faisais pas, ce serait encore pire”, ajoute-t-il, montrant ses bras et ses jambes couverts d’éruptions et de taches noires.
La tannerie où travaille Hossain est l’une des 200 répertoriées dans le quartier d’Hazaribagh à Dacca où 25.000 ouvriers travaillent le cuir - parfois pour seulement 50 dollars par mois - pour des chaussures et produits de maroquinerie vendus dans des chaînes de magasins occidentales. L’effondrement il y a un an du Rana Plaza, un immeuble de neuf étages d’ateliers de confection dans la banlieue de Dacca, dû au non-respect des normes de construction, a fait 1.135 morts. La catastrophe a forcé des grandes marques occidentales de prêt-à-porter à s’engager à inspecter et sécuriser leurs sites de production.
Si cet accident a forcé l’industrie textile locale à prendre des mesures pour la sécurité de ses employés, le secteur du cuir a lui peu changé en dépit de conditions de travail tout aussi terribles. L’activité est en plein essor sous l’effet d’une demande en hausse en Occident de produits de maroquinerie à petit prix.
“Dans ces tanneries, on meurt à petit feu”, observe une militante, Rizwana Hasan, en référence aux problèmes respiratoires, cancers, maladies de peau qui touchent les ouvriers du cuir, dues selon les médecins aux longues heures de travail et aux précautions de sécurité insuffisantes.
“Alors que les catastrophes qui ont touché le secteur textile au Bangladesh ont fait les Unes du monde entier, les conditions pires encore des tanneries passent inaperçues”, regrette-t-elle.
“Ces tanneries nous rappellent les usines du XIXe siècle”, estime t-elle. Un journaliste de l’AFP a vu des enfants de 14 ans travailler dans une tannerie où ruissellent sur le sol des eaux usées contaminées au chrome et où sont empilées des peaux de vache et de chèvre traitées au sel.
Les circuits d’approvisionnement compliqués des tanneries d’Hazaribagh font qu’il est difficile de faire le lien entre une tannerie et les marques occidentales s’y approvisionnant, regrettent les défenseurs de la main d’oeuvre.
Dans ce quartier de Dacca, les dégâts sur l’environnement et la santé publique sont visibles de tous.
Chaque jour, quelque 22.000 litres de déchets toxiques, y compris du chrome, sont déversés par les tanneries dans le Buriganga, principal fleuve traversant Dacca et source d’eau essentielle pour le pays, selon le ministère de l’Environnement.
Près de 200.000 personnes vivent dans ce quartier et en particulier sur les rives du fleuve, un des plus pollués du monde. Ce qui était autrefois une zone semi-rurale paisible a été transformée en un mélange de marais toxiques, de décharges et de montagnes de déchets de cuir en décomposition.
Quelques dizaines de petites usines de recyclage brûlent ces déchets pour produire de l’alimentation pour la volaille et les poissons. Des fumées noires s’échappent de ces installations et l’air est saturé d’une odeur pestilentielle.
“C’est pire que l’enfer mais nous n’avons pas le choix”, déclare Munia, 19 ans, qui a développé des problèmes respiratoires depuis qu’elle travaille dans l’une de ces usines.

Mercredi 19 Mars 2014

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