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Le consensus démocratique contre la démocratie consensuelle




Il y a une grande et essentielle différence entre un consensus démocratique, c’est-à-dire une forme d’accord général sur les principes, les fondations et les règles d’une évolution démocratique, et la démocratie consensuelle pour laquelle optent certains pays culturellement divisés lorsque les diverses appartenances religieuses, sectaires ou ethniques deviennent un obstacle au développement d’un ordre démocratique.
Un consensus démocratique survient entre les partis politiques, les forces sociopolitiques et les groupes politiques et idéologiques et les tendances et implique des différences sur les positions et les programmes choisis par leurs partisans avec leur propre libre arbitre et non pas sur les identités primaires qu’ils sont nés avec.
 Nous pourrions comparer ce consensus aux fondations concrètes construites sur le sol afin de soutenir toute structure qui serait bâtie sur elles. Lorsque nous entreprenons la construction de cette structure, nous avons le droit de différer pratiquement tous les détails indépendamment des spécifications et des exigences de la fondation, parce que les différences sur le prélude de la  fondation détruiront immédiat toute structure que nous construisons sur elle.
Les systèmes de gouvernement démocratiques ne diffèrent pas en substance.
 Tout ce qui est dans un régime démocratique est ouvert au différend hormis les composants fondamentaux convenus de l’Etat. Ces changements ne peuvent pas changer d’une élection à l’autre. Un électorat ne peut pas voter dans une théocratie dans une campagne électorale et un ordre séculaire dans la saison suivante. Une fois que les éléments constitutifs de l’Etat démocratique sont convenus qu’ils ne peuvent pas être changés, même pas par une large majorité.  
L’accord général fixé sur les fonctions de l’Etat s’applique également aux principes fondamentaux de l’ordre sociopolitique sur lequel le système de gouvernement est fondé et les principaux facteurs qui régissent les relations entre ses éléments constitutifs, soit entre le gouvernement et l’opposition ou entre forces d’opposition elles-mêmes. C’est ce qui est connu sous le nom de règle du jeu. Il n’y a aucune différence entre la compétition politique, culturelle et intellectuelle et la compétition dans  n’importe quel domaine de la vie. Il ne peut y avoir activité systématique compétitive sans fixer des règles régissant les actions des concurrents et de comportement auquel les concurrents reviennent chaque fois que nécessaire.
Si les deux parties ne sont pas d’accord sur un ensemble de règles du jeu, la condition la plus élémentaire de la concurrence systématique est manquante.
 Le résultat est libre pour tous. Il en va de même si un côté approuve un ensemble de règles alors que l’autre utilise un autre. En conséquence, il est difficile d’avancer sans restriction à la compétition politique en l’absence d’un consensus général ou d’un accord sur certains éléments constitutifs de l’Etat.  Ce consensus général est d’une importance cruciale dans un ordre démocratique en particulier. Il n’y a pas de place pour elle dans une autocratie, par exemple ; c’est généralement l’autocrate qui impose le système de règle de son choix sur d’autres. Un consensus est, par définition, l’une des plus importantes activités démocratiques. En fait, on peut le décrire comme l’activité sous-jacente de toute pratique qui peut à juste titre mériter l’étiquette de démocratie. C’est parce que, tout d’abord, il est atteint à travers le dialogue qui ne peut prospérer et porter ses fruits sauf si toutes les parties sont véritablement attachées à la démocratie et, deuxièmement, parce que la démocratie qui n’est pas fondée sur un consensus est irréalisable ou destinée à la défaillance immédiate. La démocratie n’est pas pratiquée dans l’air. Elle se joue sur le terrain dans un endroit en particulier. Si le sol n’est pas stable, il va perturber tout le monde et tout ce qu’elle contient.
La menace la plus dangereuse pour tout processus de développement démocratique fait que certaines ou toutes les parties impliquées s’imaginent que la démocratie est une course sans règles ou critères et que les gens peuvent choisir le rival qu’ils préfèrent indépendamment de tout cadre de réglementation et déterminent ce qui est immuable ou modifiable pour toute période donnée.  C’est pourquoi les parties à un consensus démocratique conviennent sur un ensemble de principes et de  règles contraignants. C’est le seul moyen d’assurer la santé et la perpétuité du processus démocratique et éviter les dangers qui pourraient conduire à son échec, indépendamment de qui gagne ou perd les élections. Il existe de nombreux exemples de ce type démocratique dans le monde. Les démocraties des Etats-Unis d’Amérique, de la France, du Royaume-Uni et de la Turquie, pour n’en citer que quelques-uns, sont fondées sur les systèmes de gouvernement convenus par toutes les parties intéressées et qui prennent l’Etat civique central en tant que système de référence central.
La démocratie consensuelle, en revanche, a émergé pendant que les systèmes de gouvernements  démocratiques se propageaient à l’extérieur de l’Europe, en Asie, en Afrique et en Amérique latine, et en raison de l’échec des régimes non démocratiques dans ces parties du monde, ainsi que de la croissance économique considérable et l’évolution des cultures politiques dans ces sociétés.
 Pourtant, ces faits sont intervenus dans les sociétés caractérisées par de fortes divisions et il est vite devenu nécessaire de réfléchir sérieusement à produire des solutions politiques qui contribueraient à assurer la réalisation de la démocratie, d’une manière qui, simultanément, assurerait le degré le plus élevé possible de la stabilité politique.
Dans certaines sociétés, la pensée s’est tournée vers des formules de l’autonomie régionale ou le fédéralisme, de sorte que la majorité de la population et la minorité non-homogène aient une égalité de chances d’avoir un mot à dire au gouvernement. Ces solutions ont abouti à la réalisation d’une forme de consensus entre les éléments constitutifs de la société. On en trouve des exemples en  Belgique, en Autriche, en Suisse, au Canada et aux Pays-Bas.
 Dans le monde arabe, le Liban se démarque comme un modèle pour ce type de démocratie. La démocratie consensuelle présume l’accord sur certaines dispositions procédurales prévues pour assurer la représentation politique équitable des différentes identités dans une société donnée, y compris les petites identités minoritaires. Pratiquée pour la plupart dans des pays qui ne sont pas démographiquement homogènes, elle confère le droit à l’autonomie gouvernementale consensuelle sur les questions fondamentales relatives a des groupes distincts qui composent un régime politique de l’Etat, la distinction entre ce qui est généralement fondé sur l’appartenance ethnique ou linguistique d’origine. Ces distinctions deviennent de plus en plus aiguës, plus un groupe ou des groupes au sein d’une société donnée craignent que leur identité soit mise en péril par d’autres groupes, ou par assimilation dans la plus grande majorité démographique, ou que leurs droits en tant  qu’individus ou communauté soient menacés. Plus ces craintes et préoccupations se tiennent entre les membres d’un groupe particulier, plus grandes sont les tendances à converger politiquement et lutter avec leurs homologues dans la société.  
Dans certains cas, le sentiment d’identité distincte peut devenir chauvin, parfois dans de telles proportions zélées que l’individu se sent déchiré entre cette identité communautaire et la sienne en tant que citoyen d’une nation particulière.
Quand les fanatismes rivaux atteignent le point opposé, généralement parce que le racisme le plus étroit ou les perspectives discriminatoires prévalent sur le sentiment d’identité nationale commune, les peuples se barricaderont politiquement et socialement selon des critères ethniques, linguistiques ou autres. Dans les cas où la crainte et la méfiance mutuelles deviennent tellement grandes et l’espoir se décompose dans la poursuite de leur fusion au sein d’une unique et cohérente identité nationale dans laquelle tous poursuivent collectivement un ensemble d’aspirations communes, une solution est une forme de confédération dans laquelle les décisions sont prises unanimement et où chaque groupe ou communauté a un droit de veto sur les questions cruciales. Malgré le succès obtenu par quelques pays d’Europe et d’Amérique du Nord en appliquant le modèle du consensus démocratique, les perspectives d’un tel modèle ne sont pas très bonnes dans le Tiers-monde en général, et dans les pays de la région arabe en particulier. Cela est dû, en partie, aux nombreux clivages religieux, sectaires, tribaux et régionaux dans ces pays, et en partie à une culture politique prédominante qui a pourtant embrassé le concept et les principes de la citoyenneté de l’Etat. Que ceux-ci manquent ainsi d’une culture démocratique fondée sur l’acceptation de la diversité, et sont donc affligés par des conflits ethniques, sectaires et d’autres loyautés, cela     a ouvert la voie à la «libanisation» du gouvernement, ou à l’«ethnification» du gouvernement (comme c’est le cas en Iraq).
A part le fait que de telles dispositions peuvent aboutir à la désintégration et l’effondrement de l’Etat, elles ne sont pas proportionnelles à la réalisation des objectifs et à l’esprit de la notion de consensus démocratique.


 

Par Cherif Chebihi Hassani
Jeudi 28 Janvier 2016

Lu 1228 fois


1.Posté par Abdaïm najïa /Plume Rebelle le 29/01/2016 11:45 (depuis mobile)
Pour qu'il y ait vraiment démocratie ,il faut que les hommes et femmes politiques œuvrent pour faire respecter le processus de recherche de consensus sans chercher à imposer leur vision personnelle et individuelle ....
(La suite sur Facebook !!!)

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