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Le complexe militaro-industriel US face à l’Egypte




Le complexe militaro-industriel US face à l’Egypte
Il est presque impossible d’échapper à l’hystérie de l’establishment de Washington à l’égard du «séquestre» (- 85 milliards de dollars de coupes budgétaires indistinctes, soit une réduction inférieure à 2,3 % du budget fédéral de 3 640 milliards de dollars). Malgré toute la rhétorique exaltée quant aux conséquences du séquestre sur les dépenses militaires, décrites comme « dévastatrices », « scénario catastrophe», et même « vidage de la force », peu de gens aux USA savent où leurs dollars durement gagnés vont et si oui ou non ces dépenses sont absolument nécessaire. Et parmi les nombreux programmes fédéraux dispendieux on trouve la subvention pluri-décennale des contribuables américains aux militaires d’Egypte.
Si l’on exclut l’aide économique et l’aide au développement, depuis 1987, Washington a donné au Caire 1,3 milliards de dollars par an en aide militaire, en grande partie sous forme de dons et de prêts par le biais du Foreign Military Financing (financement militaire étranger). Dans ce cadre, les fabricants d’armes américains contractent avec le Département de la Défense pour fournir à l’Egypte des systèmes et services d’armement militaires, des mises à niveau et du suivi de maintenance. Selon le service de recherche du Congrès américain, même si les chiffres sont difficiles à vérifier, on estime que l’aide militaire américaine couvre jusqu’à 80 pour cent des coûts d’approvisionnement en armes du ministère de la Défense égyptien.
Cette aide généreuse a permis à l’Egypte de devenir le quatrième utilisateur mondial de F-16 et d’acquérir environ 4000 chars de combat. En fait, les contribuables américains facilitent la coproduction de chars de bataille Abrams M1A1, et désormais du nouveau M1A2, dont certaines pièces sont fabriquées en Egypte, et d’autres aux USA pour être ensuite expédiés en Egypte pour assemblage final. Selon les termes de ce programme, le contracteur principal est General Dynamics, localisé à Sterling Heights dans le Michigan aux USA.
Une semaine avant la démission du président Hosni Moubarak, Sue Sturgis, de l’Institute for Southern Studies, a compilé une liste exhaustive des entreprises de défense et des cabinets de conseil ayant des contrats avec l’Egypte. On trouvait :
Lockheed Martin au Texas et en Floride,
US Motor Works en Californie et au Texas,
DRS C3 et Aviation (filiale de la société italienne Finmeccanica) en Pennsylvanie,
L-3 Communication Ocean Systems en Californie et au Texas,
Boeing en Arizona et dans le Missouri,
Raytheon en Arizona et dans le Massachusetts,
Goodrich Corporation dans le Massachusetts,
Columbia Group à Washington, DC,
Michelin Aircraft Tire en Caroline du Sud,
Technologie Wyle Laboratories, Camber Corporation, et Summa en Alabama,
WRSystems Ltd, TASC, Deloitte Consulting, et AgustaWestland en Virginie, et Clayton International en Géorgie
Au cours des quatre dernières années, les dirigeants de Washington ont distribué des centaines de millions de dollars pour du matériel militaire dans les états susmentionnés  seulement, allant de missiles Stinger et pièces détachées pour véhicules aux systèmes de reconnaissance des F-16, en passant par les capteurs pour hélicoptères Apache.
A ce point les dirigeants américains rétorqueraient que cette aide soutient leur influence auprès de leurs homologues au Caire. Peut-être, mais ce que les autorités américaines ne parviennent pas à expliquer de façon convaincante c’est dans quelle mesure les intérêts américains peuvent toujours être promus sans l’abondante générosité américaine. Par exemple, ce sont les défaites dévastatrices contre Israël qui constituent un élément majeur dissuadant l’armée égyptienne de lancer une autre guerre inutile, pas l’aide. Par ailleurs, et assez curieusement, l’armée égyptienne n’est même pas capable d’utiliser pleinement une grande partie de l’équipement de pointe américain qu’elle reçoit, car elle dispose de trop peu de soldats formés à leur utilisation.
Malheureusement, de nombreux membres du Congrès sont réticents à froisser les électeurs des districts qui dépendent de ce lien « public-privé » du complexe militaro-industriel. Les quelques dirigeants assez courageux pour bouleverser le statu quo devraient défier l’administration Obama, en particulier sur la question des crédits en faveur des opérations étrangères.
Parmi ses autres dispositions, l’article 7041 du Consolidated Appropriations Act de 2012 (PL 112-74) précise qu’aucun financement militaire ne peut être fourni à l’Egypte tant que l’administration ne certifie pas que le Caire soutient la transition vers un gouvernement civil, ce qui inclut la tenue d’élections libres et équitables, la mise en œuvre de politiques protégeant la liberté d’expression, la liberté d’association et de religion, et l’application de la loi par des procès en bonne et due forme. Face aux agissements arbitraires et antidémocratiques de M. Morsi, l’administration Obama a pourtant renoncé à ces conditions.
Le bilan atroce de M. Moubarak en matière de droits de l’homme aurait dû empêcher les subventions des contribuables américains d’arriver en Egypte il y a déjà des décennies de cela. Aujourd’hui, à un moment de contraintes budgétaires nationales, et alors que de nombreux d’Américains sont en faveur du fait de stopper l’aide étrangère, mettre fin à une telle « générosité » semble relever du bon sens.


Par Malou innocent Analyste au Cato Institute à Washington DC
Lundi 8 Décembre 2014

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