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Le cinéma d’animation, ancêtre et devenir du 7ème art




Encore de nos jours, pour un large public, le film d’animation est un genre mineur relevant plutôt du cinéma de
divertissement, réservé aux
enfants. Pour beaucoup encore,  le cinéma d’animation,
est synonyme de «dessins
animés», alors qu’il est bien plus riche et qu’il englobe d’autres  procédés de fabrication, aussi bien traditionnels
qu’ultra-modernes.
Les cinéphiles et les personnes averties - qui connaissent  son histoire plus que centenaire
et qui sont à l’écoute de son
évolution- entrevoient  le rôle majeur qu’il est appelé à jouer,  dans l’art et l’industrie
cinématographiques
de demain grâce aux immenses possibilités de création
qu’il ouvre et qui en font
la voie royale de l’inventivité  et du rêve.
Aux origines
du cinématographe :
Khayal Al Zill et la
lanterne magique


De tous temps et partout,  l’homme a été fasciné par l’image et animé du désir de la fabriquer, autant pour imiter la nature, que pour exprimer, à travers elle,  son imaginaire et ses croyances. Depuis des millénaires, des marionnettistes  communiquent des gestes à des poupées, leur impulsant un mouvement qui donne l’illusion qu’elles sont douées de conscience. Avec le développement de ses savoir-faire et du goût pour le spectaculaire et le merveilleux, l’homme  a réussi à utiliser les volumes, les ombres et la lumière, comme des moyens de donner l’illusion de la « vie » à l’image.
Depuis  le IXème siècle, les Asiatiques pratiquaient « le théâtre d’ombres » avec  des silhouettes de figurines  projetées sur un écran. C’est aussi à cette époque que ce théâtre commence à se propager dans le monde arabe sous le nom de Khayal Al Zill. L’imam Chafii (767-820), l’un des plus éminents penseurs de l’islam serait le premier à l’avoir mentionné dans un couplet devenu célèbre :
«J’aperçois dans le théâtre d’ombres un précepte remarquable
Pour qui, la connaissance de la vérité est souveraine
Des personnages et des ombres passent puis s’éclipsent
Tous périssent, seul le manipulateur est éternel».
Au Xe siècle, les cours abbassides et fatimides appréciaient le récit d’épisodes religieux ou héroïques accompagné d’ombres animées derrière un écran. Progressivement, le goût pour Khayal Al Zill se répandit dans les rues du Caire, de Bagdad et de Damas. Dans l’Andalousie musulmane, cette forme spectaculaire bénéficia d’un essor particulier. Le grand mystique andalou Ibn Arabî (1116-1240), qui cite Zill Al-Sitâra, (L’ombre du rideau), rapporte une description détaillée du déroulement du spectacle d’ombres et des moyens techniques y afférents :
«Construis l’habitacle, allume les chandelles, tends le store et les images apparaîtront».
Les pièces écrites par Ibn Danyâl (1238-1310) en Egypte et dont trois nous sont parvenues, sont les plus anciens textes en arabe classique jamais composé pour le théâtre.
A partir du XVIe siècle, l’adaptation des ombres chinoises, largement propagées, à la lanterne magique, projection sur un écran de figures dessinées sur du verre, que l’on pouvait animer par diverses manipulations, permit d’insuffler  au spectacle plus de vivacité en donnant l’illusion du mouvement, exploitant pour cela une donnée physique qui caractérise l’œil humain,  la durée de l’image sur la rétine.
Une intense effervescence créative va se saisir des inventeurs de tous bords en Europe et en Amérique. Les principales avancées vont aboutir à l’invention d’appareils utilisant des dessins ou photographies sur papier,  à commencer par les jouets optiques, et en passant par des disques  et des cylindres pivotant sur eux-mêmes, équipés d’une lanterne magique comme  le kinescope ou utilisant des instantanés photographiques comme le zoopraxiscope pour aboutir à la mise au point, en 1891 du kinétographe,  la première caméra utilisant des photogrammes par Thomas Edison et Laurie Dickson. Les frères Lumières vont perfectionner les procédés de leurs prédécesseurs  grâce à l’adaptation d’une technique de projection élaborée par le Français Emile Reynaud, le théâtre magique, et aboutir à l’invention du cinématographe, qui leur permettra d’organiser la  première projection publique le 28 décembre 1895 à Paris.

Au commencement fut
la lumière… et le dessin


Ce qu’on a tendance à oublier, c’est que la première véritable projection publique d’images en mouvement a été celle d’un film d’animation. En effet, cette première est due à un passionné « illuminé », le Français Emile Reynaud, appelé à juste titre, « le magicien ». Celui-ci  a réussi là ou beaucoup, parmi les plus doués des inventeurs de l’époque, butaient encore : proposer un spectacle  en images à usage collectif. Plus encore, et le fait a son importance : alors que les autres inventions, dont le kinétoscope d’Edison et Dikson et le cinématographe des Lumières ne pouvaient offrir à voir qu’une bande de quelques secondes, les images de Raynaud défilaient plus d’une dizaine de minutes, peignaient une atmosphère, créée par les décors dessinés  et racontaient de  véritables histoires, à l’aide de sa machine qu’il a appelé  « le Théâtre magique ». Cela se passait en 1888.  Le premier dessin animé Pauvre Pierrot,  ainsi que les suivants, nommés Pantomimes lumineuses par leur auteur,  étaient déjà de véritables films d’animation dont  le Musée Grévin hébergera les projections, qui constituèrent de vraies séances de cinéma et accueillirent entre  1991 et 1900 un demi million de spectateurs. Raynaud pratiquait déjà la profondeur de champ, les ralentis, les accélérés, et les retours en arrière au gré du plaisir des spectateurs.
Après lui, la projection du dessin animé va être facilitée par le  support argentique et améliorée grâce au déplacement de la pellicule par « un tour de manivelle de la caméra, procédé initié en 1906 par James Stuart Blackton et appelé « mouvement américain ».
Le second grand pionnier du cinéma d’animation  est l’autre Emile, le Français Emile Cohl, de son vrai nom Courtet, caricaturiste de génie qui met  le mouvement américain à profit et élève  le genre au rang d’art à part entière dès son premier film, Fantasmagories, projeté en 1907 à Paris. Considéré à juste titre comme le père du dessin animé cinématographique, il  a réalisé plus de trois cents films et fait d’innombrables innovations (le premier héros de dessin animé, les premiers films de marionnettes, les premiers dessins animés en couleur, les premiers dessins animés tirés de bandes dessinées (Les aventures des Pieds Nickelés, 1917), les premières séries de dessins animés (Le chien Flambeau, 1917), etc.
Il faudrait aussi citer le Britannique Arthur Melbourne qui dispute à Cohl la place de père du dessin animé puisque son film Mathes Appeal aurait été réalisé en 1899 !

Les pères fondateurs
du cinéma d’animation


Après les années 1910 et surtout entre les deux guerres, le cinéma d’animation va se développer grâce à des artistes passionnés, obstinés, inventifs et souvent surdoués.
Winsor Mc Caya été le  dessinateur américain le plus célèbre du début du XXe siècle. Grand caricaturiste, créateur de Little Nemo, Son Gertie the Dinosaure, présenté en 1914, a été le premier monstre sacré du dessin animé.
En France, Paul Grimault « le Walt Disney de gauche »a fondé, en 1936, la première société française de dessin animé, Les Gémeaux, qui deviendra la plus importante d’Europe et où l’élite du dessin animé français et quelques Européens ont fait  leurs  classes. Son chef-d’œuvre Le roi et l’oiseau (à l’origine, La bergère et le ramoneur) projeté tardivement en 1953 a eu une influence considérable et suscité  des vocations comme chez les Japonais Miyazaki et Takahata.
Alexandre Lubic Ptusko, a été l’un des pionniers de l’animation soviétique,  qui a excellé dans la marionnette animée comme avec Le nouveau Culliveren 1935. Citons encore Hermina Tyrlova, pionnière du cinéma d’animation tchèque, (Le secret de la lanterne,1935 ; les quatre frères Wan, à l’origine du cinéma d’animation chinois, au carrefour des spectacles d’ombres traditionnels et de la technique occidentale des « ombres électriques »(Tumulte dans l’atelier en 1926, La révolte des silhouettes en papier 1930, La danse du chameau, 1935 premier film chinois parlant).Ou encore le Japonais Noburo Oguji qui acquit une renommé internationale, dans les années vingts avec des films de découpage taillé dans Chiyo-gami, le papier traditionnel japonais. Rappelons que c’est en 1932 que fut réalisé le premier dessin animé parlant japonais Forces, femmes et les chemins du monde.
C’est en Argentine que fut réalisé et projeté le premier long métrage d’animation de l’histoire, El Apostol, d’une durée de 60 minutes par Quirino Cristani,  projeté le 9 novembre 1917, quelque vingt ans avant Blanche Neige de Disney.
Un hommage particulier doit être rendu au Québécois Norman McLaren, considéré comme un des grands maîtres du cinéma d’animation mondial. D’une créativité débordante, il a expérimenté constamment, (Grattage de pellicule Love on the Wing, peinture sur pellicule, et même peinture du son sur pellicule, À la Pointe de la Plume,  pixilation, prise de vue réelle, stop motion, dessin animé… Plusieurs fois primé notamment pour Voisins (Venise en 1952 ), Blinkity Blank (Palme d’or du court métrage en 1955). Les films de Norman McLaren sont ajoutés au Registre international Mémoire du monde de l’ Unesco.
Le dessin animé est certainement la branche de l’animation qui a connu le plus gros succès populaire. C’est surtout aux USA que l’essor sera fulgurant,  avec la création de grands studios qui vont mettre sur pied une grosse production industrielle, favorisée par les révolutions techniques que seront l’apparition du son et de la couleur, et servie par des artistes au talent prodigieux comme Winsor Mac Cay, Tex Avery, et Chuck Jones, et des hommes d’affaires de génie comme les frères Fleicher et Walt Disney.
Tex Avery est à l’origine du style farfelu et des situations délirantes des cartoons hollywoodiens. Pour lui, il s’agissait d’utiliser les possibilités du dessin animé pour enfreindre les contraintes propres au genre, donnant à son style une tournure corrosive absolument non conventionnelle. Si l’on devait définir le style Avery, on pourrait dire qu’il est le contraire de celui de Walt Disney. Ce dernier, promoteur, leader et fonceur génial comme on le sait, est devenu le roi du dessin animé, sans qui celui-ci ne serait pas ce qu’il est devenu.
Les héros de cartoons des studios américains (Disney, MGM, Warner…) seront célèbres dans le monde entier, Félix le chat, Popeye, Bugs Bunny, Daffy, Mickey, Donald, Tom et Jerry et les longs métrages d’animation comme Blanche Neige et les sept nains, ou Who Framed Roger Rabbitt auront des carrière planétaires et engouffreront des budgets colossaux.

Le cinéma d’animation
aujourd’hui


La suprématie absolue du modèle dysnéen sera cependant battue en brèche dans les années cinquante et soixante par le renouveau des cinémas d’animation qui vont renouer avec l’esprit pionnier des débuts et rechercher d’autres voies et d’autres codes.
En Europe de l’Est, le cinéma a toujours  été à l’avant-garde des autres arts, ce qui est encore plus vrai pour le cinéma d’animation, très proche du cinéma expérimental. Ce qui a permis de contourner la censure en recourant à des astuces d’expression comme chez Gyula Macskas « grand manitou » de l’animation hongroise » dans Dix décagrammes d’immortalité coréalisé avec Gyorgy  Varnei ou du chef-d’œuvre de Borvoj Drajik  L’apprentissage de la marche. Ce cinéma  est représenté encore par le Polonais Jery Kucia et le Bulgare Bokyo Kanev, (Grand prix à Annecy pour Un monde pourri en 1987). Pour beaucoup, les réalisateurs d’animation les plus remarquables de l’Europe de l’Est demeurent le Yougoslave Zenko Gasparovic (Satiemania), le Tchécoslovaque Jiri Trnka (Les animaux et les brigands, priméà Cannes en  1946,) et le Soviétique Iouri Norstein, figure emblématique du cinéma d’animation international (Le conte des contes, 1979, Le manteau, 1981 d’après Gogol).
Ce renouveau va être accéléré à partir des années quatre-vingts par l’utilisation de nouvelles  techniques et par le développement progressif, dans beaucoup de pays, de petites unités de production ainsi que par la naissance d’institutions subventionnées, d’écoles de formation au cinéma d’animation. La prolifération des festivals consacrés à l’animation va aussi permettre la diffusion et la reconnaissance internationale des productions de qualité et encourager les talents et  l’intervention de plus en plus active de la télévision  comme acheteur va développer le marché de l’animation.
Aujourd’hui, le cinéma d’animation d’auteur a acquis droit de cité un peu partout dans le monde. Des œuvres de qualité  pouvant être appréciées par les jeunes et moins jeunes se font de plus en plus de place dans les box-offices, Certaines ont même eu un immense succès  grâce aux possibilités d’expression illimitées qu’elles offrent à l’imagination, à la créativité et à la sensibilité des créateurs comme les productions du studio Ghibli au Japon qui  optent pour la profondeur des sujets, loin des mièvreries disneyennes,  et attirent  des millions de spectateurs adultes. Les moyens technologiques modernes permettent  des effets visuels inconnus auparavant et qui ne sont pas près  de connaître des limites, avec des logiciels toujours renouvelés qui font des miracles, par l’utilisation parfois conjointe des techniques  anciennes comme les dessins artisanaux,  les figurines, le papier découpé, les  volumes, les marionnettes, l’écran d’épingles, le pastel, le sable, les objets,  la peinture, les jeux plastiques audacieux, et des techniques modernes, comme l’image de synthèses, la vidéo, etc. qui vont révolutionner le secteur. Le cinéma d’animation explore des horizons nouveaux, comme le documentaire animé, tout en restant, comme par le passé, la plus belle expression  du merveilleux, du fantastique et du romanesque, comme le montre le foisonnement créatif actuel.
Citons parmi ceux qui se sont fait un nom dans  l’animation contemporaine, en France, Franck Dion, Monsieur Cok 2008, Edmond était un âne (2012), L’inventaire Fantôme 2014, etc, Christian Desmares,  directeur de l’animation sur le film iranien Persépolis  en 2007, ou Pierre-Luc Granjon (Petite escapade,La grosse Bête.2013),   Les 4 saisons de Léon entre 2007 et 2012 ou Simon Rouby, (Adama 2015). Raimund Krumme, Andréas Hykade sont parmi les représentants les plus importants de l’animation allemande avec Alex Staderman et Glen Fraser (Maya l’abeille)
Au Japon, les incontournables Hayao Miyazaki, Isao Takahata et Hiromasa Yonebayashi. Souvenirs de Marnie (2015).  
En Irlande,Tomm Moore, Le chant de la mer, (2014), au Brésil Alê Abreu, Step (2007), Le garçon et le monde ( 2014). Des réalisateurs d’envergure internationale ont réalisé de grands et beaux  films d’animation comme Raoul Garcia (Histoires extraordinaires d’après Alan Edgar Poe, 2015).

Appel aux responsables et aux parties concernés par le cinéma au Maroc

Au vu de l’importance accrue du cinéma d’animation et des ambitions légitimes du Maroc en matière de cinéma, tous les départements concernés devraient organiser des  rencontres de réflexion sur le décollage et le développement du secteur, aussi bien les départements officiels, les organismes professionnels, les chaînes de télévision que  les commissions spécialisées et les établissements de formation. Nous devons prendre en compte ces perspectives et ne pas rater le coche. La volonté de développer le  cinéma existe, les talents ne manquent pas. Le créneau pourrait offrir à nos artistes, nos producteurs et nos surdoués de l’infographie de belles occasions de se surpasser.
Il est vrai que les coûts de production d’un film d’animation de bonne facture demeurent  encore très élevés ; il est vrai aussi que la réalisation  d’un film par le tournage d’image par image est une tâche longue et autrement plus ardue que celle que requiert le tournage en prise de vues réelles,   mais il faut bien commencer si on veut apprendre.  On peut débuter  modestement et compter sur la faculté d’adaptation des professionnels. D’autant plus qu’il y a des perspectives de conquêtes de marchés surtout dans le secteur télévisuel.
Et puis ce serait une aventure exaltante que d’offrir aux Marocains un cinéma d’animation, à leur image, proche d’eux et  qui leur parle d’eux-mêmes, de leurs spécificités et de leur culture. Ce n’est qu’ainsi qu’on atteint  l’universel.

L’extraordinaire épopée du studio Ghibli ou le
renouveau du cinéma d’animation


Le japon a très tôt connu le cinéma d’animation. Dès 1915, Noburo Oguji acquit une renommée internationale avec des films de découpage taillés dans le Chiyo-gami, le papier traditionnel japonais. Le premier dessin animé parlant Forces, femmes et les chemins du monde  fut réalisé en 1932. Dans les années 1960 des bandes dessinées  ou mangas et des séries télévisées de dessins animés  ont suscité un engouement mondial, à l’instar des célèbres Astro Boy et Goldorak. Bien que faisant la part belle à l’imagination, surtout par le biais du fantastique, elles introduisaient un réalisme teinté d’une certaine dose de  « violence ». Le cinéma d’animation japonais a été aussi le  premier qui a essayé   dès les années 1970,  de toucher toutes les tranches d’âges et ne pas se cantonner dans les films pour enfants. Beaucoup de studios se sont mis à produire des films qui répondaient à cet objectif,  mais l’un d’eux va tellement y réussir qu’il va révolutionner le cinéma d’animation et ouvrir une nouvelle ère de son histoire.
Tout a commencé au studio Toei Dôga où travaillaient et se sont rencontrés les deux grands cinéastes du cinéma d’animation,  Hayao Miyazaki et IsaoTakahata. La carrière de Takahata débutera  par Horus, prince du soleil en 1968. Malgré son échec, dû aux aléas de la production, le film a prouvé que le dessin animé japonais pouvait se démarquer  des productions Disney et créer un univers d’adulte, avec une histoire complexe et  des émotions réelles. Les deux amis quitteront ce studio pour un autre, le Studio «A-Pro», puis vont au Zyuiyo Pictures où ils vont se lancer de 1974 à 1997,  dans le projet Œuvres classiques du monde entier, qui consiste à adapter, toujours en dessin animé mature,  une œuvre universelle par an et qui va leur permettre de voyager pour s’inspirer  des décors et de la vie quotidienne des personnages. Le style de Miyazaki va s’imposer dans une autre série à succès pour la télévision, Conan, le fils du futur, où l’on trouve déjà le thème miyazakien du conflit entre la nature et l’homme. Nausicaà de la vallée du vent produit, dans la douleur par Takahata et réalisé par Miyazaki obtient, en 1984, un succès inédit pour un film d’animation.
En 1984, les deux amis décident, pour être plus libres,  de créer leur propre studio qui sera dirigé par leur ami Toru Hara et qui portera le nom de Studio Ghibli. Le premier film sera Laputo, le château dans le ciel en 1986. Le succès  sera au rendez-vous et permettra, pari très risqué,  de réinvestir les gains dans Mon voisin Toroto de Miyazaki et Le tombeau des lucioles de Takahata qui sortirent en même temps, en 1988. Les deux films vont être reconnus comme des chefs-d’œuvre et obtiendront de nombreuses récompenses. Les succès vont se succéder et apporteront  la reconnaissance internationale.
Pompoko d’Isao Takahata représentera le japon aux Académy Awards et remportera le Premier prix au festival d’Annecy en 1994. Plus de 13 millions de personnes se déplaceront en 1997 pour voir La princesse Mononoké de Miyazaki.  Le voyage de Chihiro de Takahata fera 23 millions d’entrées et  sera récompensé de l’Ours d’or du Festival de Berlin  et  de l’Oscar du meilleur film d’animation en 2002. Les caractéristiques qui  ont fait cette réussite phénoménale sont d’abord le soin extrême  et le grand art apportés à leur confection. Ensuite, elles  apportent toujours un message au spectateur et sont  créées pour le faire réfléchir et rêver, sans oublier de le divertir. Les thèmes traités par Myazaki proviennent, en général, de l’imaginaire et de la féérie, et les films de Takahata à la fois  plaisants  et sérieux,  sont plus proches de la réalité.
Leurs  derniers opus Le Vent se lève de Miyazaki (2012), et Le conte de la princesse Kaguya de Takahata (2014) ciselés, profonds et émouvants sont  des  bijoux du genre, mais dont la réalisation a pris des années. Les deux maîtres ont beaucoup donné au cinéma d’animation universel, mais ils sont très âgés, Takahata est né en 1935 et Miyazaki en 1941.
La relève s’annonce difficile, mais des successeurs ont déjà fait leurs preuves: le propre fils de Miyazaki, Goro Miyazaki, (Les contes de terremer 2006), Kondo Yoshifumi (Si tu tends l’oreille 1995), HiromasaYonebayashi (Arietty, 2010)…
Leurs aînés ont montré que le cinéma d’animation n’est plus un simple divertissement pour enfant, mais l’expression artistique d’une vision du monde et  de l’homme. La leçon sera entendue.

Le FICAM de Meknès
haut (et unique) lieu du
cinéma d’animation
en Afrique et dans
le monde arabe


Heureux les Meknassis et  les participants au Festival international du film d’animation qui se tient depuis quinze ans dans la capitale ismaélienne. Cette belle manifestation, qui constitue la seule vitrine du cinéma d’animation mondial  dans l’aire arabo-africaine est organisée par l’Institut français de Meknès avec le soutien de la Fondation Aïcha. Elle  a réussi à satisfaire tous les publics, par la richesse, la diversité et la qualité de sa programmation: les cinéphiles, le public averti et les professionnels et  ceux qui aspirent à le devenir, ainsi que  le grand public et surtout les jeunes et les enfants dont elle fait le bonheur.
Grâce à ce rendez-vous exceptionnel, organisé par l’Institut français de Meknès public meknassi et marocain peut voir, chaque année, les productions les plus marquantes et les  derniers succès du cinéma d’animation international et même en avant-première, les œuvres attendues avec impatience sur les écrans des grandes capitales.
Ces  trois dernières années, les menus ont été particulièrement consistants. Composés par des connaisseurs au courant de l’actualité de l’animation, ils ont permis de voir  les meilleures  productions dans les cinq continents, dont beaucoup en 3D. Comme La reine des neiges,  Zootopie et  Boxtroll gros succès aux  USA, La légende de Sarila de Nancy Florence du Canada, le somptueux Histoires extraordinaires adapté d’Alan Edgar Poe par Raoul Garcia, les derniers Isao Takahata (Le conte de la princesse Kaguya, 2014) et Hiromasa Yonebayashi (Souvenirs de Marnie,2015), Sans oublier Astérix, le domaine des dieux  de A. Astier et L. Clichy. Le festival est  aussi une fenêtre sur  des cinématographies d’animation intéressantes mais peu connues  d’Afrique (Afrique du sud, Khumba d’Anthony Sylverston, Côte d’Ivoire, Soudiata Kéïta, le réveil du lion d’Abel Kouamé; Madagascar, les courts de Sitraka Randriamahay.), d’Amérique latine (Brésil, Le Garçon et le monde d’Alé Abreu,  Uruguay, Anina, d’Alfredo Soderguit),  et d’Asie (programme passionnant sur les productions rares et inimitables des studios d’art de Shanghai)…
L’édition de 2016, qui a eu lieu du 25 au 30 mars, a été particulièrement riche en excellents nouveaux films : Le petit prince de mark Osborne, César du meilleur film d’animation 2016, Tout en Haut du monde de René Chayé. Avril ou le monde truqué de   Franck Ekinci et Christian Desmares… Notre coup de cœur est allé à deux films exceptionnels projetés en exclusivité. D’abord Le prophète de Rogers  Allers, (coréalisateur du fameux Roi lion),  adapté de l’œuvre éponyme de Jabrane  Khalil Jabrane qui a réussi, tout en introduisant un personnage de petite fille, amie du « prophète » à laquelle les enfants et les jeunes peuvent s’identifier, à donner une résonnance forte et convaincante   au message humaniste et libertaire du grand écrivain et poète libanais. Ensuite Adama de Simon Rouby qui allie avec brio les techniques les plus modernes aux procédés traditionnels, l’originalité et la recherche formelle à la profondeur thématique et l’ aventure et à la réflexion profonde sur la culture  et la spiritualité africaine ainsi que sur  la solidarité entre les peuples à travers la participation des Africains à la guerre en Europe.
Les contenus de la manifestation ne  pouvant être résumés en un court article, signalons le «Focus» passionnant consacré au documentaire animé (rétrospectives Bastien Dubois, de France Madagascar, carnets de voyage, et Portraits de voyage, Anca Damian de Roumanie, La montagne magique et Jalal Maghout de Syrie) et l’hommage consacré au grand Eric Golberg, après ceux dédiés à IsaoTakahata et aux monuments Tex Avery et Mac Laren. Les autres moments forts de la rencontre ont été ceux animés par les grands artistes invités qui ont partagé leur expérience avec les participants et les jeunes. Ceux-ci ont bénéficié d’ateliers diversifiés pour s’initier à la fabrication du film d’animation ou parfaire leur formation, ainsi que le moment de l’annonce des prix (9, rue des Gauchoirs de Lyonel Charmette pour le court métrage international  et Phantom Boy de A. Gagnol et J-L Feliciolipour le long métrage décerné par un jury junior. La programmation, aussi riche soit-elle n’est pas la seule qualité requise pour faire un bon festival. Il faut une présence de professionnels et d’artistes de valeur et de haut calibre,  une bonne organisation gérée par des responsables compétents,  passionnés et avertis, un public intéressé et concerné qui remplisse et fasse vivre et vibrer les espaces d’activité, passé la cérémonie d’ouverture et avant celle de la clôture, une stratégie d’impact véritable sur l’environnement, entre autres conditions. Tout ceci est visible et palpable au FICAM  qui est, sans conteste, un des très rares festivals, qui se comptent  sur moins des cinq doigts de la main, répondant aux normes internationales d’un festival de cinéma digne de ce nom  et dont nous pouvons être fiers au Maroc.

Par Ahmed Fertat
Vendredi 3 Juin 2016

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