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Le chef de gouvernement répond aux questions des députés : Sous la Coupole, Abdelilah Benkirane fait du Benkirane




Le chef de gouvernement répond aux questions des députés : Sous la Coupole, Abdelilah Benkirane fait du Benkirane
«Un instant démocratique et historique». Pour les députés islamistes du PJD, les qualificatifs se bousculent ce lundi 14 mai. Le chef de gouvernement et leader du parti de la lampe est au Parlement pour répondre aux interpellations des groupes parlementaires de la majorité et de l’opposition.  Le PJD  inaugure une première dont il n’est en rien responsable. Cet événement a été rendu  possible  grâce à la Constitution et à son article 100 selon lequel le chef de gouvernement doit répondre aux questions des parlementaires au moins une fois par mois.  Résultat, Abdelilah Benkirane n’avait pas d’autre choix que de se soumettre à l’exercice démocratique. Sa déclaration prononcée   depuis la tribune - «c’est moi qui voulais m’adresser aux députés et à travers eux à la société»- a valeur de surenchère aussi vaine que dérisoire.
Ce lundi après-midi, dans une séance de grand oral présidée par l’Istiqlalien Karim Ghellab, les ministres sont là, presque au grand complet. Les députés sont présents en nombre. Et les tribunes réservées aux visiteurs sont bondées.   La canicule n’est plus seulement à l’extérieur. Elle a gagné l’Hémicycle, exactement là où le show Benkirane se joue à guichets fermés.
Après quatre mois et demi aux commandes du pouvoir, le chef de gouvernement a donc été interpellé sur sa politique générale. Les élus de la Nation veulent en savoir plus sur trois grands dossiers : l’agenda législatif de l’Exécutif, la lutte contre l’économie de rente et les réponses apportées à l’emploi, notamment celui des jeunes diplômés.  Un grand oral de près de deux heures où le spectacle, les sorties médiatiques et les déclarations de bonnes intentions devaient céder la place à une vision générale cohérente, une stratégie réfléchie, des chiffres précis.  A la tribune, Benkirane fait du Benkirane. Il abandonne très vite ses petites fiches cartonnées que ses services ont dûment préparées pour se lancer dans des tirades où l’arabe dialectal se mêle à l’arabe classique. Parfois  quelques expressions de langue française surgissent dans le discours du  premier responsable gouvernemental. L’homme est un tribun. A l’évidence, il préfère s’adresser aux foules -qu’il imagine toujours en liesse et lui témoignant la plus grande des confiances, dit-il- qu’aux députés. Ce lundi 14 mai, Abdelilah Benkirane a choisi de  traverser l’écran et quitter virtuellement  la Coupole. Il était dans les chaumières et les taxis, sans jamais donner le moindre chiffre, le moindre engagement pour améliorer les conditions de vie des Marocains.
 «Je ne peux pas régler en quatre mois tous les problèmes qui se sont accumulés en 50 ans», affirme d’entrée de jeu le chef de gouvernement pour signifier toute la difficulté de sa mission. Une sorte de dédouanement qui ne plaira pas du tout à l’Istiqlal, son allié de la majorité, et dont le leader Abbas El Fassi  est le Premier ministre sortant.
Benkirane a choisi la langue qu’il préfère : celle qui plaît dans les cafés de commerce et autres terrasses où se consomment les cafés cassés. «Les vieux démons sont toujours là, aux aguets. Ils ne veulent pas de la réforme». «J’ai appelé le Roi pour lui dire que la réputation de tel gouverneur n’est pas bonne». «Abderraouf, cet artiste qui me fait beaucoup rire, mérite un agrément car il n’a pas de quoi vivre, pas ceux qui en ont des dizaines». «Quand vous verrez mes ministres se remplir les poches et se faire construire des villas, vous pouvez alors me faire des reproches et me demander des comptes». Benkirane ne s’adresse pas aux faiseurs de lois mais au peuple. Ce même peuple qui, affirme-t-il, lui fait confiance et l’accoste tous les jours pour lui dire «que Dieu te vienne en aide contre eux».  Contre qui? Le chef de gouvernement ne répondra jamais clairement. Mais en creux et à fleurets mouchetés, ses flèches décochées sont allées en direction de l’entourage Royal.
A défaut de maîtriser les équilibres budgétaires, celui qui est à la tête de l’Exécutif sait distiller les  petites phrases. «Je n’ai pas été désigné pour faire un travail baclé. Le PJD a un mandat de 5 ans». «Les peuples n’ont plus peur. Ils veulent leur part». «Ces partis étranges n’ont pas à donner de leçon au PJD». «Si tout le monde est contre l’économie de rente et en faveur de l’application de la loi, il y a  un problème». Dans les travées pjdistes, les phrases font mouche. Les députés du PJD boivent du petit lait, applaudissent à tout rompre, rient aux éclats. Au premier rang, sur les sièges ministériels, certains sourires sont plutôt crispés… «C’est un instant certes démocratique que de vous voir répondre aux questions des députés. Mais malheureusement c’est un instant sans contenu», lance une députée du Rassemblement national des indépendants.  «Le temps électoral est passé», renchérit un élu du Parti authenticité et modernité
«Monsieur le chef de gouvernement, quel est l’agenda législatif ? Quand votre gouvernement va-t-il présenter ses projets de loi? Quel calendrier pour les lois organiques? Quelle date pour les élections?  Votre gouvernement a accusé beaucoup de retard. Est-ce un problème d’incapacité?». De guerre lasse, les députés de l’USFP ont fini par réaliser que leurs questions vont rester sans réponse.
«Publiez les listes, dites aux Marocains qui profite des richesses de ce pays, publiez les noms de ceux qui ont des fermes, des taxis, des autocars, des carrières de sable, des bateaux de pêche, des marchés dans les médias publics. Les Marocains veulent savoir», martèle un député islamiste du PJD, confondant allègrement délation et transparence.  Le débat  sur les «black list» continue de passionner les militants du parti de la lampe. «On n’a jamais combattu l’économie de rente en publiant des listes de noms», soupire Ahmed Zaïdi, le président du Groupe parlementaire socialiste à la Chambre basse.
Fortement attendu sur la question de l’emploi des diplômés chômeurs, le chef de gouvernement convoquera Dieu et le droit. Pas de violation des conditions  de recrutement dans la Fonction publique. Les diplômés chômeurs ayant signé un accord avec le gouvernement d’Abbas El fassi passeront par la case concours. «A moins qu’ils aient un jugement de tribunal m’autorisant un recrutement sans concours», déclare-t-il avant d’élever en direct  des prières pour que ces jeunes réussissent et trouvent du travail. Quelques députés laissent échapper des commentaires acerbes. «Pourquoi, vous ne priez pas Dieu, vous?», leur lance Abdelilah Benkirane confirmant que gouverner, c’est aussi prier…

Libé
Mercredi 16 Mai 2012

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