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Le chavisme condamné à se réinventer


80% des habitants jugeaient la situation mauvaise avant le scrutin



Son échec aux législatives sonne-t-il le glas du chavisme? Au Venezuela, le projet socialiste du défunt Hugo Chavez, qui vient de subir la plus lourde défaite électorale de son histoire, doit se réinventer, face au mécontentement populaire suscité par la crise économique.
Après 16 ans d'hégémonie, le Parti socialiste unifié du Venezuela (PSUV) a été dimanche la principale victime d'un vote-sanction, dans un pays où plus de 80% des habitants jugeaient la situation mauvaise avant le scrutin, selon l'institut de sondages Datanalisis.
L'arrivée au pouvoir d'Hugo Chavez en 1999 avait marqué l'avènement de la "révolution bolivarienne" ou "socialisme du 21e siècle". Cette ambitieuse politique de programmes sociaux devait faciliter l'accès des plus démunis à la santé, à l'éducation et au logement, sans oublier les nationalisations, avec en ligne de mire la défiance face aux Etats-Unis et une moindre dépendance vis-à-vis du pétrole, dont le pays a les plus importantes réserves au monde.
Ce dernier objectif n'a pas été rempli et, alors que le brut apporte aujourd'hui 96% des devises du Venezuela, la chute des cours a fait s'effondrer l'économie, suscitant une grogne populaire qui a profité à l'opposition.
Dimanche, la coalition de la Table de l'unité démocratique (MUD, centre-droit) a ainsi remporté environ 7,7 millions de voix, et une large majorité parlementaire, contre seulement 5,6 millions pour le PSUV du président Nicolas Maduro, qui a admis prendre ce résultat comme une "gifle".
Mais cet échec "n'implique pas la fin du chavisme, qui continue d'être un parti, une manière de voir la politique, avec énormément de force", assure Benigno Alarcon, directeur du Centre d'études politiques de l'université Andrés Bello de Caracas.
"Au-delà de la majorité qualifiée obtenue par l'opposition, il ne faut pas mépriser" le vote chaviste, qui reste important, prévient aussi Luis Vicente Leon, président de l'institut de sondages Datanalisis.
L'ampleur de la défaite signifie cependant que le chavisme ne pourra plus agir comme il le faisait jusqu'à présent, estime M. Alarcon. "C'est pourquoi la seule manière pour lui de survivre et de se reprendre, c'est de s'adapter à des règles de jeu démocratiques, au lieu d'une hégémonie qui n'est plus possible. Ce n'est plus une force hégémonique".
Pour Elsa Cardozo, docteure en sciences politiques de l'université Simon Bolivar, "la survie du chavisme doit être la priorité" du PSUV.
Et pour y parvenir, "cela dépend de sa transition vers un régime qui ne soit pas de parti unique et vers un système qui prévoie de manière sûre et certaine l'alternance" au pouvoir, ajoute-t-elle, mettant en garde contre "l'idée de garder le pouvoir à tout prix".
Mardi, M. Maduro, qui avait été élu en 2013 peu après la mort d'Hugo Chavez, a demandé à ses ministres de présenter leur démission afin de procéder à une "restructuration", une "profonde relance" du gouvernement. 
Appelant à un "sursaut", il a convoqué pour jeudi un congrès du PSUV, espérant qu'y soient faites "critiques et autocritiques constructives".
Un processus de réflexion nécessaire, selon l'analyste Nicmer Evans, membre d'un courant chaviste critique de M. Maduro, qui estime que, depuis l'élection de ce dernier, "on n'a pas permis au processus révolutionnaire de s'actualiser, de s'oxygéner".
Benigno Alarcon craint, lui, de fortes divisions au sein du PSUV, soulignant que, dans les moments de défaite, "les gens sont beaucoup plus disposés à faire bande à part".
Principal défi que doit relever le parti : affronter la crise économique et trouver des solutions à l'inflation galopante et aux graves pénuries affectant le quotidien des Vénézuéliens, dans un système marqué par le strict contrôle des prix et des devises.
De sa capacité à y faire face dépendra son avenir, notamment ses possibilités de victoire aux élections régionales de 2016 puis à la présidentielle de 2019.
Mais "si son héritage est celui d'un gouvernement absent, d'un effondrement économique, de pénuries et d'insécurité, alors il aura peu de perspectives de remonter la pente", prévient Elsa Cardozo.

Libé
Jeudi 10 Décembre 2015

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