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Le calvaire des femmes violentées continue...




Le calvaire des femmes violentées continue...
Est-ce une fatalité ?
 A SOS Annajda de Rabat, le Centre d’écoute et d’orientation juridique pour les femmes victimes de violence, tout le monde est mobilisé pour les mettre en confiance, les aider à surmonter leurs souffrances. Pour elles, c’est une sorte de revanche sur le sort, voire  une bouée de sauvetage. Perdues, traumatisées par le calvaire enduré, elles franchissent le seuil du centre le pas hésitant mais la volonté ferme. L’air de dire « stop, cela a trop duré! ». Dans cette salle d’attente, elles sont une dizaine à patienter. Rien ne semble les rapprocher ni l’âge, ni  le niveau social, encore moins le niveau culturel. Toutefois, elles fuient toutes un seul  ennemi qui les traque et fait de leur vie un enfer : la violence. Un mal-être au quotidien. Elles ont pour la plupart du mal à s’en débarrasser à cause de la  précarité  et de la marginalisation dont elles font l’objet.
«Après 43 ans de mariage, je me retrouve sans rien»
C’est le cas de hajja Fatna. Cette sexagénaire semble fragilisée et complètement dépassée par les événements. Son témoignage pourrait être celui de bon nombre de femmes qui ont subi ou subissent encore les affres de la violence. D’une voix nouée, elle peine à raconter son calvaire. «Après 43 ans de mariage, je me retrouve sans rien», témoigne-t-elle avant d’ajouter : «C’est inadmissible. Certes j’ai accepté que mon mari ait une seconde épouse mais je n’ai jamais imaginé en arriver là. Je me suis dit que puisque j’ai perdu mes deux enfants, je l’aiderai à élever les siens sous le même toit. Mais la situation a vite viré au drame. Quand ce n’est pas mon mari qui s’en prend à moi, c’est elle qui s’en charge ». Humiliée,  bafouée dans son orgueil, elle ne sait à quel saint se vouer.  «Sans ressources, puisque je ne travaille pas, je me résigne à mon sort. Parfois quand la coupe est pleine, je cours me réfugier auprès de ma famille. Mais c’est juste une solution provisoire. Je ne peux évidemment pas éterniser,  car au bout de quelques jours, mes proches commencent à montrer des signes d’impatience. Ce que je comprends parfaitement », ajoute-t-elle dans un sursaut de dignité. Divorcer ? C’est une alternative qui s’offre sauf que mon mari voudrait que je renonce à tous mes droits. Mais, il n’en est pas question, car je voudrais au moins  avoir  le gite et le couvert. Là maintenant, elle souhaite que l’association lui vienne en aide et lui montre le chemin à suivre.  
Sourde et muette, victime d’un viol
La monstruosité des hommes n’a-t-elle donc pas de limites ? Comme s’il ne lui suffisait pas d’être handicapée, le sort s’est acharné sur Zahra  en croisant sur son chemin une brute qui l’a violée sans la moindre pitié; un homme marié de surcroît.  Pourtant, elle était juste en train de garder son troupeau quelque part dans la région d’Ouarzazate. «Et pour couronner le tout, il s’en est suivi une grossesse», racontent des proches de la victime venus plaider sa cause. Une petite fille est née qui n’a évidemment pas été reconnue par le “père présumé”. L’affaire a été portée en justice. Ce qui pose un réel problème de paperasse.  En effet, le nouveau-né n’a pas d’existence juridique. Sa mère ne dispose ni d’acte de naissance ni de cahier d’état civil. Par ailleurs, l’agresseur nargue tout le monde en criant à qui veut l’entendre qu’il sera lavé de tout soupçon, indiquent encore les proches de la victime!
« Mon mari m’a détruite »
Autre affaire. Celle d’une jeune femme au bord  de la dépression. En pleurs, elle a du mal à  s’exprimer. 18 ans de mariage. Elle vit une véritable phobie. Et pour cause, elle est terrorisée par son mari à tel point qu’on a l’impression qu’il va faire irruption à tout moment  dans le centre. Violence physique, violence psychique, insultes abjectes devant ses enfants, il se permet tout. Elle parle même de viol conjugal puisqu’il l’oblige à avoir des relations sexuelles avec lui contre son gré. De par sa fonction d’officier haut gradé, il se sent protégé. Bon nombre de fois, elle a porté plainte auprès des services sociaux de la Gendarmerie Royale dont relève son mari, mais elle a toujours été déboutée, solidarité machiste oblige. Quand on lui demande pourquoi elle s’obstine à rester avec lui, elle répond qu’elle endure tout ce calvaire pour ses enfants. Elle appréhende d’en être séparée. « Mon mari a le bras long et c’est vraiment le pot de terre contre le pot de fer ». Mais la jeune femme a décidé néanmoins de prendre son courage à deux mains et de briser la loi du silence.
Que de vies brisées ! Mais si certaines voix se meurent dans le silence, celles des mouvements féministes continueront à porter haut l’étendard de la liberté.

N.M
Lundi 25 Novembre 2013

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