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Le bilan mitigé des agences de promotion des investissements privés en Afrique subsaharienne




Le bilan mitigé des agences de promotion des investissements privés en Afrique subsaharienne
Partout en Afrique, on a créé des agences pour la promotion des investissements privés. Des années après, une évaluation rigoureuse s’impose. Autrement dit, quel est l’état des lieux et quelles sont les orientations qui s’imposent ?
Cette analyse s’appuie sur les expériences de la Guinée, de la Côte d’Ivoire et du Cameroun où l’on se rend compte que la création des agences de promotion des investissements privés n’a pas été probante, mais s’appuie aussi sur des exemples alternatifs de la Sierra Leone et de la Tunisie pour illustrer des cas de réussite.
Il serait donc inexact de déclarer l’échec de ces agences dans l’ensemble de l’Afrique car, d’une part, les réalités sont différentes, et d’autre part, aucun apport n’est jamais de trop. Par exemple, le volet guichet unique de création d’entreprise fonctionne plutôt assez bien en Guinée ou en Côte d’Ivoire où il permet de faciliter les formalités administratives. La plus-value est d’accélérer les procédures de création d’entreprise et de supprimer les coûts liés à la lourdeur administrative. La Côte d’Ivoire est passée de 2775 à 5980 entreprises créées entre 2013 et 2014. Aussi, le délai officiel de création d’une société à responsabilité limitée (SARL) d’un capital inférieur ou égal à 10 millions francs CFA a été réduit à 24 heures et les frais ont chuté à 15000 FCFA (levée de l’obligation de passage chez le notaire, levée de l’obligation du capital minimum, réduction du taux des droits d’enregistrement d’immeubles de 7 à 6%). Aussi, ces agences s’occupent de l’animation du monde des affaires (forum, salon, foire, voyage, etc.) et travaillent à une meilleure visibilité du pays. C’est le cas de l’agence du Cameroun (API) dont la mission a été réduite principalement à la promotion de l’image du pays à l’étranger et à la création d’une « banque de données de projets existants ». Son bilan 2014 a été la participation à « la signature de 18 conventions entre le Gouvernement et les Investisseurs ».
Toutefois, ce travail administratif et d’animation n’est qu’une goutte d’eau dans l’océan des problèmes de l’investissement privé. Ces agences sont des « guichets uniques » et non des structures de « promotion des investissements» car, elles ne s’intéressent que très peu aux études de marché et de faisabilité qui faciliteraient l’accueil, l’orientation et l’encadrement des investisseurs. Par conséquent, on parle du nombre d’entreprises qui se créent en omettant de parler du nombre peut-être plus élevé d’entreprises qui ferment.
De nos jours, les agences étudiées ne sont pas la porte d’entrée des investisseurs privés en raison de leur manque d’informations à jour sur les opportunités d’affaires par secteur d’activité et par segment de marché. Ce faisant, elles sont absentes dans la formation de l’idée d’entreprise. Elles ont un problème de collecte, de traitement et de diffusion de l’information en raison de leur caractère centralisé qui les empêche d’être capables de fournir des informations pertinentes en temps opportun aux potentiels entrepreneurs. En Tunisie par exemple, la promotion des investissements privés a été subdivisée en secteurs industriel (API), agricole (APIA) ou extérieur («FIPA-Tunisia»), ce qui facilite la spécialisation du travail et la mise à jour des données. Au-delà du guichet unique en Guinée par exemple, il convient de lutter contre l’esprit bureaucratique des fonctionnaires qui sont plus motivés par le maintien ou l’augmentation de leur budget que par une descente sur le terrain dans le but de collecter, traiter et diffuser les données nécessaires à l’investissement. À côté en Sierra Leone (avant Ebola), un investisseur pouvait avoir, en franchissant la frontière du pays, des informations sur les secteurs porteurs, les terrains et bâtiments disponibles pour accueillir les bureaux, les outils de financement disponibles, etc.
Aussi, les agences étudiées ne sont pas des structures d’accompagnement de départ qui se fait entre autres à travers les pépinières d’entreprise et les pratiques d’essaimage. En Tunisie par exemple, si vous êtes porteur d’une idée d’entreprise, le Centre de Soutien à la Création d’Entreprises (CSCE) et/ou le Réseau National des Pépinières d’Entreprises vous assurent un accompagnement personnalisé, une formation adaptée, un coaching, un hébergement du projet, etc. Une pépinière d’entreprise serait donc ce centre ou technopole où transiteraient les jeunes promoteurs en quête d’autonomie. L’essaimage qui est une politique permettant aux grandes entreprises d’encourager l’autonomisation de leurs cadres est encore inexistant au moment où il faut travailler à mettre le pied des jeunes cadres à l’étrier et à encourager les grandes entreprises à diversifier leurs activités.
Par ailleurs, les agences étudiées manquent d’autonomie institutionnelle et dépendent du politique dans la promotion de l’investissement privé. Comme au Cameroun, leur rôle se limite à l’aide à la prise de décision dont le calendrier et l’orientation dépendent du politique. Par exemple, alors que l’essentiel des jeunes entrepreneurs butent sur la question du financement ou mieux d’obtention de leur premier crédit bancaire (manque de garantie), les agences les plus dynamiques se limitent à l’information sur le crédit bancaire et ne s’occupent ni de la création de simples fonds de soutien au financement même s’ils ont montré leurs limites, ni de la réforme des marchés bancaires et financiers qui permettrait de façon sereine de démocratiser le financement de l’investissement privé.
Enfin, elles ne sont pas un guichet unique du climat des affaires qui s’occuperait de la réglementation des affaires et de son application effective. Pis, elles sont absentes sur le terrain des incitations qui consisteraient par exemple à alléger le poids des taxes et impôts sur les jeunes promoteurs d’entreprise. Il est difficile de parler de la promotion des investissements privés alors qu’on ne traite pas des questions des droits de propriété, de la protection des investisseurs, du traitement de l'insolvabilité, de l’exécution des contrats, qui faciliteraient les affaires au sens de la Banque Mondiale (Doing Business). Elles n’ont que très peu d’influence sur la réforme du code des investissements, l’octroi des  franchises douanières ou la rédaction des cahiers des charges. Par conséquent, une réforme profonde de ces agences s’impose.
 

Par Louis-Marie Kakdeu PhD et MPA Articles publiés en collaboration avec Libre Afrique
Mardi 9 Juin 2015

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