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Le Yémen, terrain fertile pour Al Qaïda




Le Yémen, terrain fertile pour Al Qaïda
Le Yémen sert de refuge aux activistes d'Al Qaïda parmi les plus déterminés et les plus ingénieux du réseau islamiste et une guerre dans ce pays déjà instable leur offrirait une plus grande marge de manoeuvre pour lancer des attaques contre l'Occident. A la faveur d'un conflit ouvert entre le président Ali Abdallah Saleh et les tribus qui s'opposent à lui, Al Qaïda dans la péninsule arabique (Aqpa) pourrait ainsi remobiliser le réseau islamiste après la mort de son chef Oussama ben Laden. Certains experts estiment qu'Aqpa ne compte pas plus de 300 membres. Ces derniers n'ont rien à voir ni avec le mouvement essentiellement issu de la jeunesse qui exige depuis janvier dans la rue le départ d'Ali Abdallah Saleh, ni avec les combattants tribaux qui ont affronté cette semaine les forces gouvernementales à Sanaa, la capitale. Aqpa a pourtant une importance internationale puisqu'il regroupe des activistes audacieux, qui n'hésitent pas à mener des opérations à l'étranger, à concevoir et dissimuler des bombes perfectionnées, ni à diffuser une propagande apparemment efficace sur internet pour inciter d'autres extrémistes à commettre leurs propres attentats. Ce groupe mène toutes ces opérations à partir de caches situées dans des régions reculées des provinces de Chaboua, Abyan, Djouf et Marib et sa liberté d'action risque de grandir si les services de sécurité sont confrontés à des troubles politiques. "Quand on voit à quel point le gouvernement de Saleh se préoccupe d'abord de rester au pouvoir, Aqpa a bien plus d'espace pour agir en ce moment", souligne Gregory Johnsen, spécialiste du Yémen.
Pour un responsable britannique de l'antiterrorisme, certains aspects d'Aqpa sont "très inquiétants", notamment son ambition de frapper au-delà de son environnement immédiat et sa tentative de développer des réseaux en Afrique de l'Est et en Europe."Ils ont réussi à pénétrer le système aérien international, ils ont des experts en explosifs très compétents, et même, pensons-nous, plus compétents que ceux de la direction d'Al Qaïda", dit ce responsable britannique de l'antiterrorisme. Selon lui, Aqpa évolue "dans un Etat à la dérive et dont l'appareil de sécurité (...) se préoccupe d'autres questions, c'est-à-dire la survie du régime, ce qui fait que certaines régions du Yémen sont encore moins gouvernées qu'elles ne l'étaient il y a un an". Un effondrement total de l'Etat aggraverait une quantité de problèmes bien plus graves pour les Yéménites que la présence d'Aqpa sur leur sol, notamment la corruption, l'insécurité, le chômage et les difficultés d'approvisionnement en eau. Mais Aqpa est la principale préoccupation des pays occidentaux en matière de sécurité. Ali Abdallah Saleh a récemment déclaré à Reuters qu'Al Qaïda avait intensifié ses attaques ces derniers mois mais que la coopération avec Washington en matière de lutte contre le terrorisme restait bonne. Ses détracteurs jugent cependant que sa gestion du pays est à l'origine d'un certain nombre de problèmes, dont l'extrémisme islamiste, à tel point que son départ constituerait en soi une victoire pour la lutte antiterroriste. "Son maintien au pouvoir ne fera que nourrir les causes sous-jacentes du développement d'Al Qaïda au Yémen - l'absence de perspectives, la corruption, les atteintes aux libertés et aux droits et le meurtre de citoyens yéménites au nom de la lutte contre Aqpa", prédit Nadwa Al-Dawsari, responsable de Partners Yemen, organisme de règlement des conflits collaborant avec les communautés tribales.
"S'il reste, les jeunes qui manifestent aujourd'hui deviendront tellement frustrés qu'ils pourraient tenter de rejoindre Aqpa ou d'autres groupes actifs dans des trafics, dans la criminalité, dans le trafic de drogue et d'autres maux de la société", a-t-elle dit à Reuters. Cette opinion est largement répandue. Certains observateurs mettent toutefois en garde sur le fait que, en cas de départ de Saleh, son éventuel successeur serait soumis exactement à la même pression de la part des pays occidentaux en ce qui concerne la lutte contre Al Qaïda. Il n'est pas dit que de nouveaux dirigeants modifieraient en profondeur la politique actuellement suivie dans ce domaine par le gouvernement de Saleh. Pour beaucoup, il vaut pourtant mieux améliorer le fonctionnement des services de sécurité et de l'appareil judiciaire plutôt que de poursuivre les frappes aériennes menées de manière sporadique par l'armée américaine avec le feu vert, au moins implicite, du gouvernement."Les missiles ne fournissent pas une solution magique au problème posé par Aqpa au Yémen", soutient Gregory Johnsen."Si les Etats-Unis continuent à mettre en oeuvre des stratégies conçues uniquement pour tuer les chefs d'Aqpa sans coupler cela avec une approche politique et en terme de développement bien plus agressive, alors ils continueront à récolter des gains à court terme au détriment d'une stabilité à long terme", dit cet expert.  Dans un pays où l'autorité de l'Etat se limite généralement aux grandes villes et aux grands axes routiers, où les tribus contrôlent les montagnes, les vallées et les déserts, la lutte antiterroriste est une oeuvre de longue haleine.
Barbara Bodine, qui y fut ambassadrice des Etats-Unis de 1997 à 2001, a déclaré à Reuters: "(Les drones) font assurément bien plus de mal que de bien. Même si c'est pénible, il s'agit davantage de former et de soutenir les capacités locales plutôt que d'agir nous-mêmes". Il est difficile de connaître exactement l'implantation d'Aqpa. Un dignitaire de cette organisation a affirmé en avril qu'elle se développait dans la province de Marib et qu'elle contrôlait celle de Chaboua. Fernando Carvajal nuance cette affirmation. Pour ce spécialiste du Yémen à l'université britannique d'Exeter, les dignitaires religieux de Marib n'hésiteraient pas à chasser les membres d'Al Qaïda de leurs secteurs si ces derniers devenaient "source de gêne" pour les relations entre les communautés.

Reuters
Lundi 30 Mai 2011

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