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Le Roi annule la grâce du pédophile espagnol

Les dommages collatéraux du «Danielgate»




Le Roi annule la grâce du pédophile espagnol
Quelques minutes seulement après la rupture du jeûne, l’information a fait le buzz sur les réseaux sociaux. Le retrait de la grâce accordée au pédophile espagnol, Daniel Galvan, qui avait été condamné à 30 ans de prison pour le viol de 11 enfants a été décidé, dimanche 4 août par le Roi Mohammed VI.
Un retrait exceptionnel, explique un communiqué du Cabinet Royal qui a été décidé par le Souverain « en considération des défaillances qui ont marqué la procédure, de la gravité des crimes commis et du respect du droit des victimes ».
La nouvelle tourne en boucle. Toute la nuit, sites d’information, télévisions étrangères, médias internationaux reprennent l’information de la grâce retirée au délinquant sexuel espagnol qui avait été condamné en 2011 par la Cour d’appel de Kénitra.
Depuis vendredi, la rue marocaine gronde et exprime colère et indignation. Des manifestations ont été organisées dans plusieurs villes du pays pour réclamer l’annulation de la grâce de Daniel Galvan. A Rabat, ce même vendredi, les manifestants ont bravé la répression aveugle et les coups de matraque des forces de l’ordre pour crier leur désarroi et appeler à l’indépendance de la justice. « Le Roi nous a entendus. Avec l’annulation de cette grâce qui a fait tellement de dégâts, il a aussi donné raison à notre colère et à notre indignation. Nous ne sommes plus soudain des agitateurs, des ennemis de la patrie, des illuminés qui veulent ternir l’image du Maroc. C’est grâce à la mobilisation de la société civile, ou plutôt à une partie d’entre elle, et  à travers les réseaux sociaux, que cela a été rendu possible », jubile cette activiste qui a défié, à Rabat, les gourdins des CMI.  Sur la Toile, cyberactivistes et simples citoyens connectés ne boudent pas leur joie. Ils en profitent aussi pour régler leurs comptes.  « Où sont celles et ceux qui nous ont accusé  de vouloir déstabiliser le pays ?» s’interroge cette activiste amazigh. « Vive la société civile marocaine ! », s’exclame-t-elle.
La charge émotive de ce dossier, devenu affaire d’Etat, a été mesurée à sa juste mesure par le chef de l’Etat. La réaction du Palais Royal s’est faite en deux temps. D’abord dans la soirée de samedi, avec un premier communiqué où le Cabinet Royal annonçait que le Roi n’avait pas connaissance de la gravité des crimes de Daniel Galvan et qu’une enquête allait être diligentée pour déterminer les responsabilités. Moins de 24 heures plus tard, un deuxième communiqué informe l’opinion publique de l’annulation de la grâce.Le retrait d’une grâce est très probablement une première mondiale. C’est aussi le prix à payer pour désamorcer une crise majeure. « C'est une première. Ça ne s'est jamais vu pour la simple raison que ça n'a jamais été contesté. Mais il y a des dommages collatéraux. D'abord sur la manière dont les manifestations pacifiques ont été traitées : avec une violence inouïe qui porte atteinte à l'image du Maroc et à tout ce que le pays a essayé de faire pour éviter les retombées négatives des printemps arabes. On se retrouve aujourd'hui avec les mêmes réflexes sécuritaires qui vont radicaliser davantage les opposants. Ensuite, cette affaire montre la manière non professionnelle avec laquelle a réagi le gouvernement. Il y a eu des déclarations abracadabrantesques, contradictoires, qui ont ridiculisé le gouvernement auprès de l'opinion publique», explique le journaliste marocain installé en France Mustafa Tossa dans une interview accordée au Nouvel Observateur.
Que va-t-il se passer maintenant que le Roi a révélé à l’opinion publique marocaine qu’il n’avait pas été informé de l’atrocité des crimes commis par le pédophile qui voit sa grâce annulée? Des instructions ont été données au ministre de la Justice pour qu’il examine avec son pair espagnol «les suites à donner au retrait de cette grâce». Tout reste à inventer en la matière car nous sommes bien ici en terrain inconnu. «C’est une jurisprudence qui reste à élaborer», prévient ce juriste, incapable de répondre à la question de savoir si Daniel Galvan va retourner à la case prison ici ou en Espagne.
Les dommages collatéraux provoqués par ce qui est désormais appelé le « Danielgate » par la presse marocaine posent eux aussi problème. Les contradictions d’un système, les défaillances dans la chaîne de décision,  l’incapacité d’un gouvernement  à assumer une décision et son silence coupable  ont été révélés au grand jour. L’affaire du pédophile libéré met particulièrement en difficulté le ministre de la Justice, Mostafa Ramid qui s’est empressé, par voie de communiqué, de se disculper, renvoyant la responsabilité de la grâce au Roi.
Cet épisode pèsera lourd sur l’avenir du gouvernement Benkirane, déjà en proie à une crise. De même, le jeu politique et  les relations avec le Palais se compliqueront davantage. Le déficit de confiance est parti pour s’installer durablement.
Reste enfin les médias publics et leur scandaleuse attitude depuis que le scandale de la grâce du pédophile espagnol a éclaté. Aussi bien les télévisions publiques que l’agence de presse officielle, MAP, ont préféré détourner le regard de l’indignation des Marocains.  Il a fallu attendre un communiqué du Cabinet Royal pour que les médias publics parlent enfin de cette affaire qui a provoqué un séisme chez les citoyens marocains. «Qui ose encore croire à un service public audiovisuel au service des citoyens et de la démocratie?»,s’interroge ce journaliste télé.

Narjis Rerhaye
Mardi 6 Août 2013

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