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“Le Printemps arabe” et la nécessaire rénovation du partenariat euro-méditeranéen




“Le Printemps arabe” et la nécessaire rénovation du partenariat euro-méditeranéen
Deux idées comme point de départ :  les changements en cours, qui concernent de nombreux pays dans le monde arabe dans le sens de la démocratisation de leurs systèmes politiques, constituent un facteur favorable pour relancer le partenariat euro-méditerranéen à travers ses deux approches : l’approche définie à Barcelone en 1995 et l’approche de l’Union pour la Méditerranée, toujours en genèse. Il s’agit là d’une bonne opportunité à la fois pour l’Europe et pour le Sud de la Méditerranée.
La révolution nécessaire du partenariat euro-méditeranéen est un élément de soutien aux transitions démocratiques au Sud de la Méditerranée. L’Europe est interpellée pour accompagner ces changements progressifs. Elle ne peut le faire que si elle se réconcilie avec la Méditerranée. Ce qui est, du reste, dans son intérêt, si l’on tient compte de toutes les conséquences de la crise économique et financière qui ont révélé ses fragilités structurelles.
Depuis des décennies déjà, l’Europe dans son évolution s’est détournée de la Méditerranée alors qu’elle en fait structurellement partie. Elle a refusé de tenir compte de l’élément de proximité. Sur le plan économique, elle a associé la Méditerranée et le Moyen-Orient à un simple espace d’hydrocarbure. Sur le plan politique, elle a favorisé, dans ses relations avec la Méditerranée, l’approche de la stabilité au détriment de celle de la démocratie.
Aujourd’hui, elle est interpellée pour créer des mécanismes politiques et financiers afin de sécuriser les transitions démocratiques dans les pays sud-méditerranéens.
Le bilan du partenariat euro-méditerranéen est, à ce jour, plutôt décevant. Tout au long de son évolution, depuis la fin des années soixante, un grand hiatus s’est instauré entre le discours et les réalisations. Il y a eu la période des associations commerciales conclues entre la CEE,  le Maroc, la Tunisie, … et la Turquie (1969). Puis il y a eu la phase dite des accords de coopération mise en place dans les années  soixante-dix, au lendemain du premier choc pétrolier (politique méditerranéenne globale), et réadaptés à la suite de l’élargissement communautaires à la Grèce, l’Espagne et le Portugal (1986). Il y a eu enfin le grand rendez-vous de Barcelone (1995) qui, avec une certaine ambition, a conçu le partenariat euro-méditerranéen dans ses trois dimensions, économique, politique et humaine. Après son élargissement aux PECO, Bruxelles a mis en place des instruments de voisinage qui ont concerné aussi bien la Méditerranée que d’autres espaces européens. A chaque étape de ce processus, le bilan a toujours été plutôt ambigu.
Les causes de ce peu de dynamisme, pour ne pas dire de cette inerte, sont multiples, liées :
Aux effets de la politique agricole commune qui ont toujours constitué une gêne pour les exportations agricoles sud-méditerranéennes vers les marchés européens ;
Aux conséquences de l’élargissement communautaire – pourtant légitime – aux PECO puisqu’elles ont orienté l’essentiel des transferts financiers européens publics et privés vers l’Europe centrale et orientale au détriment de l’effort accordé à l’espace méditerranéen.
A la faiblesse relative du dynamisme des économies européennes depuis le début du siècle : elles ont freiné le rythme de progression de la demande du marché européen aux économies méditerranéennes associées.
D’autres causes, relevant, elles, pour l’essentiel, des responsabilités des pays du Sud, ont contribué à limiter le bilan du partenariat euro-méditerranéen. Il est important de les souligner aujourd’hui, au moment où le réveil du monde arabe ouvre  des perspectives de transition démocratique. Il s’agit notamment :
Des effets néfastes de la gouvernance politique qui a prédominé au Sud avec des systèmes politiques d’oppression, de parti unique, ce qui a interdit à beaucoup de pays de s’ouvrir sur les valeurs de la démocratie, du pluralisme et des réformes.
- De la nature rentière des économies sud-méditerranéenne, avec la prédominance des hydrocarbures, de politiques économiques souvent non transparentes et favorisant les pratiques de corruption.
- De l’absence de la coopération Sud-Sud qui a été un obstacle à l’élargissement des marchés domestiques, l’amélioration de l’attractivité des économies sud-méditerranéennes pour l’investissement et à la diversification de leur tissu productif.
Enfin, les tensions du Moyen-Orient ont beaucoup contribué à l’échec du partenariat euro-méditerranéen. La responsabilité est ici patagée, notamment pour la question palestinienne : elle est arabe, européenne, mais surtout israélienne et américaine.
Constatons donc, à la veille du déclenchement de ce Printemps arabe, que le manque de dynamisme du partenariat euro-méditerranéen s’est traduit par une véritable inertie de l’ensemble de la Méditerranée dans ses deux composantes Nord et Sud face au dynamisme et à l’émergence d’autres pôles régionaux tels les pôles américain et surtout asiatique.
La crise économique et financière de 2008-2009 et ses conséquences en matière de gouvernance économique mondiale ont révélé la fragilité de l’ensemble méditerranéen.
Le Printemps arabe peut offrir une bonne opportunité au partenariat euro-méditerranéen  dans une perspective de renouveau et de progrès.
Bien sûr, à court terme, ce sont les contraintes qui ont accompagné le processus de révolution et de contestation ici ou là qui prédominent : baisse du rythme de l’activité économique (notamment du tourisme), développement de flux migratoires non maîtrisés de Tunisiens, Egyptiens et Libyens vers l’Europe, sauve-qui-peut d’une Libye en guerre à la fois d’immigrants et de nationaux en direction des pays voisins.
A moyen terme,  le succès espéré d’une transition démocratique au sud devrait engendrer une nouvelle donne positive : des conditions politiques pouvant  produire un nouveau pacte de part et d’autre de la Méditerranée autour des mêmes valeurs, celles des droits humains et de la démocratie. Le respect de ces valeurs devrait même devenir un élément de conditionnalité pour permettre à tout pays d’y adhérer.
C’est l’image du monde arabe, et notamment de l’espace sud-méditerranéen, qui est en train de changer. Les démocraties récentes vont se substituer progressivement aux systèmes hégémoniques, voire despotiques. Des sociétés jeunes, ouvertes sur la modernité, interpelleront les Européens pour dépasser leur islamophobie et leur perception négative qui associent le monde arabe à la stagnation, au passéisme et au radicalisme terroriste.
L’économie verte et donc la mobilisation des grandes potentialités du sud en matière d’énergie éolienne et surtout solaire.
Bien sûr, un projet de co-développement novateur implique la mobilisation d’un mouvement de transfert de technologies et de capitaux par l’intermédiaire des instruments de voisinage, de la BEI et même d’une banque  méditerranéenne à créer. Il s’agit aussi de réfléchir à une utilisation optimale des potentialités financières des pays arabes excédentaires en faveur de l’ensemble méditerranéen dans le cadre d’un processus triangulaire associant l’Europe, les pays du Sud excédentaires et les pays du Sud déficitaires.
La réalisation de ce projet de co-développement solidaire sur le plan économique et fondé en même temps sur l’adhésion de la Méditerranée aux valeurs démocratiques contribuera à gérer, dans une perspective partenariale, toutes les questions relatives aux rapports humains entre les sociétés du Nord et du Sud, et notamment :
-La question des migrations dans le sens du dépassement de l’approche sécuritaire stérile et en faveur d’une approche partenariale qui respecte la dignité des immigrés, intègre une logique d’interdépendance, de complémentarité et accorde de l’intérêt à la formation.
-L’impact des contacts entre les cultures et les identités : là aussi, les forces de progrès doivent œuvrer pour réfuter les antagonismes entre les cultures et favoriser le rapprochement entre leurs apports sur la base des valeurs de la tolérance et de l’acceptation de l’Autre. Cela ne peut que favoriser la valeur ajoutée de tous les apports humains qui traversent l’aire méditerranéenne, l’enrichissement de l’ensemble des sociétés méditerranéennes par l’approfondissement des options démocratiques et modernistes.
L’élargissement de l’espace de la démocratie au Sud de la Méditerranée favorisera sûrement l’émergence des conditions de réalisation d’une paix juste et durable au Moyen-Orient dans le sens du recouvrement du peuple palestinien de ses droits légitimes. Résoudre cette question vitale contribuera à consolider le cheminement du monde arabe vers la démocratie et créera les conditions de stabilité dans l’aire méditerranéenne. Sans paix, il n’y aura ni progrès économique, ni démocratie, ni tolérance pour l’ensemble méditerranéen.
Ainsi, les forces de progrès dans la Méditerranée sont aujourd’hui interpellées pour soutenir réellement le processus de réveil démocratique dans le monde arabe, y accompagner les transitions démocratiques et participer à la rénovation du partenariat euro-méditerranéen qui permettra à la Méditerranée dans son ensemble de négocier la sortie de la crise économique et financière mondiale et de renforcer sa position dans un monde devenu multipolaire.

* Maire de Rabat
Ancien ministre de l’Economie
et des Finances

par Fathallah Oualalou *
Mardi 28 Juin 2011

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