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Le Printemps arabe déçoit les féministes marocaines

Une étude de Care internationale dresse le bilan




Le Printemps arabe déçoit  les féministes marocaines
Quel est l’impact du Printemps arabe sur la participation des femmes dans les sphères publique et politique au Maroc? La réponse des féministes est sans équivoque : «Il ne semble pas que les mutations attendues se réalisent. Bien au contraire, la situation stagne voire recule particulièrement avec les orientations idéologiques du nouveau gouvernement».
Selon une étude menée conjointement par l’Ong CARE internationale et Houria Alami Mchichi, professeur et politologue marocaine, intitulée «Les effets du printemps arabe sur la participation des femmes dans les sphères publique et politique au Maroc», présentée le 17 du mois courant à Rabat, les féministes sont unanimes  à considérer que l’ensemble des réalisations relatives à la question de participation restent pour l’instant formelles et que rien n’a changé au niveau des pratiques. Ils en veulent pour preuve,  l’existence d’une seule femme au gouvernement alors qu’elles étaient cinq auparavant et le retard enregistré dans la mise en place de l’Autorité pour la parité et la lutte contre toutes les formes de discrimination prévue par la Constitution. Pour elles, le Mouvement du 20 février, qui a dominé la scène du printemps démocratique, n’a pas du tout intégré la question de l’égalité des sexes dans ses préoccupations.
Les militants des  droits de  la femme ont constaté qu’aussi bien sur les sites électroniques que lors des manifestations, la revendication de l’égalité des genres a été absente et qu’aucune référence particulière au faible niveau éducatif des femmes, aux problèmes particuliers qu’elles rencontrent dans le domaine de la santé, aux discriminations subies dans l’emploi n’a été réellement prise en considération dans les discours et les slogans. Les féministes ont également observé que les déclarations des femmes du Mouvement du 20 février n’ont pas dépassé le stade de discours circonstanciel. Pour elles, toutes les femmes qui ont participé aux manifestations ne l’ont pas fait en tant que féministes mais en tant que simples citoyennes mobilisées d’abord sur la base des revendications pour la démocratie et le respect de la dignité. Ainsi, l’ensemble des personnes interrogées reconnaissent qu’il s’agit là d’une conception large qui accorde peu d’attention aux particularités et n’établit aucune connexion effective avec le genre. Des défaillances déplorées et critiquées par les féministes marocaines qui qualifient cette posture de recul historique par rapport au mouvement social féminin qui est profondément inscrit dans la lutte pour la démocratie, et qui a donné la preuve de sa combativité et de son dynamisme.
D’autant plus que si ces femmes ont bien participé aux manifestations, elles n’ont pas suffisamment participé à la prise de décision au sein du mouvement.
Ces déficits sont attribués, selon les militants des droits de la femme, aux caractéristiques du Mouvement du 20 février animé par des jeunes qui n’ont pas d’expérience politique et ont une approche plus généraliste des luttes sociales et usent d’autres outils de mobilisation fondés sur l’usage des réseaux sociaux numériques. Selon Houria Alami Mchichi, cette situation dénote indéniablement une incompréhension entre les générations. Le mouvement des femmes qui était à l’avant-garde de la lutte démocratique, pouvait se sentir dans une posture difficile d’identification de ces nouveaux acteurs sociaux et du sens de leurs revendications en même temps qu’il pourrait y avoir la crainte de perdre des alliances qui avaient fait avancer la cause.
Qu’en est-il donc de l’avenir?  L’étude en question a révélé des sentiments contradictoires oscillant entre l’inquiétude quant à l’avenir et la confiance en leurs évolutions. Ainsi, les personnes interrogées, jeunes et moins jeunes, expriment des inquiétudes au sujet des luttes à mener dans un contexte conservateur qu’on qualifierait de durable. En effet, elles estiment qu’une nouvelle ère difficile se met en place qui positionne les associations féministes dans l’opposition. D’autant plus qu’elles jugent qu’aucune possibilité de travail en commun avec les associations islamistes ne semble envisageable du fait de divergences profondes au sujet du contenu de l’égalité.
Cependant, et malgré ces appréhensions, la majorité des femmes interrogées, se disent confiantes en l’avenir : les premières, parce qu’elles pensent qu’elles doivent aller jusqu’au bout de leur projet qui comporte la question de l’égalité, les secondes parce qu’elles se réfèrent en cela à des faits concrets de l’engagement de l’État.
Pour les féministes, l’amélioration quantitative de la représentativité des femmes est incontournable parce que le Maroc devra respecter ses engagements internationaux et notamment ceux qui sont liés à la réalisation des Objectifs du millénaire qui préconisent un quota de 30% dans toutes les instances politiques, administratives tant au niveau de l’élection que de la prise de décision. Elles estiment également que les femmes non plus ne pourraient pas accepter de renoncer à leurs acquis.
Le mouvement féminin reste donc actif et le printemps de la démocratie et de l’égalité est, après une éclipse, de nouveau à l’œuvre.

Hassan Bentaleb
Samedi 20 Avril 2013

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