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Le Printemps arabe a besoin de réformes économiques




Le Printemps arabe a besoin de réformes économiques
Pour la grande majorité des Égyptiens, la révolution qui a renversé Hosni Moubarak a été alimentée tant par la pauvreté et le manque d’opportunités économiques que la colère après un gouvernement autoritaire ne rendant pas de comptes. Malheureusement, le gouvernement élu avec le président Mohamed Morsi à sa tête a omis de s’attaquer à la question des dépenses inutiles, de trop de réglementations et d’un État omniprésent accaparant à sa guise les possessions. Dans les mois qui ont précédé le récent coup d’État militaire, le pays a connu ses taux de croissance les plus bas en deux décennies, une hausse du chômage et un déficit budgétaire en pleine explosion.
Curieusement, chez les politiciens et les experts du Moyen-Orient, les questions économiques semblent être reléguées au second plan, éclipsées par les inquiétudes quant à l’avenir politique de la région. Au Caire et à Washington, l’attention est essentiellement consacrée aux luttes obscures de puissance, de loyauté et d’idéologies qui animent la vie politique arabe. Sans doute est-il temps d’accepter que des années seront nécessaires avant que des institutions démocratiques classiques, de style occidental, émergent dans les pays arabes. D’ici là, toutefois, les réformes économiques radicales pourraient grandement améliorer la vie des arabes ordinaires, et jeter les bases de la stabilité politique.
Après l’Afrique sub-saharienne, le Moyen-Orient est la région qui croît le plus rapidement dans le monde. Bien que les taux de fécondité déclinent, le nombre de jeunes entrant sur le marché du travail dans les pays arabes augmente rapidement et va continuer à augmenter pendant au moins une décennie. Si ces jeunes ne sont pas en mesure de trouver un emploi, démarrer une entreprise et subvenir aux besoins de leurs familles, le Moyen-Orient devra se préparer à une longue période de troubles sociaux.
Le chômage des jeunes dans toute la région dépasse toujours les 20 pour cent ; et beaucoup de jeunes sont en fait en dehors de la population active, non comptabilisés par les statistiques du chômage. Dans la région, contrairement aux idées reçues, l’éducation souvent n’a fait qu’aggraver le problème. Au Maroc, par exemple, ceux qui ont le plus haut niveau d’éducation font face à un taux de chômage de 19,4 pour cent, contre seulement 4 pour cent pour les personnes sans diplômes.
L’absence de liberté économique est le facteur le plus important limitant la création d’emplois et la croissance économique dans la région. Selon la Banque mondiale, pour déposer une demande d’achat immobilier en Algérie il faut dix procédures, 63 jours et le coût représente 7,1 pour cent de la valeur de la propriété. Il faut 29 paiements et 451 heures pour préparer, déclarer et payer l’impôt sur les sociétés en Algérie, un pays qui impose un taux effectif moyen de 72 pour cent sur les bénéfices des sociétés. En Egypte, la situation est meilleure, mais pas de beaucoup : les entrepreneurs doivent payer au final 42,6 pour cent du total de leurs bénéfices à l’État, après avoir effectué 29 paiements d’impôts chaque année et passé 392 heures en préparation, déclaration et paiement.
Au cours des deux dernières années, malgré les révolutions politiques de la région, les États arabes ont peu fait pour libérer leurs citoyens sur le plan économique. La situation a même été aggravée dans certains endroits par de nouvelles demandes populistes qui ont alimenté la croissance insoutenable des dépenses (en subventions et des emplois publics). En conséquence, le déficit budgétaire de l’Egypte, par exemple, se situe pour 2013 actuellement à 15 pour cent du PIB et sa dette publique est bien au-dessus de 80 pour cent du PIB.
Les problèmes budgétaires de l’Egypte sont largement influencés par le coût des subventions vers divers biens de consommation, allant du pain et du thé à l’essence, au diesel, ou au gaz liquéfié utilisé pour la cuisson. Un tiers du budget de l’Etat est consacré à des subventions qui profitent de manière disproportionnée aux grandes entreprises et aux couches les plus aisées de la population qui ont tendance à acheter davantage des produits subventionnés. Les subventions de l’Etat pour les produits que l’Égypte doit importer permettent d’expliquer la fuite rapide des réserves de change du pays (se situant actuellement à 14,9 milliards de dollars, soit moins de la moitié de leur niveau de Janvier 2011).
Le Moyen-Orient a atteint un point où les réformes économiques deviennent inévitables. Indépendamment de l’idéologie politique, les gouvernements de la région ont besoin de réformateurs audacieux qui peuvent freiner les dépenses publiques, ouvrir leurs économies à la concurrence et supprimer les obstacles les plus importants à l’activité économique. Dans certains cas, tels que l’Egypte, cela signifie un retour pur et simple à la libéralisation économique et la privatisation qui avait été pratiquée progressivement dans les années qui ont précédé le printemps arabe et ont malheureusement stoppé dans son sillage.
L’architecte paysagiste britannique 18ème siècle Lancelot Brown était célèbre pour ses conceptions de jardins autour des maisons de la campagne anglaise. Au lieu de dessiner un chemin direct vers la maison, ses créations faisaient prendre aux visiteurs de longs chemins sinueux à travers les jardins avant d’arriver à destination (une manière qu’il considérait supérieure à d’autres formes d’aménagement paysager). De même, déplacer l’accent mis sur la création d’institutions démocratiques aujourd’hui vers la création d’un espace pour les opportunités économiques ne signifie pas renoncer à la gouvernance démocratique dans le monde arabe. Cela signifie simplement reconnaitre que, afin de devenir des démocraties stables, les pays arabes devront prendre un chemin détourné : celui qui consiste à étendre la liberté économique et la prospérité à tous.

Par Dalibor Rohac Analyste au Cato Institute
Samedi 3 Août 2013

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