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Le Neffar, un métier en voie de disparition




Le Neffar, un métier en voie de disparition
Le "réveilleur" des bonnes gens pour le S'hour, dernier repas avant le jeûne, ne fait plus partie de l'ambiance de ce mois d'abstinence et ne passe plus jamais dans la quasi-totalité des quartiers de Casablanca, reléguant aux oubliettes ce petit métier ramadanesque.
Le Neffar assurait, chaque nuit avant l'aurore pratiquement en une sorte de chorégraphie réglée, deux passages à intervalle régulier de près d'une heure pour réveiller, en premier, les femmes, chargées de préparer le repas, et puis, au dernier, pour réanimer les ensommeillés "paresseux" pour "se remplir" la panse afin d'être d'attaque pour la journée de jeûne.
Hajja Hnia, qui s'endort difficilement à cause du brouhaha des jeunes jouant au football à la fraîcheur de la nuit, regrette la disparition, depuis près d'une décennie déjà, de l'infatigable "Ba Boujemaa" qui, des années durant, faisait le tour du quartier soufflant dans son cor, qui se démonte en trois morceaux, pour réveiller les dormeurs au sommeil profond. 
Dans ses "pérégrinations" nocturnes, ce "tireur" de l'engourdissement était souvent "arrosé" par des mères de famille le ravitaillant en batbout farci ou de semouline et autres mélouis.
Hajja préparait, plutôt avant d'aller se coucher, la pâte qu'elle laissa lever avant son réveil en entendant Ba Boujemaa exercer ses dons de souffleur, se remémore-t-elle. Elle veillait, en tant que gardienne de la tradition, à cuire les batbouts dans un farrah (poêle en terre cuite) car "ils sont plus délicieux que ceux cuits dans une poêle en métal" tout comme elle met de côté une bonne quinzaine de mini-batbouts pour les garnir de viande hachée, saucisses de foie, légumes ou fruits de mer pour le ftour.
Ce Neffar, docker retraité et veuf du temps où il exerçait encore, n'en faisait pas forcément son gagne-pain même si des âmes généreuses insistaient à le récompenser de "chi baraka" la veille de l'aïd, assure Hajja Hnia qui "accordait" un traitement de faveur à cet homme en lui réservant sa première batbouta servie sucrée avec du beurre fondu et miel. Pour cause, il était son beau-père et occupant le rez-de-chaussée de l'habitation familiale, confie-t-elle.
A l'époque l'on n'avait nul besoin de réveille-matin, Ba Boujemaa était d'une exactitude d'horloge effectuant sa tournée à la même cadence s'attardant aux portes ou sous les fenêtres de quelques familles "dures" d’oreille, se rappelle cette grand-mère.
Mais les temps changent et les habitudes aussi. L'activité et le mouvement dans les quartiers se prolongent tard dans la nuit et les chaînes de télé font le reste, autant de causes, estime-t-elle, ayant poussé le Neffar, qui ne pouvait plus réveiller les "éveillés", à passer la main, à disparaître du paysage ramadanesque.
 

MAP
Mercredi 16 Juillet 2014

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