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Le Mouvement du 20 février en question : Mimétisme ou volonté de révolte ?




Le Mouvement du 20 février en question : Mimétisme ou volonté de révolte ?
Pas de vacances pour les jeunes du Mouvement du 20 février. Hier encore, ils ont été des centaines à manifester à Casablanca, Rabat, Fkih Ben Saleh, Tanger, Essaouira, Chefchaouen, Oujda, Khémisset, Kénitra, Agadir, El Hoceima, Safi et Fès. Leur slogan « Mamfakinch » (on n’abandonne pas) semble bien tenir toutes ses promesses.
Et malgré ses mois d’existence, le mouvement ne cesse pas de susciter les interrogations et les questions sur ses origines culturelles et politiques, sur les générations porteuses de son message et sur ses perspectives d’avenir.      
Dans son dernier numéro, la revue  « Economia », a consacré un dossier à la question de la jeunesse arabe notamment celle qui compose le Mouvement du 20 février. S’agit-il d’héritiers des générations qui ont marqué les années 1956, 1968, 1989… ? Quelles sont les conditions socio-historiques de leur engagement ? Partagent-ils les mêmes valeurs ? Quel rôle ont joué les nouveaux médias dans cette dynamique ? C’est à ces questions et à tant d’autres que ladite revue a tenté d’apporter des réponses ou seulement susciter la réflexion. 
Pour Philippe Fargues, professeur à l’Institut universitaire européen de Florence (Italie), les jeunes du Mouvement du 20 février, à l’instar des autres jeunes du monde arabe, représentent les générations les plus nombreuses, celles nées dans les années 1980 et 1990. Leur croissance démographique a été plus rapide que celle des ressources auxquelles ils ont accès, de l’emploi qui est censé leur fournir un revenu et un statut, des libertés auxquelles ils ont droit et de celui de leur participation politique.
« Ces générations de jeunes ne sont pas seulement les plus nombreuses mais, pour la première fois, les jeunes hommes sont concurrencés par les jeunes femmes, qu’un retard spectaculaire de l’âge du mariage et de maternité libère  désormais des carcans traditionnels afin d’exercer une activité professionnelle », a-t-il précisé.
Ces jeunes arabes sont également mieux lotis en matière d’éducation scolaire et universitaire que toutes les générations précédentes, grâce aux efforts considérables consentis par les familles et les Etats pour développer le secteur.
Et pour la première fois, ces jeunes adultes se trouvent libérés du poids de la famille. Ils n’ont plus, comme hier, la charge de nombreux enfants.
Le monde arabe semble, selon Philippe Fargues, « à la charnière de son histoire où la famille cède la place à une société d’individus qui, pour la première fois, jouissent de la  liberté de mouvement ».
Mais, ces jeunes seraient-ils les héritiers des « jeunes » des années 1960 et des années 1970 ? Difficile de trancher, estiment Laetitia Grotti et Romain Chapouly (journalistes), mais en tout état de cause, leur engagement n’est pas le fruit d’une « immaculée conception ».
Pour eux, il s’agit de jeunes en provenance d’horizons différents, qui parviennent à dépasser leur état, ne serait-ce que ponctuellement, pour s’agréger autour d’un plus petit dénominateur commun qu’ils cessent de percevoir comme «apolitique».
Les deux journalistes considèrent qu’un nouveau seuil est franchi. «Même juxtaposée à une kyrielle de demandes sociales, cette fois-ci la cause est hautement « politique » ; elle s’empare directement de ce que la monarchie a tenté pendant si longtemps de soustraire au débat public : ses propres prérogatives », ont-ils affirmé. 
De son côté, Mounia Bennani Chraïbi, professeur associé à l’Institut d’études politiques et internationales de l’université de Lausanne (Suisse), a considéré le Mouvement du 20 février, comme un reflet de plusieurs accumulations « engrangées dans une pluralité de lieux, estampillés « politiques » ou non ».
A ce propos, elle a rappellé la prolifération, dans les années 1990, de causes sectorielles plus ou moins « a-politisée », comme c’était le cas des jeunes diplômés chômeurs sans appartenance politique ou appartenant aux mouvements islamistes, de gauche ou d’extrême gauche  pour défendre leur droit au travail.
 A chaque fois, il s’agit, selon elle, de rassembler autour du plus petit dénominateur commun, de privilégier le « concret » au détriment des grands discours.  « Si les révolutions tunisienne et égyptienne ont provoqué un déclic, contribuant à élargir les horizons du pensable et du faisable, le Mouvement du 20 février n’en puise pas moins ses racines dans toutes sortes de socialisations plus ou moins  « politiques », a-t-elle expliqué.
Mme. Bennani Chraïbi a estimé, par ailleurs, que quelle que soit l’issue de ce mouvement, le Printemps marocain de 2011 laisse entrevoir un processus d’accélération de politisation et d’agrégation des actions et des réseaux à la fois éparpillés et « a-politisés ».
Pourtant une question demeure : le Mouvement du 20 février est-il, à l’arrivée, un mimétisme pavlovien de cyber-marocains disparates ou une volonté de se révolter, justifiée socialement et politiquement ? s’est interrogé Driss Ksikes, écrivain et journaliste avant de répondre que les deux thèses sont valables à la fois et sans doute. «  En jetant un coup d’œil sur le profil des premiers administrateurs des pages web de mobilisation, et sur les activistes réunis en conclave, du 8 au 20 février, dans un quartier général physiquement identifié à Rabat, vous retrouvez un beau mix : de jeunes citoyens, non encartés, désabusés par la corruption du système, de jeunes activistes affiliés à des associations de gauche, des « fils » et « filles » des révolutionnaires déçus, prêts à prendre « la revanche de papa », de jeunes diplômés qui refusent de s’identifier aux « chômeurs », de rares islamistes dont une poignée en rupture de ban avec leurs structures d’origine, des militants de tous bords, qui ont affûté leurs armes à l’université, et de jeunes journalistes et professionnels des métiers de la communication, trop conscients qu’une liberté offerte puis confisquée obscurcit l’horizon du changement ».
M. Ksikes pense que les généalogies possibles, sociologiques, politiques et militantes, du 20 février, sont loin d’être monolithiques, non réductibles à une idéologie organisée et formatée ou à un habitus social, associatif, scolaire ou familial.
Sur le rôle des nouveaux médias, Yves Gonzalez-Quijano, de l’Institut français du Proche-Orient (Damas), a confié qu’à l’évidence, on est loin de posséder des certitudes quant au rôle qu’ont pu jouer les réseaux sociaux dans les bouleversements du Printemps arabe. Toutefois, « s’il est imprudent de parler de révolution Twitter ou Facebook, les « origines culturelles numériques » des révolutions arabes n’en sont pas moins réelles », a-t-il conclu. 

Hassan Bentaleb
Mardi 2 Août 2011

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1.Posté par maalam le 03/08/2011 00:04
Le problème de développement au Maroc est toujours posé pourquoi? pour trouver la solution il faut simplement procéder au copier coller des lois et règlements Français et les appliquer au Maroc!
Profiter de la technologie du copier coller
La vie est si simple! et on n'a pas besoin de manifester chaque jour et ce blabla politique

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