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Le Maroc romancé de Lorenzo Quarello




Le Maroc romancé de Lorenzo Quarello
Issu d’une famille marocaine d’origine italienne, il a publié des ouvrages bien étudiés : (Allah aàlem ! ) ; (Quand vint le soir) ; (La femme bleue ) ; (Le professeur Schultz) ; (Le Dieu de l’amour); (Les tablettes du Thaleb ), etc. Les romans qu’il a écrits se distinguent par leur talent d’aventure. Il a mis le meilleur  de son talent dans (Allah aàlem !), roman très littéraire, plein d’une sensibilité à demi-voilée ; (histoire attachante, qui se passe à Rabat). Comme romancier, il a destiné ses ouvrages à l’aventure. On a loué chez lui, outre l’imagination, la bonne humeur avec laquelle il dessine ses personnages. Il sait saisir et traduire la vie sensible et la souffrance dans leur émouvante réalité.
Avec (Allah aàlem !) de Lorenzo Quarello, on ne quitte pas Rabat, on est même, pour ainsi dire, à son âme. Ce qui est sùr, c’est que le romancier reste une référence pour une belle époque. Son roman est un livre intimiste, témoin, voyageur au sens noble. Deux cent soixante huit pages pour raconter une histoire d’amour, mais aussi une histoire d’un Maroc privilégié du paradis perdu. De toute évidence, ce n’est pas  l’histoire de ce pays qui l’attire, ce sont : «Les bruits, les chocs sourds surgis des profondeurs de l’Océan qui  se rapprochaient, qui  s’amplifiaient. Les rumeurs indistinctes qui se précisaient peu à peu. Les innombrables terrasses, la plaine monocorde d’un guembri, que pinçait un jeune arabe énamouré, qui  se mêlait au friselis des feuillages, aux stridulations d’invisibles grillons. «Marocain lettré, Lorenzo Quarello a pour amour la ville de Rabat, et c’est pour lui son obsession. L’importance de cette ville dans les écrits de Quarello n’est que l’expérience de son amour. On le ressent encore plus fortement dans (Allah aàlem !). Dans ce roman, il ne nous parle que d’émotions fondamentales : le temps, les lieux, les paysages, les événements divers, etc. Cet ouvrage est un univers de variétés où la magie des couleurs  côtoie les sites pittoresques : «Au-delà d’un pont de pierre, les dômes d’innombrables collines festonnent l’Oulja. Un coude du fleuve cache la nécropole de Chellah, et c’est vers elle que se dirige le rai. Des cigognes claquant du bec, glissent dans l’azur. Et une brise chargée de senteurs végétales fait s’incliner les lances feuillues des roseaux, atténue la chaleur du soleil.
«Comme Anaïs Nin, John Knittel, Joséphine Baker, les frères Tharaud, Lorenzo Quarello a choisi de décrire dans son roman (Allah aàlem) un Maroc afin de connaître cette société marocaine. Son protagoniste est une femme de lettres, poète délicat, amante, elle aimait le décor d’un Maroc idyllique. Au cour de ce roman, Quarello fait dire à ses lecteurs : «Quand les choses se passent au Maroc et que les amants sont unis dans la mort, il ne semble pas qu’on soit fondé à dire que l’aventure est bonne. «Et voici comment Quarello a défini  son credo : «La tâche de l’écrivain, c’est décrire».
«Ce qui fascine dans ce roman, c’est l’imagination amoureuse de Gérald et de Maryse, cette jeune femme poète qui adore l’odeur de sainteté et la chaleur de l’affection : «Et pourtant, au long des jours qui passent sur cette terre si riche en souvenirs communs, tout me parle de vous. Un bruit, une ruelle, une fontaine, et aussitôt entre le paysage, les êtres et moi s’interpose une image chère : Votre double. «Maryse a connu l’amour de Gérald et c’est une nouvelle naissance, érotique, qui la jette dans un nouvel océan de sensations qu’elle idéalisera à sa façon par d’admirable poème d’amour : «Pour laisser transparaître en un éclat soyeux…Celle que j’attendais par cette nuit heureuse...-Belle comme jamais mon cœur ne l’espéra- Dans son boudoir taillé dans une perte creuse- Ma sultane la lune en robe d’apparat.
La manière dont Quarello raconte est sublime. Dans ses récits, il développe un talent remarquable. En lisant ses romans, on trouve des beautés admirables. Sa façon de raconter, de décrire est pleine de finesse et de gaîté. On ressent cette beauté dans la description d’une barque : «Sous une forte poussée, la barque oscille, glisse, puis le batelier, d’une brusque détente de ses jambes nerveuses, saute sur la proue. Plongeant les rames dans l’eau, il dirige l’esquif à travers la flottille qui, de l’aube, à la nuit pleine, transporte d’une rive à l’autre : tadjers, notables, mouquères, juifs, au milieu d’un cacophonie de cris, d’interpellations. Contre la coque noire, calfatée de goudron, l’eau clapote. De lourdes felouques passent, qui descendent vers un large estuaire, et les mariniers rament en s’accompagnant d’une mélopée gutturale. «Ainsi, on trouvera dans son œuvre l’image du peintre qui prendra tour à tour l’apparence de John Knittel. Quant à sa relation avec le Maroc, elle restera toujours d’une grande admiration. Ses romans sont peuplés d’innombrables images de la vie marocaine. En fait, Quarello ne pourra vivre sans sentir autour de lui une ambiance de marocains, comme le note justement son préfacier Rémy Beaurieux : «J’ai dit que Lorenzo Quarello est Marocain de longue date. Il n’est pas étonnant qu’il aime son pays d’adoption…Quarello a eu l’immense avantage d’être sur place et de décrire un pays qu’il connaît fort bien avec la chaleur qu’ont  d’ordinaire ceux qui décrivent un pays rêvé».
C’est à la Kasbah des Oudayas, sur la mer, en buvant du thé dans le café  maure qu’enfin il s’est senti pénétré vraiment dans le Maroc profond : «Sur l’autre berge, à l’embouchure de l’oued, l’étrave de quelque gigantesque vaisseau contre laquelle se brisent, en un jaillissement d’embruns, les lames venues de la mer, la Kasbah des Oudayas dresse, sur des rocs énormes, ses murailles délabrées aux merlons couronnés de nids de cigognes». C’est à cette Kasbah que Lorenzo Quarello écrivait son roman (Allah aàlem), en fouillant dans ses ruelles : «Au-dessus de la Kasbah, la lune très haute venait d’accomplir les trois-quarts de son périple. En la regardant, Maryse se remémora l’original poète Léon Dolland, qu’on lui avait présenté quelques jours après son arrivée à Rabat. Et elle se souvint d’un de ses poèmes dédié à Lalla Ghemra : la lune. Cette même lune, qu’elle voyait ce soir-là, l’avait vue, lui, de sa villa, se lever cent fois au-dessus des collines de l’Oulja, puis escaladant la Tour Hassan, éclairer tout à coup le Bou-Regreg».
Au Maroc, Lorenzo Quarello laisse emporter ses errances : «Des forêts, des montagnes, des  villages, des villes se succèdent avec la diversité d’un film documentaire…». Et comme chaque romancier, il écrit des images et des âmes. L’acte d’écrire, chez lui, était devenu une «simple fiction d’une ardeur conforme à l’atmosphère et au décor. «L’écrivain ici, tel un  spectateur, prisonnier d’un paysage qui se métamorphose et qui devient l’image d’autre chose : «Contemplative, Maryse admirait, des heures entières, le spectacle dont ses yeux ravis s’emplissaient comme s’ils eussent voulu garder à jamais toutes les visions qui changeaient avec la marche du temps, les jeux de la lumière. «(Allah aàlem) est un roman qui étreint le lecteur, l’attire vers les paysages mouvants, fascinants. Lorenzo Quarello se sert de l’aventure pour fasciner. Son interprétation de l’aventure a des allures de suspense. Ce roman est d’une qualité exceptionnelle. Il nous violente en douceur. Et voilà en tout cas un roman qui se lit à la fois comme roman d’aventure et s’entend comme une musique: «Une brise de senteurs atténue la chaleur de l’air. Parmi les arbres qui entourent la maison, la chanson d’un rossignol s’attarde. La nature accablée respire enfin. Orangers, citronniers, mimosas de l’Aguedal conjuguent leurs parfums épicés. C’est l’heure où l’apaisement, le silence s’étendent sur la ville engourdie, l’heure où le peuple musulman se recueille.
A travers ce roman, on mesurera mieux sans doute le génie d’un des vrais grands des romanciers de la littérature dont il serait nécessaire de reconsidérer l’œuvre entière. Lorenzo Quarello avait consacré presque tous ses romans à un pays nommé Maroc ; avec ses ouvrages, les lecteurs sont à même de savoir ce qu’est ce pays. Que seuls nos écrivains amoureux du Maroc étaient en mesure de connaître. La tradition culturelle du Maroc extrêmement riche et entreprenant pour ces écrivains amoureux de ce pays et elle est humainement généreuse. Maryse et Gérald sont attirés par cette tradition : «Aux allées de sable fin, il faut, l’effleurement de deux pieds encerclés de «Khalkhal». Comme ces jardins maures ajoutent au mystère des âmes! Leur beauté mélancolique s’accorde à la langueur des Fatma. Quel miroir, d’ailleurs, est plus digne de refléter leurs blanches silhouettes que l’eau des vasques. Elles ignorent tout de notre trépidante et c’est pour cela même qu’elles sont puériles, heureuses. Oui, les jeunes mauresques, aux mains teintes de henné, ont une âme simple, changeante comme la forme des nuages et la voix du vent. «Lire Lorenzo Quarello comme un romancier, c’est lire une époque sans avenir propre, c’est lire un siècle d’événements tous plus importants les uns que les autres, des bouleversements successifs. Il était un phare. Ses ouvrages (Allah aàlem !) ; (Les tablettes du Thaleb) ; (La femme bleue), etc. restent des ouvrages de référence historique indispensable. Ils sont des images d’un Maroc des années  quarante, qui n’avait pas encore perdu son harmonie, son charme et sa grandeur. : «Ainsi, je vous devrai, monsieur, en même temps que le baptême de l’air, la révélation d’un pays magnifique…». De ce talent unique, le lecteur marocain peut juger ses  œuvres qui révèlent tout autant du génie particulier de Lorenzo Quarello. De ce constat est né cet écrivain, on le tenait, et à juste titre, pour l’égal d’un Henry Bordeaux (Le printemps au Maroc) où d’une Henriette Célarié (Un mois au Maroc). Mais Quarello plus complet se tient, davantage encore à sa place parce qu’il était l’un des premiers  de la littérature marocaine d’expression française. Mais chose curieuse, au Maroc, on évite de le citer parmi les écrivains du genre, sans doute parce que ce dernier est mal connu. Le préfacier d’(Allah aàlem !) Rémy Beaurieux, combla cette lacune en écrivant : «Il est difficile pour un écrivain de parler d’un écrivain comme il conviendrait, c’est-à-dire comme il aimerait qu’on parlât de lui. C’est plus délicat encore lorsqu’on est invité à parler de lui ; on se sent tiraillé entre les inspirations d’une facilité qui prédispose à toutes les admirations et les exigences d’un goût étroit.
«Tout en écrivant ainsi beaucoup, Lorenzo Quarello a également mené une carrière féconde d’écrivain. C’est fort de cette expérience, qu’il a inauguré un genre littéraire qui possède un ton particulier, très vivant, même dans les situations émouvantes. L’écriture, pour lui, a été une expérience de vie, elle s’est inscrite dans la béance de la culture marocaine. C’est ainsi qu’à peu près le tiers de son œuvre est rattachées à cette culture : «Là, vivant avec une femme berbère très belle et très dévouée, détaché du monde, de ses conventions banales, il rêvait en la compagnie des chimères et des livres».
Pour finir, Lorenzo Quarello a donné plus de place au Maroc. Ses œuvres sont un guide, une reconstitution des plaisirs d’errer dans le Maroc des années quarante. Cette errance, dans la rencontre avec les paysages marocains, suscite la curiosité et la rêverie. Quarello était un écrivain, écrit Rémy Beaurieux, «charmant, épris par tempérament et par tradition nationale de poésie, d’élégance, de toutes les formes du beau langage…».  Grâce à son roman (Allah aàlem !), Quarello a éveillé en nous la nostalgie d’une époque lumineuse et d’une rare beauté.
«A Rabat, Maryse et Gérald passaient  entre les deux colonnes quadrangulaires érigées au commencement de l’une de l’Avenue de  la Victoire où en français sur l’une, en arabe sur l’autre, est gravée cette inscription traduisant la cordiale hospitalité marocaine :» Sois le bienvenu, O voyageur!» écrit Quarello. Tout le Maroc est là, le Maroc de l’accueil et  le Maroc de l’hospitalité. C’était là le génie romanesque de Lorenzo Quarello. 

Par Miloudi Belmir
Vendredi 7 Mai 2010

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1.Posté par Éric Dyvorne le 13/12/2014 13:05 (depuis mobile)
Bonjour, j''aimerais savoir qui a écrit cette étude de l''oeuvre romanesque de Quarello. Je possède plusieurs dessins et aquarelles de cet auteur, comportant sa signature, en particulier une vue panoramique sur les Oudaias et le Bou Regreg.

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