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Le Maroc pays pétrolier, l’optimisme mesuré de Benkhadra

“Les efforts déployés dans la prospection vont bientôt aboutir à des résultats favorables”




Le Maroc pays pétrolier, l’optimisme mesuré de Benkhadra
Le Maroc, producteur et exportateur de pétrole. Une belle perspective. Un rêve que tous les Marocains caressent depuis des années. Depuis quelque temps, les indices se succèdent pour voir cet espoir prendre forme. On en a pour preuve cette ruée des compagnies internationales vers le Maroc. Depuis quelques années, plusieurs contrats ont été signés entre l’Office national des hydrocarbures et des mines (ONHYM) et de nombreux partenaires internationaux. Et c’est ainsi qu’on assiste à une intensification de la prospection pétrolière et gazière au Maroc.
Et ce n’est pas un hasard si les investisseurs manifestent un intérêt particulier pour les réserves d'hydrocarbures offshore du Royaume, largement inexplorées. Plusieurs facteurs sont là pour prouver qu’effectivement le Maroc peut devenir un producteur de pétrole dans quelques années. «Facteurs encourageants: les résultats prometteurs des études sismiques, et des conditions d'investissement attractives. Grâce au forage de 10 nouveaux puits, prévu en 2013-14, le Maroc pourrait enregistrer une hausse significative de sa production de pétrole et de gaz à moyen terme, et ainsi réduire ses importations énergétiques et redresser une balance commerciale de plus en plus déficitaire », peut-on lire dans l’Oxford Busness Group.
Dans l’interview que Libé publie dans ce numéro, la directrice générale de l’ONHYM, Amina Benkhadra, confirme également cet optimisme raisonnable et raisonné : « Les efforts déployés dans la prospection vont aboutir dans un proche avenir à des résultats favorables. De toute manière, les avis les plus pessimistes estiment que le Maroc pourrait atteindre facilement une autosuffisante pétrolière et gazière. Certes le chemin est long et la prospection est coûteuse, mais cette recrudescence dans le processus de prospection des grandes compagnies internationales laisse la voie ouverte à un espoir légitime. Pour preuve, plusieurs groupes pétroliers internationaux, tels que Chevron, Total et Galp, mais aussi des sociétés indépendantes, notamment Genel Energy, Cairn Energy et Kosmos Energy, ont en effet entrepris de renforcer leur couverture offshore au Maroc. Dans ce sens, Amina Benkhadra     confirme cet intérêt qui  permet d’entrevoir un avenir meilleur : « Les experts qualifient le Maroc comme une région potentiellement favorable à l’accumulation des hydrocarbures». . Entretien.

Libération : On a assisté à une ruée des compagnies internationales pétrolières pour conclure des contrats de prospection en particulier ces dernières années. Qu’en est-il des résultats de ces prospections ?
 
Amina Benkhadra : L’ONHYM continue à déployer ses efforts pour encourager et intensifier l’exploration pétrolière des bassins sédimentaires marocains, par ses propres moyens ou en partenariat.
Aujourd’hui, 31 sociétés pétrolières internationales, parmi lesquelles des majors, des super indépendants et des indépendants, opèrent actuellement dans les différentes régions du Maroc aussi bien en offshore qu’en onshore.
Ainsi, de nombreux travaux d’acquisitions géophysiques, d’analyses et études de géologie ont été réalisés en onshore comme en offshore sur plusieurs bassins du Royaume. L’interprétation de ces données a permis d’évaluer le potentiel pétrolier de ces régions, ouvrant la voie à de nouvelles investigations de recherches. 
Aujourd’hui, les zones les plus avancées, en termes d’exploration, voient la réalisation de puits d’exploration.
Les premiers résultats des travaux se présentent comme suit :
 • Permis Foum Draa Offshore au large d’Agadir Sidi Ifni par les partenaires Capricorn, San Leon, Serica et Longreach : des indices de gaz ont été découverts démontrant la présence d’un système pétrolier sur le puits de forage FD-1. Cependant, le réservoir attendu n’a pas pu être rencontré. Le puits a atteint la profondeur prévue de 5255 mètres et les travaux sont achevés. L’appareil de forage s’est déplacé sur le site de Cap Juby situé au large de Tarfaya pour tester un objectif géologique différent de celui de Foum Draa .
 • Permis du Gharb avec la société Gulfsands Petroleum : le programme de forage prévoit la réalisation de cinq puits d’exploration. A ce jour, deux forages ont été réalisés au cours desquels des indices ont été rencontrés sans pour autant justifier leur commercialité. Cependant, Gulfsands reste optimiste quant à la suite du programme de forages.
• Permis de Sidi Mokhtar avec les partenaires Longreach et MPE : les travaux de forage sont en cours.
Ces premiers résultats exploratoires confirment ce que nous avions déjà expliqué à plusieurs reprises, à savoir que  le processus de l’exploration des  hydrocarbures est long, hautement capitalistique et à haut risque.
En effet, il convient de préciser qu’il faut souvent faire de très nombreux forages avant que ces derniers ne s’avèrent être positifs. A titre d’exemple, en mer du Nord, il a fallu effectuer 200 forages avant d’aboutir à un forage de découverte et 500 forages à Pineview aux Etats-Unis avant d’avoir des résultats positifs.
Toutefois, ces premiers résultats ne concernent que 3 puits sur ceux d’ici la fin  de l’année 2014 et il est encore trop tôt pour tirer des conclusions. En effet,  nous sommes dans une phase de lancement d’un programme ambitieux de forages aussi bien en onshore qu’en offshore.
L’ONHYM et ses partenaires restent  confiants et persévérants. Il n’épargne aucun effort pour encourager et intensifier l’exploration pétrolière des bassins sédimentaires marocains par ses propres moyens ou dans le cadre de partenariat et  nous espérons que les efforts déployés vont aboutir, dans un proche avenir, à des résultats favorables.

Conformément à la loi de 2000 relative aux hydrocarbures, la participation de l’ONHYM dans toutes les opérations d’exploration et de production est limitée à 25 %, l’un des taux les plus bas de la région, sensiblement inférieur à celui adopté en Algérie à hauteur de 51%. Pouvez-vous nous éclairer à ce sujet ?
 
Le cadre législatif marocain est considéré comme l’un des plus attractifs au monde. Ce choix, adopté lors de l’amendement de la loi sur la recherche et l’exploitation des gisements d’hydrocarbures en 2000, a été dicté par l’insuffisance d’intérêt des compagnies. Suite à l’adoption de cet amendement, l’activité pétrolière a connu une recrudescence, d’où l’accélération de l’exploration du sous-sol national et l’enrichissement des connaissances techniques sur les bassins sédimentaires marocains. Cela a permis de renforcer le portefeuille de partenariat avec les sociétés pétrolières disposant de  capitaux et de  savoir-faire nécessaires. Ainsi, l’Etat comme la société pétrolière bénéficient de cette nouvelle dynamique introduite par l’amendement de 2000. 
Il convient de rappeler qu’au-delà des 25% détenus dans toute exploitation d’hydrocarbures, l’Etat perçoit d’autres revenus à partir de cette exploitation notamment les impôts, les redevances et les bonus.  

Pour beaucoup de spécialistes, les deux années à venir seront cruciales pour le Maroc qui pourrait devenir un pays exportateur de pétrole. Seriez-vous d’accord ? 
 
Il est encore beaucoup trop tôt pour parler d’exploitation et d’exportation de pétrole.
Les experts nationaux et internationaux qui opèrent au Maroc concordent à qualifier celui-ci de région potentiellement favorable à l’accumulation des hydrocarbures.
Nous tenons à rappeler, encore une fois, que nos partenaires, dans les différentes annonces qu’ils ont faites jusqu’à présent, n’ont jamais parlé de découverte de gaz ou de pétrole, mais surtout de ressources potentielles ou ressources prospectives qui sont des estimations faites à la base des différentes études géologiques et géophysiques. On parle de découverte, une fois les forages réalisés et au cas où ils confirmeraient  la présence de gaz ou de pétrole. 
Le Maroc possède une vingtaine de bassins sédimentaires en onshore, et une variété de segments de bassins en offshore atlantique et méditerranéen. On estime à près de 900.000 km² la surface totale de ces bassins à explorer. 
Si l’on sait qu’on compte au total seulement un peu plus de 300 puits d’exploration, on arrive à une densité de forage d’à peine 0,04 puits par 100 km². Comparée à une densité mondiale  moyenne de 8 à 10 puits par 100 km2, on voit que notre pays reste sous exploré.Il convient de préciser que l’évaluation du potentiel pétrolier d’un bassin nécessite de nombreuses analyses et études progressives, parfois très longues, selon la nature et la complexité géologique du bassin considéré. Ces travaux et investigations ont recours à des techniques, en perpétuelle évolution, et demandent des investissements très lourds.
Actuellement, les régions qui produisent sont celles de Meskala et du Gharb. Des régions potentielles au large de Tanger Larache, Tendrara, Sidi Mokhtar sont en cours d’évaluation. Par ailleurs, le potentiel de la côte atlantique est également en phase d’évaluation.  


Propos recueillis par Kamal Mountassir
Lundi 27 Janvier 2014

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