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"Le Maroc à l'épreuve du terrorisme" de Aziz Khamliche : Les terroristes du 16 mai 2003, qui sont-ils? (3)




"Le Maroc à l'épreuve du terrorisme" de Aziz Khamliche : Les terroristes du 16 mai 2003, qui sont-ils? (3)
Les théoriciens
A l'instar d'autres mouvances, celle des islamistes marocains radicaux dispose de ses théoriciens locaux, et ce même si ces derniers refusent de se faire étiqueter comme étant des théoriciens ou prédicateurs radicaux, surtout qu'après les attaques de Casablanca, bon nombre d'entre eux a été arrêté et traduit devant la justice pour "appel à la violence et au terrorisme". En voici des portraits de quelques uns d'entre eux:  
 - Omar Haddouchi, prédicateur, né en 1970 à Al Hoceima, marié, marchand ambulant et  résidant à Tétouan. Auteur d'un livre intitulé "L'ignorance et le crime dans le parti d'Al adl wal ihssane".
"Je n'ai jamais encouragé le jihad dans mes prêches, ni excommunié quelqu'un", a-t-il dit lors de son procès, avant de conclure que "Salafiya Jihadiya (Salafisme jihadiste) est une acception bâtarde: une pure invention journalistique". 
 Il est condamné à 30 ans de prison ferme.
- Mohamed Fizazi, alias "Abou Meryem", est né en 1949 dans le village de Marnissa près de la région de Taza. Il est présenté par la police comme le gourou des terroristes qui ont perpétré les attentats du 16 mai 2003 à Casablanca.
Ancien fonctionnaire de l'Éducation nationale, il a commencé ses premiers prêches en 1976 à Tanger, à la mosquée de Casa Barata et a suivi des études supérieures à la faculté de la Charia de Fès. Dans les années quatre-vingt, il obtient une maîtrise en sciences du Hadith.
Il fait de la mosquée de Makada son lieu de prêche. La notion du jihad occupe une place centrale dans ses discours et il la considère comme la clef du chemin du salut.
En 2002, il crée une association religieuse "Les gens de la sounna et de la Jamaâ", interdite par la suite.
"L'islam, dit-il, est une religion d'immolation contre les apostats" et de ce fait "l'assassin de l'intellectuel égyptien Faraj Fouda, est un musulman correct".
La musique, la danse et le chant s'inscrivent, à son avis, sur le registre des hérésies. Car, l'islam est une religion de terreur".
 Al- Fizazi, qui excommunie l'État et la société et incite au meurtre, affirme, en effet : "Nous n'avons pas dans notre religion quelque chose qui s'appelle liberté de croyance. Nous avons, au contraire, dans notre religion ce qu'a dit le noble prophète et qu'a rapporté Boukhari : "Celui qui change de religion, tue-le !". 
Ainsi, alors que la liberté de croyance est garantie par l'article 18 de la Déclaration universelle des droits de l'homme, le meurtre des apostats est prescrit par le hadith précité du Prophète. (39) 
Mohamed Fizazi se rendait souvent à Casablanca, particulièrement aux douars Essakouila, Thomas et Lahraouiyine. Il a voyagé dans près de trente pays pour y prononcer des prêches. Il enregistre et filme toutes ses interventions pour garder des traces de ses messages et de son œuvre.
Lors d'une audience de son procès, il a condamné les actes terroristes et affirmé être un prédicateur modéré, mais cela ne l'a pas empêché d'écoper d'une peine de trente ans de prison ferme.
- Abdelkrim Chadili, alias Abou "Obeida", né en 1960 à Casablanca où il réside. Marié et commerçant de son état, il est l'un des éléments notoires et l'un des théoriciens de l'islamisme radical. En cette qualité, il donnait des cours auxquels assistaient plusieurs jeunes, dans des maisons situées dans des quartiers populaires à Casablanca, tels Lahraouiyine, Douar Skouila, Carrières Thomas, Douar R'hamna, Sidi Moumen et Derb El Mitr.  
Il a fait tomber Zakaria Miloudi, le 7 août, devant la Cour en annonçant: "Le groupe Assirat al Moustakim existe et c'est Zakaria qui en est l'émir". 
"Les groupes Assirate al Moustakim (le droit chemin) et Salafiya Jihadiya, dit-il au cours de son procès, sont des Khawarij qui s'écartent de l'islam vrai, alors que quelques mois plus tôt, il proclamait que : "Quiconque prend d'autres références que Dieu pour légiférer est un idolâtre… On doit donc savoir que l'homme ne sera jamais un bon monothéiste tant qu'il n'aura pas rejeté tous les tyrans anciens et nouveaux. Chaque époque a ses tyrans mais les pires sont ceux d'aujourd'hui qui dirigent les hommes avec des lois civiles diverses". 
- Hassan Kettani, prédicateur d'une trentaine d'années au moment de son arrestation, imam de la mosquée Mekka à Salé où il est né en 1972. Il part dès son enfance avec son père en Arabie Saoudite où il obtient son baccalauréat. 
Vivant dans le faste d'une villa du Souissi, à Rabat, il découvre après la mort de son père, en avril 2001, les bas-fonds d'un quartier perdu, Laayayda. Après le choc du 11 septembre, "ses prêches ressemblaient de plus en plus à des pamphlets radiophoniques. Entouré de jeunes radicalisés par la misère, il entonnait des propos enflammés contre l'Amérique, l'alliance anti-afghane, les Etats impies qui jouent le jeu et les ennemis de Dieu".  
Après la fermeture de la mosquée, il est devenu un prêcheur itinérant, au service de la da'wa (prédication), comme son père. Mais au lieu d'emprunter la voie institutionnelle, balisée, il a opté pour une voie à hauts risques. Kettani s'est particulièrement fait distinguer par sa diatribe au lendemain des attentats du 11 septembre 2001 contre une cérémonie en hommage aux victimes qui a été organisée au Maroc.
Lui, son oncle, Driss Kettani, et quatorze autres oulémas et savants autoproclamés, ont signé une fatwa contre la cérémonie œcuménique tenue à la cathédrale de Rabat, en solidarité avec l'Amérique. Kettani  a accusé d'apostasie tous ceux qui ont participé à la cérémonie, dont notamment les membres du gouvernement et des représentants de toutes les forces politiques et le milieu associatif du Maroc. (42) et "J?ai découvert que les jeunes, lorsqu'ils adhérent aux idées d'un savant ou d?un prédicateur, en deviennent des inconditionnels, au point de vénérer ses paroles et ses idées", déclarait Hassan Kettani à Al Watan al Arabi en novembre 2002. 
 "Nos objectifs consistaient à former une jeunesse qui observe l'islam à la lettre (moultazima) en vue de former une société qui fasse de même", dit-il selon un PV de police. 
A travers ses écrits dans Attajdid, Al Asr et de ses déclarations, Kettani a persisté à montrer que "le rite malékite n'est pas vraiment observé au Maroc et que les gens de la sounna veulent restaurer les fondements de l'Islam au sein d'une société dépravée". 
 Interpellé, en février 2003, il livre en détail les noms des personnes qui se réunissaient chez lui. 
Néanmoins, il écope d'une peine de 20 ans de prison ferme, lors de son procès, le 25 septembre 2003 à Casablanca, pour "endoctrinement des islamistes" qui avaient perpétrés les attentats de Casablanca. 
En mai 2009, il déclare à l'hebdomadaire arabophone "Assahifa" que son affaire n'était pas "judiciaire mais politique".
- Abdelwahhab Rafiki, alias "Abou Hafs", né en 1974, à l'âge de 29 ans, il est condamné à 30 ans de prison ferme. 
Fils d'Ahmed Rafiki, dit "Abou Houdaifa", ancien "afghan", condamné à 5 ans de prison ferme, il est diplômé de l'Université islamique de Medine, enseignant et Khatib à Fès. À 18 ans, il a accompagné son père pour combattre auprès des Moujahidines afghans contre l'armée russe.
Le 26 mars 2002, le tribunal de première instance de Fès a condamné un groupe de personnes, dont le chef présumé n'était autre que Mohamed Abdelouaheb Rafiqi, alias "Abou Hafs", arrêté au début du mois de mai.

L B
Mardi 31 Août 2010

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