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"Le Maroc à l'épreuve du terrorisme" de Aziz Khamliche : Les terroristes du 16 mai 2003, qui sont-ils ? (2)




"Le Maroc à l'épreuve du terrorisme" de Aziz Khamliche : Les terroristes du 16 mai 2003, qui sont-ils ? (2)
- Mohamed Omari, alias "Abou Zoubeir", 26 ans, gardien de nuit, a été arrêté près de l'Hôtel Farah, après avoir fui les lieux des attentats. Il était blessé et muni d'engins explosifs et d'une ceinture tachée de sang.        
Comme la majorité des bombes vivantes du 16 mai 2003, Omari vient du quartier de Sidi Moumen, en banlieue de Casablanca. Un bidonville immense où s'entassent des centaines de milliers de gens venus des campagnes dans l'espoir de profiter de l'économie de la ville. Plus de 50% des jeunes entre 20 et 30 ans y sont au chômage et vivent avec leur famille dans des taudis sans eau courante, ni égouts.  
L'AFP dira de lui qu'il s'agit d'un jeune homme qui n'a jamais éveillé les soupçons de ses voisins, des commerçants de son quartier, ou même des autorités locales.                                                                                               Selon ses voisins, "il était très tranquille et ne parlait à personne."
"On savait seulement qu'il était gardien de voitures", ont-ils conclu.
Pourtant, Mohammed El Omari a cédé à la violence islamiste, en aidant largement à la préparation des attentats et à leur perpétration. Selon ses propos, quatorze individus se sont réunis chez lui la veille des attentats et y ont passé la nuit; ils ont visionné une cassette-vidéo intitulée "Le paradis et l'enfer" qui traite de ce qui attend les mécréants en enfer et les croyants au paradis. Ce film, réalisé au Moyen-Orient, constitue l'ultime préparation psychologique des candidats à la mort qui croyaient fermement que leur acte leur ouvrira les portes de l'Eden. C'est également au domicile de Mohammed Omari que les explosifs ont été confectionnés.                                                           
Enfin, même s'il n'a pas fait exploser ses bombes, ce dernier s'est tout de même rendu à l'hôtel Farah dans cette intention. Selon des témoins oculaires, il aurait forcé l'entrée alors qu'un autre terroriste poignardait le portier de l'hôtel qui tentait de les bloquer. Il aurait ensuite déposé une bombe dont le système de mise à feu n'avait pas fonctionné et tenté de faire exploser une bouteille contenant un liquide instable. Trois ans après sa condamnation à mort, sa femme se suicida.                                                                                                                                               
-Rachid Jalil, alias "Abou Anas", niveau scolaire première année de l'enseignement secondaire, soudeur de profession, sportif pratiquant le Kung Fu. Lors de cette soirée, il était parmi les quatorze membres du groupe terroriste. Il était prêt à attaquer le Club de l'Alliance israélite, mais il a paniqué en entendant l'explosion et n'a pu accomplir son acte, surtout après avoir entendu l'explosion du restaurant "Le Positano".
Arrêté le 18 mai 2003, Rachid Jalil a été poursuivi pour "homicides volontaires avec préméditation, sabotage, atteinte à la sécurité intérieure de l'État et constitution d'une association criminelle" et condamné à mort.                                                                                                                                                                          
Bien qu'il ait fait partie des volontaires, il a renoncé à faire exploser les bombes qu'il transportait.
Selon Rachid Jalil, les attentats devaient avoir lieu le 9 mai 2003, mais une divergence entre les membres du groupe a été à l'origine du report. Rachid Jalil a confirmé les déclarations de Mohamed Omari concernant le rassemblement du groupe, le jeudi 15 mai vers 22h30. "Après la prière d'Al Ichaâ (du soir), a-t-il dit, nous sommes allés à la maison de Omari où nous avons visionné la cassette "Le paradis et l'enfer". Nous nous sommes endormis ensuite et nous nous sommes réveillés le matin pour effectuer la prière d'Al Fajr" (de l'aube). "M'hani qui avait apporté des interrupteurs, a commencé à les fixer sur les fils électriques qu'il sortait des sacs. J'ai compris à ce moment qu'il s'agissait d'explosifs. Je voulais sortir, mais la maison était fermée à clef. Un peu avant Al Maghrib (coucher du soleil), Abid Saïd, qui était à l'extérieur, est venu nous annoncer que tout était dans l'ordre (dak chi houa hadak). Les bombes étaient prêtes. On s'est rasé et on a changé de vêtements. Chacun a pris un sac, une bouteille contenant un liquide explosif, un coutelas, un allume feu et une montre. On s'est dit qu'il fallait actionner le dispositif à 22 h. précises. Nous avons constitué quatre groupes pour aller sur quatre sites différents." "Khalid Benmoussa, M'hani et moi-même devions aller au club de l'Alliance israélite. Nous avons pris un taxi qui nous a déposés à proximité de l'hôtel Hyatt Regency. Nous étions arrivés un peu tôt alors nous nous sommes arrêtés un moment dans un jardin puis on s'est dirigé vers notre cible." Rachid Jalil a ensuite raconté comment il a abandonné la bombe qu'il transportait à quelques mètres du club de l'Alliance et pris la fuite avant d'être appréhendé deux jours plus tard par les forces de l'ordre.                                                                                  - Hassan Taoussi, né en 1980 à Casablanca, célibataire, veilleur de nuit, niveau scolaire École primaire, résidant à Casablanca, devait participer à l'attentat de l'hôtel Farah, mais, à la dernière minute, il s'est séparé de son groupe et a jeté la ceinture des explosifs dans un terrain vague avant de prendre la fuite. Il prend le car pour Oujda, tente de traverser la frontière maroco-algérienne, sans succès, et se réfugie finalement chez un membre de sa famille à Berrechid, où il sera cueilli quelques jours plus tard.
Arrêté, il est poursuivi pour "homicides volontaires avec préméditation, sabotage, atteinte à la sécurité intérieure de l'État et constitution d'une association criminelle" et également pour vol qualifié et coups et blessures à l'arme blanche lors d'opérations de racket destiné à financer le mouvement.
Résidant à Casablanca, il est considéré comme un chef important d'un réseau islamiste.                                                                                                       Condamné à mort, son accusation s'est basée sur la loi anti-terroriste adoptée le 21 mai 2003 (soit cinq jours après les attentats), qui autorise la police à effectuer des visites domiciliaires, même nocturnes, des écoutes téléphoniques et des contrôles du courrier électronique. "Tout terroriste présumé peut être arrêté sans décision judiciaire pendant une période allant jusqu'à quatre jours, ce qui double la durée de la détention administrative fixée précédemment à deux jours. Les banques sont appelées à 'informer les autorités sur tout client suspect", précise la nouvelle loi.
Pour financer les attaques qu'il comptait perpétrer, en compagnie d'autres personnes, il agressait des gens qu'il délestait de leur argent. Il s'attaquait de même à des établissements publics pour réaliser le même but pour lequel il a préparé des explosifs devant servir aux attentats. Il était parmi les candidats chargés de faire exploser l'hôtel Farah à Casablanca, mais il s'est retiré au dernier moment.
La sentence à mort a été rendue à son égard, le 19 août 2003. L'appel en cassation a été rejeté.

Le candidat à la relève
Yassine Lahnech, alias "Abou Ibrahim", niveau scolaire deuxième année de l'enseignement secondaire, marchand ambulant, appartenant au même groupe, mais faisant partie des terroristes devant faire des opérations dans d'autres villes du Royaume.
Lahnech était l'émir pédagogique (Émir tarbaoui). Il était chargé de recruter des terroristes pour les attentats de Tanger, Essaouira, Marrakech et Agadir qui devaient suivre ceux de Casablanca. Selon la police, il a recruté 29 candidats, dont 19 ont été retenus. Deux autres personnes ont été également désignées pour piloter les opérations de Tanger et d'Essaouira. Il s'agit de Khalid Mourassil et Abdessamad El Oualed. Nul besoin de lever une armée populaire. Au contraire, les activistes doivent être en petit nombre pour pouvoir se fondre au sein de la population. Le recrutement se fait par cooptation, en puisant parmi les personnes idéologiquement motivées et les flots de chômeurs qui prolifèrent. Mais, après le 16 mai, Moul Sebbat est et tous les membres de son groupe sont arrêtés. Lahnech est condamné à mort, comme ses trois acolytes, Omari, Jalil et Taoussi.

Libé
Lundi 30 Août 2010

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