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Le G20 tirera-t-il l’Afrique de la pauvreté ?




Le G20 tirera-t-il l’Afrique de la pauvreté ?
Au début du mois d’avril la réunion à Londres du G20, le groupe des 20 pays les plus riches de la planète, réaffirmait les engagements du G8 de 2005 à Gleneagles en Écosse, consistant à accroître l’aide aux pays pauvre, alléger leur dette et ouvrir les marchés des pays du G8 aux produits africains. Le G20 ne fera malheureusement pas mieux que le G8 pour réduire la pauvreté africaine. La distribution d’aide et les allègements de dettes ces dernières décennies ont coexisté avec des revenus africains qui stagnaient ou même qui déclinaient. Les réformes internes, y compris l’ouverture unilatérale des barrières commerciales, sont bien plus susceptibles de réduire la pauvreté en Afrique sur le long terme.
Si l’on considère les diverses mesures du bien être humain, l’Afrique sub-saharienne est à la traîne derrière le reste du monde. Elle obtient un petit 0,472 pour l’indicateur de développement humain des Nations Unies en 2006 (mesuré sur une échelle de 0 à 1, les valeurs les plus élevées signifiant des niveaux de vie plus élevés). Les Etats-Unis par contraste sont notés 0,948.
Depuis des décennies de nombreux experts en développement ont préconisé plus d’aide et l’allègement de la dette comme solutions à la pauvreté africaine. En 2005 par exemple, le Professeur Jeffrey Sachs de l’Université de Columbia dévoilait son plan pour mettre un terme à l’extrême pauvreté autour de la planète pour 2025. Les pays riches devaient selon lui s’engager à accroître l’aide annuelle aux nations les plus pauvres de la planète, la faisant passer de 73 millions de dollars en 2006 à 135 en 2015.
Pourtant l’aide a échoué à générer la croissance en Afrique. Entre 1975 et 2005 par exemple, le montant de l’aide africaine per capita per annum a été en moyenne de 24,60 dollars. Par comparaison, en Chine il a été en moyenne de 1,50 dollars et en Inde, 2 dollars. Sur la même période les revenus chinois et indien (ajustés de l’inflation et en parité de pouvoir d’achat) ont crû respectivement de 888 % et 174 %. En Afrique les revenus ont chuté de 5%.
En réalité, l’aide a encouragé le gaspillage et la corruption. Elle a même financé « 40 % des dépenses militaires de l’Afrique » selon Paul Collier de l’Université d’Oxford.
De même, les effets de l’allègement de la dette restent ambigus. Si Oxfam et Jubilee 2000, deux ONG britanniques, ont fait un lien entre allègement de la dette et réduction de la pauvreté, une étude récente américaine du Government Accountability Office (la Cour des Comptes américaine) a trouvé cependant que « on ne connaît pas l’impact de l’allègement de la dette sur les dépenses des pays visant à faire reculer la pauvreté ».
En fait, loin de remettre les pays africains en meilleure forme financière, l’allègement de la dette a très souvent conduit à plus d’emprunts n’entraînant que des gaspillages, nécessitant alors d’autant plus d’allègement de dette. Ainsi, la banque Mondiale et le FMI ont dû lancer en 1996 l’Initiative en faveur des Pays Pauvres Très Endettés (PPTE), qui a été suivie en 1999 par une initiative PPTE renforcée, puis par la création d’une Initiative d’Allégement de la Dette Multilatérale (IADM) en 2005.
L’ouverture des frontières commerciales représente le potentiel le plus important pour aider l’Afrique à émerger de la pauvreté. Selon une étude de 2005 de la Banque Mondiale, « se diriger vers un commerce libre des marchandises doperait les revenus réels en Afrique sub-saharienne proportionnellement plus que dans n’importe quelle autre région en développement ou aux revenus déjà élevés… L’emploi et la production agricoles, la valeur des exportations agricoles, les rendements de la terre agricole et du travail non qualifié, ainsi que les revenus nets réels agricoles, augmenteraient tous dans la région, réduisant ainsi la pauvreté ».
La raison principale pour laquelle l’Afrique profiterait « proportionnellement plus » est que l’Afrique reste une des régions du monde les plus protectionnistes. Les droits de douanes appliqués y sont en moyenne beaucoup plus élevés qu’ailleurs. Alors que ces droits de douanes dans les pays riches appartenant à l’OCDE sont tombés de 9,5% à 2,9% entre 1988 et 2007, en Afrique ils ne sont passés que de 26,6% à 13,1 % entre 1987 et 2007.
Malheureusement le cycle de négociations de Doha sur l’ouverture du commerce international est en stand-by, et la menace du protectionnisme est bien présente en cette période de crise mondiale. Tous les acteurs globaux majeurs sont responsables du fiasco de Doha. Les négociations mondiales sur l’ouverture commerciale se déroule le long de lignes directrices mercantilistes, selon lesquelles les pays négocient entre eux des concessions d’accès à leur marché.
Les mercantilistes voient les importations comme une menace. En réalité les importations accroissent la concurrence et la spécialisation et une spécialisation accrue entraine une productivité accrue. Sur un marché en concurrence la réduction des coûts de production mène alors à des biens et services moins chers, ce qui à son tour accroît le niveau de vie réel. C’est la raison principale pour laquelle les populations qui vivent dans des économies ouvertes sont généralement plus riches. Les pays africains devraient ainsi ouvrir leur commerce, quoi que fasse le reste du monde.
Malgré toutes leurs bonnes intentions, les sommets des nations riches, que cela soit le G8 ou le G20, donnent lieu à des attentes irréalistes. L’accent mis sur l’aide et l’allégement de la dette font passer les interventions étrangères pour les seules responsables possibles du recul de la pauvreté en Afrique. En réalité, les obstacles majeurs à la croissance économique de l’Afrique résident dans les politiques publiques, les institutions africaines, la réglementation complexe et extrêmement coûteuse des affaires et la faible protection des droits de propriété.
L’Afrique demeure la région la plus pauvre mais aussi la moins libre économiquement de la planète. Le G20 devrait faire tout ce qu’il peut pour aider l’Afrique à s’intégrer au reste du monde. Ces pays riches devraient éliminer leurs restrictions sur les produits africains, ainsi que leurs subventions agricoles. Mais ce sont les africains qui devront engager le plus de changements nécessaires pour résoudre le problème de la pauvreté.

* Analyste au Cato Institute.
Article publié en collaboration avec  www.unmondelibre.org


Par Marian Tupy *
Lundi 11 Mai 2009

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