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Le Danemark étend son réseau de "salles de shoot"




Le Danemark étend son réseau de "salles de shoot"
Kais Neni, 46 ans, trois enfants, parle cinq langues et discute avec aisance de politique internationale. Ce qu'il ne sait pas faire en revanche, c'est de lâcher la cocaïne et l'héroïne.
Il fréquente les salles de shoot supervisées par les autorités sanitaires, l'approche qu'a choisie le Danemark face à un problème sans solution simple.
"C'est mieux que d'être dans la rue", estime-t-il, avant de s'injecter sa dose. S'il se sent mal, un professionnel de santé lui viendra en aide.
Après avoir mis fin il y a trois ans à 15 années de toxicomanie, Kais Neni a rechuté et retrouvé les rues de Vesterbro, quartier de Copenhague autrefois mal famé et qui s'embourgeoise.
L'endroit est le marché de la drogue le plus important et le plus ouvert de Scandinavie, où les habitants et les touristes ont pu voir pendant des années des toxicomanes se droguer dans les cabines téléphoniques, les cages d'escalier ou même sur le trottoir.
Le Danemark a ouvert la première en octobre 2012. Il en existe maintenant dans chacune des grandes villes.
"Avoir une salle de shoot, c'est accepter ce qui se déroule déjà", estime Rasmus Koberg Christiansen, à la tête de deux des trois salles de la capitale, financées par l'Etat.
"C'est reconnaître qu'il y a vraiment certaines personnes qu'on ne peut pas convaincre de faire une cure de désintoxication... pour le moment. Qu'est-ce qu'on fait d'eux?", demande-t-il.
L'approche suédoise diffère radicalement de la tolérance zéro qui prévaut en Suède, à quelques kilomètres de là, où un toxicomane a de grands risques de se retrouver devant un tribunal. Résultat: la Suède compte l'un des plus bas taux de consommation de drogues, douces ou dures, en Europe.
Les partisans des salles de shoot argumentent qu'elles réduisent la consommation de drogue en public, les épidémies, ou le risque pour des enfants de jouer avec des aiguilles trouvées dans la rue. Ou encore qu'elles redonnent de la dignité aux toxicomanes, en leur donnant accès à un environnement sûr et hygiénique.
Elles semblent aussi empêcher les surdoses mortelles. Le Danemark en avait recensé 285 en 2011, et seulement 210 l'année suivante, son nombre le plus bas depuis 19 ans.
Les premières ont été ouvertes en Suisse dans les années 1980. Elles existent en Allemagne, en Espagne ou aux Pays-Bas. Mais le Danemark est le seul pays à en avoir ouvert ces dix dernières années.
A la différence d'autres pays, l'ouverture de ces salles n'a pas provoqué de protestations, des riverains.
La police n'entre jamais. Si elle combat le trafic et peut arrêter un usager pour possession, elle laisse en général sa dose au toxicomane qui se rend dans une salle.
En limitant la bureaucratie, les autorités veulent encourager les toxicomanes à s'y rendre: il leur suffit d'inscrire un nom même faux, leur ville et les drogues qu'ils consomment. 
Même s'il est violent ou menace le personnel, un toxicomane n'est jamais banni. Chacun apporte sa drogue. Le centre fournit des aiguilles, la ventilation pour les fumeurs, et même une machine qui aide à trouver les veines en bon état.
Sur 150 surdoses enregistrées en un an et demi dans ces salles, aucune n'a été mortelle, d'après les statistiques officielles. Une salle de Copenhague a vu passer 2.400 usagers, avec 500 à 800 consommations quotidiennes, selon ces chiffres.
"Ces salles-là reviennent à abandonner les gens alors qu'on devrait plutôt leur donner une deuxième chance dans la vie", avait écrit le député conservateur Tom Behnke avant l'ouverture du premier espace. "A long terme, le drogué ne peut être sauvé qu'en sortant de sa dépendance".
Pour d'autres, ces espaces encouragent la consommation de drogue en rendant la vie trop facile aux toxicomanes.
"Un espace dédié à la drogue n'est en aucun cas luxueux. C'est un milieu très, très dur", rétorque M. Koberg Christiansen.
La salle que visite Kais Neni est installée dans un refuge pour sans-abri. Elle est propre, mais l'air a des relents bizarres et du sang gicle sur le sol au moment où un toxico tente de se piquer. 
"Il n'y a aucun jeune qui vienne ici parce qu'il pense que c'est sympa", assure le directeur.
 

AFP
Vendredi 16 Mai 2014

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